Tous les Arabes ne sont certes pas des fans de George W. Bush, qui achève en ce moment son périple au Proche et au Moyen-Orient. Et qui après avoir longuement entretenu la psychose du péril iranien, vient de rafler de substantiels contrats d’armements avec les royaumes pétroliers du Golfe : ce qui n’était après tout qu’un savant remake du boom phénoménal que connut l’industrie militaire US lorsque fut agité le spectre d’un Saddam Hussein promu, pour les besoins de la cause, ennemi numéro un de l’humanité.
Tous les Arabes, loin de là, ne sont pas acquis non plus aux thèses extrémistes de la République islamique d’Iran ou à la frénésie terroriste d’Oussama Ben Laden, et ils ne sont guère dupes des slogans que brandit le Baas syrien. Les Arabes – tous les Arabes, peuples et gouvernements – se retrouvent en revanche sur ce point précis : leur refus total, absolu, de voir la grande empoignade se dérouler sur leur sol, ne serait-ce qu’à coups d’attentats, de sabotages et autres manœuvres de déstabilisation ; leurs régimes très peu démocratiques, volontiers policiers, moukhabaratisés à outrance, y veillent très efficacement d’ailleurs.
Les Libanais, pour leur malheur, sont un cas à part. Divisés comme ils sont, comme ils s’entêtent à le rester, ils n’ont jamais été en mesure de reconstituer l’appareil sécuritaire d’une proverbiale efficacité – services de contre-espionnage compris – qui était le leur jusqu’à la fin des années soixante : l’occupation syrienne y a veillé là aussi, infiltrant, noyautant, phagocytant les polices libanaises. Et les Syriens partis, les clivages politiques ont empêché toute reprise en main du dispositif sécuritaire, toute symbiose entre ces diverses polices. Alors que le pays endure une vague d’attentats d’une ampleur et d’une férocité sans précédent, les Libanais, privés de tout système immunitaire, restent là, nus, face au sida de la terreur.
Plus terrible que l’inexistence des moyens cependant est cet acharnement de maints Libanais à faire précisément, activement, sciemment, méthodiquement, de leur propre patrie le champ clos des tensions régionales et même internationales. Que le camp du 14 Mars mise essentiellement sur les puissances occidentales et sur les pays modérés arabes pour faire échec aux visées iraniennes et syriennes est certain : ce ne sont pas en effet les îles Maldives et le Luxembourg qui pourraient suffire à la tâche. La justice commande de reconnaître toutefois que le gouvernement n’a jamais revendiqué le scabreux statut d’allié stratégique de l’Occident, qu’il a même émis plus d’une fois des réserves publiques et officielles sur les options de Washington, relatives notamment aux projets de paix dans la région.
Malgré ses protestations d’indépendance, l’opposition ne peut crédiblement en dire autant : surtout quand l’un de ses faire-valoir maronites, bien connu pourtant pour ses attaches syriennes, s’autorise, comme il l’a fait hier, à qualifier le patriarche Sfeir d’employé d’ambassades, et cela pour avoir déploré certaines collusions qui crèvent les yeux. Car ne sauraient en aucun cas prétendre à l’indépendance des partis notoirement fondés, financés et armés par des États étrangers, lesquels ont fait vœu d’enterrer au Liban, et nulle part ailleurs, les desseins américains (même s’il y aurait inévitablement à enterrer aussi des Libanais par la même occasion). Ne peut se prévaloir d’un quelconque pouvoir de décision un camp qui s’applique si bien, à coups de conditions rédhibitoires sans cesse renouvelées, à concrétiser une démarche étrangère visant, de si flagrante manière, à paralyser les institutions et à répandre le chaos.
Sanglant pied de nez d’el-Qaëda au touriste George Bush, suivant de peu un attentat aux explosifs contre la Finul ? Nouveau palier de la campagne terroriste menée depuis des années contre le pays, et dont l’origine n’échappe à personne ? Manifestement antiaméricain, l’attentat à la bombe d’hier ne laisse pas d’être antilibanais en tout état de cause, tant il s’insère dans l’ordre sinistre des choses, tant il cadre avec ces plans de déstabilisation, tant l’insécurité ambiante fait bon ménage avec le blocage politique, l’obstruction.
Aucun esprit sensé ne peut croire que la solution de la crise tient seulement à une courtoise rencontre entre les champions des deux camps, Saad Hariri et Michel Aoun, du moment que le projet de règlement arabe (théoriquement approuvé par la Syrie) ne souffre aucune discussion quant à l’échelle des priorités. C’est bien de Damas, où il se rendra demain venant de Beyrouth, que Amr Moussa attend la levée du verrou : Damas pointé du doigt par la terre tout entière, Damas dont les manœuvres dilatoires menacent maintenant de réinternationaliser, dans les règles, une affaire libanaise depuis longtemps internationalisée en réalité.
Pour aujourd’hui, et harcelé par des nuées de journalistes, le secrétaire général de la Ligue devra se plier une fois de plus au rituel des navettes intralibanaises, aux vains échanges de vues, aux frustes exigences des susceptibilités locales.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Tous les Arabes ne sont certes pas des fans de George W. Bush, qui achève en ce moment son périple au Proche et au Moyen-Orient. Et qui après avoir longuement entretenu la psychose du péril iranien, vient de rafler de substantiels contrats d’armements avec les royaumes pétroliers du Golfe : ce qui n’était après tout qu’un savant remake du boom phénoménal que connut l’industrie militaire US lorsque fut agité le spectre d’un Saddam Hussein promu, pour les besoins de la cause, ennemi numéro un de l’humanité.
Tous les Arabes, loin de là, ne sont pas acquis non plus aux thèses extrémistes de la République islamique d’Iran ou à la frénésie terroriste d’Oussama Ben Laden, et ils ne sont guère dupes des slogans que brandit le Baas syrien. Les Arabes – tous les Arabes, peuples et gouvernements – se...