– J’entame ma tournée, le 9 janvier, par l’État hébreu, suivi de la Jordanie, avant le Golfe puis l’Arabie saoudite. Ce sera essentiellement pour parler du processus en cours entre Israéliens et Palestiniens, mais surtout du danger iranien et de la nécessité de donner une place plus grande à la démocratie.
– Pour ma part, je me contenterai de brèves visites dans trois monarchies du Golfe, histoire de garnir le carnet de commandes d’EADS et de mieux marquer notre présence dans cette partie du monde, dans le cadre d’un quinquennat placé sous le signe de la politique de civilisation.
Le regretté Marius Petitpa aurait sans doute aimé ce pas de deux américano-français dans une région qui, jamais autant qu’aujourd’hui, n’aura présenté la paniquante image d’un volcan trop longtemps endormi et sur le point d’entrer en éruption. Les services de presse de la Maison-Blanche se sont échinés à nous expliquer au départ qu’il s’agit pour George W. Bush de sortir de l’ornière le carrosse – on n’ose parler de diligence… – de la paix au Proche-Orient, une tâche visiblement trop ardue pour ce pauvre Tony Blair, apparemment occupé à tout autre chose depuis sa conversion au catholicisme et son ralliement à la cause de l’UMP. L’ennui, c’est que cette fameuse solution, nul ne veut y croire, les deux principaux protagonistes moins que quiconque, trop affaiblis qu’ils sont par leurs multiples déboires à domicile et le peu de crédit que leur prêtent leurs concitoyens. Qu’à cela ne tienne : l’auguste visiteur prend soin de laisser planer l’espoir d’un règlement dans l’année à venir, quand son second mandat sera venu à expiration et que nul ne songera, dès lors, à lui rappeler sa promesse.
Pour sa part, Nicolas Sarkozy ne connaît pas de problèmes de fin de mandat ; il a cinquante-six mois devant lui et des tas de problèmes autrement plus urgents à résoudre. D’ailleurs, son périple, il l’a entrepris comme un super commis-voyageur chargé de ramener à domicile des marchés propres à booster une économie dont le moteur s’entête à hoqueter malgré ce « travailler plus pour gagner davantage » auquel les Français ne veulent pas croire. Donc, des contrats il y aura. Pas beaucoup. Des affaires à traiter plutôt, baignant dans un flou diplomatiquement entretenu, comme pour les promesses hier faites par Mouammar Kadhafi. On parle ainsi de la possibilité de vente de réacteurs de troisième génération EPR, de fourniture de gaz et de pétrole, d’achat par l’aviation civile du royaume de huit Airbus, sans compter l’ouverture du marché français aux fonds souverains et les contrats portant sur le pétrole, le gaz, l’eau. Le tout enrobé d’une couche culturelle englobant le Louvre des sables et une Sorbonne-bis à Abou Dhabi de même que moult petits Lyon appelés à parsemer une côte qui fut jadis, ne l’oublions pas, celle des pirates.
Le 43e président des États-Unis ne veut pas, on le comprend, s’encombrer de pareilles considérations culturelles. Son obsession, c’est l’Iran, « principal État encourageant le terrorisme », des confins de l’Afghanistan à la bande de Gaza et au Liban, en passant par les terres mésopotamiennes, ainsi qu’il le rappelait dimanche. Et qui représente pour vous, pays du Golfe, un danger réel puisqu’il veut rien moins que la domination de l’ensemble du monde arabe. Aussi importe-t-il de faire face à cette menace « avant qu’il ne soit trop tard ». Comment ? Mais tout simplement en achetant des armes, de préférence made in USA, suivant en cela l’exemple du royaume wahhabite qui s’apprête à devenir l’heureux propriétaire d’un nouvel arsenal militaire de près de 20 milliards de dollars – ce qui, soit dit en passant, permet de rétablir quelque peu le déséquilibre causé par l’envolée des cours du pétrole.
Reste que les pays concernés, échaudés par la désastreuse expérience irakienne, ne veulent pas trop croire au parapluie yankee, celui-là même que brandissait (symboliquement ?) M. Bush avant-hier à sa descente d’avion, sous l’œil amusé de cheikh Khalifa ben Zayed al-Nahyane. La crainte pouvant être, quoi qu’on dise, bonne conseillère, ils préfèrent traiter avec la puissante et omniprésente République islamique plutôt que de s’attirer une riposte en cas de frappe militaire américaine contre les installations de Bouchehr et de Natanz. N’est-il pas vrai d’ailleurs qu’à chaque engagement de Washington à lutter contre l’extrémisme militant a répondu un renforcement d’el-Qaëda ?
Plus grave que le désastreux effet du rapport établi le mois dernier par les services spécialisés sur l’arrêt dès 2003 du programme nucléaire iranien à des fins militaires, il y a eu les révélations, dimanche, du Naval Times sur l’incident du 6 janvier dans le détroit d’Ormuz. Ce qu’on avait présenté, dans un premier temps, comme étant des menaces proférées par les pasdarans à l’encontre des navires de guerre US étaient en fait l’œuvre d’un mystérieux radio-amateur connu sous le surnom de « Filipino Monkey ». Du coup, resurgit le spectre de l’anthrax agité autrefois par Colin Powell. Décidément, oui, « la guerre, c’est une chose trop grave pour la confier à des militaires ».
Christian MERVILLE
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– Pour ma part, je me contenterai de brèves visites dans trois monarchies du Golfe, histoire de garnir le carnet de commandes d’EADS et de mieux marquer notre présence dans cette partie du monde, dans le cadre d’un quinquennat placé sous le signe de la politique de civilisation.
Le regretté Marius Petitpa aurait sans doute aimé ce pas de deux américano-français dans une région qui, jamais autant qu’aujourd’hui, n’aura présenté la paniquante image d’un volcan trop longtemps endormi et sur le...