Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

La rançon de la gloriole

De samedis incertains en samedis stériles, de convocations ratées en assemblées de dupes, la mystification s’est prolongée au gré des humeurs chagrines de Nabih Berry. Les samedis n’ont pas eu l’heur de plaire à nos politiciens ? Essayons donc les lundis : d’ici au 21 janvier, l’inspiration pourrait bien s’abattre sur leur esprit frigorifié ! Ainsi va la République : joutes verbales, polémiques délirantes, injures à la carte et un candidat, pourtant plébiscité, qui fait antichambre, attendant que l’un des deux protagonistes dise « aïe » en premier. Le pays se meurt, se vide de son essence, et il est des hurluberlus qui clament haut et fort qu’ils ont le souffle long et qu’ils ont tout le temps pour eux. Peu leur chaut qu’il y ait ou non un président : l’État, le leur, fonctionne à plein régime et les tentes du centre-ville, autant de gardiens parricides, veillent à la pérennité de l’imposture. Mais à quoi bon revenir sur leurs frasques, leur infamie, leurs simples états d’âme ? Ce serait leur faire trop d’honneur, donner crédit à des divagations, des insultes délibérées à l’intelligence. Notre propos, aujourd’hui, est ailleurs. Il porte sur la résultante de toutes ces ignominies, sur la manipulation des esprits, sur l’élimination conséquente de tout réflexe critique. « Khalass ! », assez ! Un slogan, un mouvement porteur d’espoir, brandi, mobilisé face à une nomenklatura pourrie, indécrottable. Une alternative à une classe politique en faillite : tel était l’objectif, tel était le moteur. L’appel est tombé dans l’oreille de sourds, a été quasiment ignoré par les principaux concernés : les jeunes, les cadres de demain, ceux supposés être animés d’un feu sacré, d’un zèle ardent pour faire bouger les choses, faire vaciller les colonnes du temple. Or, à quoi assiste-t-on aujourd’hui ? À une scène universitaire éclatée, gangrenée par le virus de la politique, à l’apparition de bandes sectaires qui ne carburent qu’à l’opium confessionnel, qui ne se manifestent que sous une étiquette partisane. Triste, bien triste spectacle sur les divers campus où les rassemblements, les élections n’ont plus rien à voir avec les revendications estudiantines, avec l’amélioration des conditions d’études, où les débats dans les amphis basculent inévitablement dans des querelles sordides, dans des empoignades honteuses. À l’université comme à l’école, un niveau qui se déglingue, qui s’effrite, non pas celui des programmes académiques, du cursus proposé, mais celui de jeunes pris au piège d’allégeances aveugles, détournés de la fonction même qui devrait être la leur : étudier pour acquérir un esprit critique, pour mieux contester, pour prendre la place qui devrait être la leur dans le Liban de demain, un Liban qui se serait débarrassé des parasites qui bouffent, qui transpercent son âme. Mais est-il juste de ne jeter la pierre qu’en direction de jeunes qui ne sont, après tout, que les victimes d’un système qu’ils n’ont pas choisi, qui leur a été imposé, dont ils ont, tout simplement, hérité ? N’est-il pas vrai que même les ordres professionnels, des plus fermés aux plus transparents, ont été envahis par le cancer politicien ? Que les élections qui s’y déroulent se font, très souvent, plus en fonction d’affinités, d’inféodations politiques que de critères professionnels ? Et ces adultes, majeurs et vaccinés, ne sont-ils pas les parents de ces mêmes jeunes qui ont transformé les universités en arènes politiques, communautaires et confessionnelles ? Ne sont-ils pas les parents de ces adolescents en perte de repères, d’identité, qui plongent dans la délinquance et qui ne quantifient, qui ne qualifient leurs actes que par rapport à l’importance sociale, à la fonction notable qu’occupe leur géniteur ? Tout le drame est là : une société civile déboussolée, confrontée à des valeurs nouvelles, une culture d’ostracisme envahissante, des discours haineux où l’arrogance le dispute à l’autisme. Un pays que toutes les bonnes volontés du monde n’arrivent pas à dégager du guêpier où l’ont mis ses propres fils. Un pays pourri par la politique où les preneurs d’otages augmentent sans cesse le montant de leur rançon sur le corps inerte de la nation. Nagib AOUN
De samedis incertains en samedis stériles, de convocations ratées en assemblées de dupes, la mystification s’est prolongée au gré des humeurs chagrines de Nabih Berry. Les samedis n’ont pas eu l’heur de plaire à nos politiciens ? Essayons donc les lundis : d’ici au 21 janvier, l’inspiration pourrait bien s’abattre sur leur esprit frigorifié !
Ainsi va la République : joutes verbales, polémiques délirantes, injures à la carte et un candidat, pourtant plébiscité, qui fait antichambre, attendant que l’un des deux protagonistes dise « aïe » en premier. Le pays se meurt, se vide de son essence, et il est des hurluberlus qui clament haut et fort qu’ils ont le souffle long et qu’ils ont tout le temps pour eux.
Peu leur chaut qu’il y ait ou non un président : l’État, le leur, fonctionne à plein régime...