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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Altitudes

C’est gisant inerte sur un lit d’hôpital, à l’âge vénérable de 88 ans et de manière tristement banale, qu’Edmund Hillary, le premier homme à avoir vaincu en 1953 le mont Everest, a occupé sa place hier dans le panthéon des dieux de l’Aventure. D’avoir été, sur-le-champ, sacré chevalier de l’Empire britannique par la jeune reine Élisabeth n’affecta jamais la simplicité, la modestie, la timidité naturelles de ce petit apiculteur de Nouvelle-Zélande, qui ne délaissait ses chères ruches à miel, dans un trou perdu ayant pour nom Papakura, que pour aller taquiner avec ses potes les pics de la région. Et son principal titre de gloire, insistait sir Edmund, ce n’était pas d’avoir eu raison, à force de ténacité, du gros salaud culminant à près de 9 000 mètres ; ce n’était pas d’avoir reculé les limites de l’endurance humaine en bravant, avec son compagnon népalais Tenzing Norgay, un froid sidéral, des vents d’une violence inouïe et des précipices sans fond. Sa fierté, c’était d’avoir, des décennies durant et jusqu’à la fin, usé de sa notoriété mondiale, de son immense prestige, pour rameuter les sponsors, pour offrir quelque introduction à la modernité – générateurs de courant électrique, écoles, dispensaires – à cet étrange peuple de sherpas installé au pied de l’Himalaya et dont les guides et porteurs l’avaient puissamment aidé à gagner son téméraire pari contre le colosse de roc et de glace. Ce coup de chapeau ému, je le devais à celui qui, pour des générations entières, dont la mienne, fut un exaltant héros, même si, depuis, des alpinistes considérablement mieux équipés s’en sont allés à leur tour, par centaines, planter leur fanion sur le toit du monde. Là n’est pas cependant la seule raison de ces lignes. Car d’évoquer la pudique grandeur, la stature – l’altitude, c’est bien le cas de le dire – qui étaient, dans l’alpinisme comme dans la vie, celles d’Edmund Hillary porte irrésistiblement à appréhender, dans toute sa navrante splendeur, la platitude, la médiocrité qui nous entourent. Dans nos contrées, la quête de hauteur obéit à de tout autres critères. La dérisoire stratosphère politique donne lieu, comme partout ailleurs, à une compétition féroce ; mais jamais le peuple n’est invité à s’élever lui aussi, à progresser, à se dépasser, à exorciser tous les démons peuplant cette formule consensuelle qui, de règle de vie qu’elle eût dû être, est devenue facteur de paralysie, de mort lente. Quant à l’aventure, elle n’est pas étrangère non plus à nos douces mœurs libanaises. On la pratique volontiers, mais sans jamais tirer les leçons des chutes et rechutes dans les abîmes de la perdition. Par bravade, par entêtement ou, pire encore, par pure servilité aux parrains et protecteurs du dehors, on danse sur le volcan, on fait des pointes sur l’extrême bord du gouffre. Faute d’accord, on reporte pour la douzième fois une élection présidentielle dont tout le monde sait pourtant qu’elle est le commencement du salut. On s’épuise dans des marchandages de bazar pour grappiller ici un portefeuille ministériel et là une direction de service sécuritaire, sourd aux mugissements désespérés de la vache étatique dépecée vive. On engage unilatéralement le pays dans les desseins régionaux les plus hasardeux, sans égard pour les aspirations des citoyens à la tranquillité, à la sécurité, à la prospérité. On vole à visibilité nulle. On vole bien bas... Issa GORAIEB
C’est gisant inerte sur un lit d’hôpital, à l’âge vénérable de 88 ans et de manière tristement banale, qu’Edmund Hillary, le premier homme à avoir vaincu en 1953 le mont Everest, a occupé sa place hier dans le panthéon des dieux de l’Aventure.

D’avoir été, sur-le-champ, sacré chevalier de l’Empire britannique par la jeune reine Élisabeth n’affecta jamais la simplicité, la modestie, la timidité naturelles de ce petit apiculteur de Nouvelle-Zélande, qui ne délaissait ses chères ruches à miel, dans un trou perdu ayant pour nom Papakura, que pour aller taquiner avec ses potes les pics de la région. Et son principal titre de gloire, insistait sir Edmund, ce n’était pas d’avoir eu raison, à force de ténacité, du gros salaud culminant à près de 9 000 mètres ; ce n’était pas d’avoir reculé...