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Actualités - Opinion

Damas, adepte déclaré du double jeu

C’est plutôt déconcertant une duplicité qui s’avoue telle, qui se dévoile sans vergogne. Limite goguenard, Moallem déclare que la Syrie ne sacrifiera ni ses intérêts « ni ses positions », précision importante, pour assurer le succès du prochain sommet arabe. C’est-à-dire, en clair, pour sauvegarder la récente normalisation de ses relations avec l’Arabie saoudite comme avec l’Égypte. En référence à l’arrangement sur le Liban conclu au Caire. « Ses positions ? » Le blocage. On croyait qu’elle en avait changé. Pas du tout. Le même Moallem affirme en effet aujourd’hui que le règlement convenu s’articule « sur un panier complet ». Entendre sur ce package deal préliminaire, exigé par les opposants libanais téléguidés pour retarder, entraver ou faire sauter la présidentielle. L’assertion du ministre syrien est pour le moins erronée. On sait en effet que la Lettre arabe commande qu’avant toute chose l’on procède, sans conditions et contre-conditions préalables, à l’élection. La deuxième phase, qu’il faut sans doute préparer sans tarder mais non faire aboutir de suite, portant sur la formation du gouvernement devant suivre la présidentielle. Tranchant, Moallem complète le revirement, le nouveau retournement de veste, en soutenant que « nul, ni la Ligue arabe ni personne d’autre, ne peut imposer une solution aux Libanais. Le règlement ne peut sourdre que d’un accord interne entre eux, et la Syrie approuvera tout ce qu’ils pourraient convenir entre eux ». Traduction aisée de ces propos : les Syriens, après avoir fait mine de composer, s’en remettent aux bons soins de leurs amis libres du coin pour tout saboter. Ils disent oui et leur font confiance pour dire non. Mieux encore, le régime syrien manipulateur est bien placé pour savoir que livrés à eux-mêmes, les Libanais ne sont que divisions et déchirures. Ils peuvent si difficilement s’entendre que des dissonances éclatent au sein même de chaque camp, voire de chaque formation. Pour recoller les morceaux, un sparadrap arabe ou occidental n’est jamais de trop. Il est presque comique, dès lors, d’entendre des dirigeants syriens soutenir qu’ils n’ont aucune emprise, aucune influence sur ceux qu’ils qualifient pourtant d’indéfectibles alliés. Comme le Hezbollah et Amal. Plus cynique, et en même temps plus franc, Moallem déclare que « ceux qui attendent de voir la Syrie exercer des pressions sur ses alliés se font des illusions ». À leur tour (de passe-passe) quasi risible, Amal et le Hezb se défaussent sur Aoun. En le chargeant, malgré ses constantes chrétiennes qui ne peuvent pas beaucoup leur plaire, de négocier avec la majorité. En tablant sur le rejet, tout naturel, de cette offre. Car les loyalistes ne voient pas l’utilité de traiter avec une personnalité aussi régulièrement peu fiable, décevante et imprévisible, selon leurs termes. Rappel à l’ordre Détaillant la riposte aux manœuvres dilatoires des prosyriens et de leur commanditaire, un ministre relève que la solution arabe est on ne peut plus claire. Elle ne donne lieu, selon lui, à aucune interprétation de diversion ou d’atermoiement. Le plan, rappelle-t-il, prévoit en premier lieu une présidentielle dans les normes constitutionnelles. Le choix de consensus se portant, comme de bien entendu, sur le général Michel Sleimane, agréé par tous, localement ou extérieurement. La mise en place d’un nouveau gouvernement doit ensuite se faire, recommandent les Arabes, dans le respect des règles. C’est-à-dire à la lumière de consultations parlementaires impératives concernant d’abord la désignation d’un président du Conseil. À charge pour lui de composer le cabinet, en accord avec le chef de l’État et en communication avec le président de la Chambre. Également, du reste, après avoir consulté les blocs parlementaires. Soit on parvient alors à un accord sur le copartage, soit le président du Conseil désigné se désiste. Cependant, reconnaît ce ministre, les Arabes ont tenu à orienter les parties libanaises sur une voie raisonnable de dégagement. En édictant qu’au sein du prochain Exécutif, ni la majorité ne puisse détenir le monopole de la décision ni la minorité disposer d’un pouvoir de blocage. Le fléau de la balance devant rester aux mains du chef de l’État, via le paquet de ministres dont il disposerait directement. En point d’orgue, les Arabes précisent que la principale mission du prochain gouvernement devrait être d’élaborer une loi électorale juste et équilibrée. Toujours est-il que, comme le souligne le ministre cité, les complications du copartage ministériel ne sont pas actuellement à l’ordre du jour. Elles doivent attendre leur tour, sans interférer avec la présidentielle, ni la conditionner ou la brouiller. Détails techniques Or dès le départ, et Moussa lui-même s’en étonne sur un ton critique, alors que tout le monde se prononce pour le général Sleimane, l’on constate un désaccord sur les modalités, les mécanismes de son élection. Plus exactement, l’opposition prétend qu’à cette occasion, l’on peut passer outre aux préceptes constitutionnels et ignorer la nécessité d’amender l’article 49 C. Car il y a cas de force majeure, par suite de vacance au niveau de la première magistrature. Ce qui, selon les prosyriens, gomme le délai de deux ans prévu dans l’article 49 C pour la démission, ou la retraite, d’un haut fonctionnaire présidentiable, à l’image du général Sleimane. À cela, un spécialiste réplique que la vacance en question est survenue par suite de l’expiration du mandat présidentiel précédent. Date connue bien à l’avance. Et non brusquement, de manière inattendue. Donc, les dispositions de l’article 49 C ne peuvent être considérées comme caduques. Tout haut fonctionnaire potentiellement intéressé par la présidence ayant eu largement le temps de se mettre en règle. Dans le même ordre d’idées, dans la même logique, poursuit cet expert, l’article 74 C dont s’arment les opposants n’est relatif qu’à la soudaine interruption d’une présidence, par décès, incapacité ou démission. Des dispositions littéralement copiées sur la Constitution française de 1875. Et que tous les constitutionnalistes français lisent comme se rapportant à des situations liées à un président dont le mandat n’est pas venu à terme et qui ferait défaut à sa charge, pour une raison ou une autre. Dont, entre autres, la maladie, la paralysie, l’impossibilité de s’exprimer ou de signer. Sans compter, évidemment, les cas d’inculpation, de condamnation, pour haute trahison ou pour violation de la Constitution. Ces mesures d’exception ne mordent ni sur l’ordinaire ni sur la validité de l’article 49 C. Enfin, si l’élection n’est pas portée par un écran de légalité, elle peut être attaquée devant le Conseil constitutionnel. Le recours devant recevoir l’aval des deux tiers de la Chambre. Le Conseil constitutionnel est alors tenu de rendre son verdict dans les trois jours. À la majorité de sept de ses membres au premier tour, à la majorité absolue ensuite (art. 41 et 42 de la loi statutaire numéro 2000/243.) Émile KHOURY
C’est plutôt déconcertant une duplicité qui s’avoue telle, qui se dévoile sans vergogne. Limite goguenard, Moallem déclare que la Syrie ne sacrifiera ni ses intérêts « ni ses positions », précision importante, pour assurer le succès du prochain sommet arabe. C’est-à-dire, en clair, pour sauvegarder la récente normalisation de ses relations avec l’Arabie saoudite comme avec l’Égypte. En référence à l’arrangement sur le Liban conclu au Caire.
« Ses positions ? » Le blocage. On croyait qu’elle en avait changé. Pas du tout. Le même Moallem affirme en effet aujourd’hui que le règlement convenu s’articule « sur un panier complet ». Entendre sur ce package deal préliminaire, exigé par les opposants libanais téléguidés pour retarder, entraver ou faire sauter la présidentielle. L’assertion du...