Première semaine de 2008.
Il est des âmes sublimes, magiques, aux corps frêles et épuisés, qui se battent heure par heure contre d’infinis cancers ; des reines, des guerrières somptueuses qui refusent de perdre la moindre bataille contre ces espèces d’infects nénuphars qui essaient de les bouffer de dedans. Ces âmes gagnent, au-delà de leurs inhumaines douleurs, en assénant une somptueuse leçon pour l’humanité : des déesses. Il est en revanche des pays – de pathétiques pays : ni États ni nations – qui, lorsqu’ils sont atteints de plein fouet par la maladie, par une nuée de cytophages plus vicieux les uns que les autres, ne savent qu’abdiquer et se laissent mourir. L’agonie volontaire est souvent lente, désespérée, sordide ; la complaisance dans la médiocrité, dans les cloaques est insupportable. Ces pays perdent tout : des vers de terre.
Au Liban, l’année 2008 a commencé comme 2007 s’était imposée : dans les crises, dans les bruits, les fureurs ; une monumentale impasse, une régression fulgurante. Un chauffeur de taxi, cette semaine, sans doute excédé par les embouteillages fous et furieux de la capitale : Pourquoi Dieu, lorsqu’il a distribué les volcans, les tremblements de terre, les tsunamis, a-t-il oublié le Liban ? Ce pays doit être détruit, enseveli, et que soient décapités, en même temps, ces leaders qui se valent tous par leur nullité. Un peu excessive, l’incantation – mais tellement symptomatique : lorsqu’il n’en peut plus sous d’incessantes et quotidiennes tortures, morales et physiques, un peuple se transforme lentement mais sûrement en une simple entité démographique, une masse informe, privée désormais de toute ambition, de toute capacité à contribuer à guérir son pays qui expire.
En ce démarrage d’année nouvelle, rien n’est fait pour aider ce peuple mutilé. Le tableau est coquet : tout (le monde) est là, on prend les mêmes, et, presque exactement comme en 2007, on recommence.
Des (pseudo ?) décideurs étrangers sans doute fatigués, mais assurément fatigants : qui entre fin de race et fin de règne et qui n’a plus que l’Iowa dans les rétines et les prairies texanes dans le neurone ; qui en pleine love story et dans la réinvention burlesque et permanente, mi-hollywoodienne mi-élyséenne, du concept de président de la République ; qui définitivement handicapés par le gène et l’atavisme inhérent à tous les dirigeants des pays membres d’une Ligue-fantoche aux pouvoirs nains et à la langue de bois hypertrophiée ; bref, une communauté internationale ridiculisée par son incapacité à répliquer aux camouflets que lui infligent tranquillement un (ou plusieurs) États voyous régionaux. En tête : une Syrie (aujourd’hui) triomphante, à la fois blanc-bec et bas-bleu ; devenue, à force de toc et de bling bling, l’hypercaricature du nouveau riche pétri d’autosatisfaction et qui aligne les rots (politiques) comme autant de signes extérieurs de désinvolture, de capacité de nuisance. Au milieu de ce champ magnétique planétaire, circulent, l’une ballotée et l’autre télécommandée, une majorité et une opposition qui ont réussi, ensemble, un sinistre pari : chacune persuadée de détenir l’ineffable vérité, par-delà le bien et le mal et au-delà du point de savoir qui a raison et qui a tort (même un enfant atteint de glaucome, pourtant, le sait), ce 14 et ce 8 Mars ont ainsi réussi à concrétiser, presque géologiquement, avec leurs vallées et leurs montagnes, leurs plaines et leurs cours d’eau, leurs frontières parfois tellement bien tracées, deux Liban. Deux Liban écartelés. D’un côté, il y a une majorité perdue dans ses limbes et qui se retrouve, malgré toute sa bonne volonté, obligée de choisir entre deux non-actions : se déshabiller totalement, tendre l’autre joue à chaque fois que la première est giflée, ou alors se noyer dans un blabla musclé et déterminé certes, exaltant peut-être, mais toujours dénué d’action. De l’autre, il y a une opposition sclérosée dans ses privilèges (la primauté des armes), assoiffée de folles revanches depuis que toutes ses menaces, depuis le 11 novembre 2006, flanquées d’actions cette fois, se sont soldées par de cuisants fiascos ; une opposition qui a misé, avec succès, sur une hallucinante extension géographique du domaine de sa drôle de lutte : entendre et voir Walid Moallem, en direct, quitter son habit de ministre syrien des Affaires étrangères pour endosser celui, clownesque, d’attaché de presse de Michel Aoun restera un grand moment (de télévision, de cirque, de solitude) de ce début 2008.
Deux Liban déchirés donc, mais surtout deux Liban profondément malades. Une âme magique, sublime a dit récemment que ce qu’il y a de bien avec la douleur, c’est que cela ne peut pas être pire, que cela ne peut qu’aller mieux. C’est clair, c’est net, c’est précis. Mais reste à savoir ce qui se passe dans cet effarant cas de figure, lorsque ceux censés opérer, guérir, soigner ce pays ravagé et éteindre ses souffrances sont exactement ceux, dans leur très grande majorité, qui font tout pour centupler ses métastases.
Bonne année.
Ziyad MAKHOUL
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Il est des âmes sublimes, magiques, aux corps frêles et épuisés, qui se battent heure par heure contre d’infinis cancers ; des reines, des guerrières somptueuses qui refusent de perdre la moindre bataille contre ces espèces d’infects nénuphars qui essaient de les bouffer de dedans. Ces âmes gagnent, au-delà de leurs inhumaines douleurs, en assénant une somptueuse leçon pour l’humanité : des déesses. Il est en revanche des pays – de pathétiques pays : ni États ni nations – qui, lorsqu’ils sont atteints de plein fouet par la maladie, par une nuée de cytophages plus vicieux les uns que les autres, ne savent qu’abdiquer et se laissent mourir. L’agonie volontaire est souvent lente, désespérée, sordide ; la complaisance dans la médiocrité, dans les cloaques est insupportable. Ces...