Ils la terminent comme ils l’ont commencée : dans le mensonge et la duplicité. Ils l’entament comme ils avaient inauguré la précédente : dans l’abjection et l’infamie. Les années s’écoulent, les jours égrènent leurs chapelets de grandes et petites misères. Sous le soleil du Liban tout reste immuable : la même persévérance à tout détruire, la même détermination à toujours recoller les morceaux.
Un supplice de Tantale, un retour systématique à la case départ. En résumé, un spectacle éculé qui continue, pourtant, à drainer les foules, un metteur en scène absolument fou qui maintient sur leur piédestal de tristes bonzes qui mériteraient de finir leurs jours dans les poubelles de l’histoire.
Amender et réamender la Constitution, l’interpréter de mille et une manières, créer un gouvernement bancal, brandir « l’argument massue » du tiers de blocage (une première dans les annales politiques), participer pour mieux paralyser, ligoter l’arbitre suprême avant même son entrée en fonctions, voilà le lexique-type pour le meilleur des scénarios-catastrophes, le manuel du parfait terroriste, non pas celui qui assassine, mais celui qui pousse au suicide, à l’automutilation, au déni de soi.
L’Iran « axe du mal », la Syrie « État voyou », l’Amérique « grand Satan », autant de qualificatifs pour autant de fausses justifications, autant de prétextes pour autant de compromissions, de trahisons : sans personnes manipulées, point de manipulateurs, sans agents patentés, point de mots d’ordre étrangers, de consignes avilissantes.
Faut-il encore le dire, le répéter, le crier sur les toits, faut-il continuer à l’écrire en lettres de sang : le mal est interne, viscéral, une tumeur qui croît dans les cœurs, dans les têtes, qui rend sourd et aveugle. Le mal est dans le reniement des origines, des constituantes, des bases sur lesquelles a été édifié le Liban, une richesse transformée en damnation, une unicité perdue, dévoyée dans les arcanes nauséabonds de la politique.
Pluralité galvaudée, convivialité dépecée, tolérance réduite à zéro : le dialogue a cédé la place à l’invective, et l’écoute, la simple écoute, s’est claquemurée dans l’autisme, le rejet de l’autre.
Et, au-dessus de la mêlée, l’insulte suprême à l’intelligence : l’arrogance, une morgue déshonorante maniée avec délectation par les nouveaux détenteurs de la vérité, celle qui ne souffre aucune remise en question, qui ne tolère aucune autre argumentation.
***
Triste constat, bien tragique constat à l’orée du Nouvel An. Faut-il pour autant baisser les bras, se contenter de geindre, d’abandonner le terrain aux seules pleureuses, aux accompagnatrices de nos malheurs quotidiens ? Bien sûr que non !
Ne l’oublions surtout pas : des hommes sont tombés martyrs pour que vive le Liban, des hommes et des femmes souffrent dans leur chair pour avoir cru en un avenir meilleur, des hommes jonglent tous les jours avec la mort pour leur persévérance, pour leur foi en un État de droit, un État salvateur.
Pour eux, pour nous, pour ces années d’angoisse, de peur dans le ventre, mais, aussi, d’espoir têtu, obstiné, d’attente courageuse, le combat doit continuer. Non un combat de seule survie, mais une lutte incessante pour des idéaux, ceux qui façonnent les grandes nations, ceux fondateurs du pays du Cèdre et qui se sont effilochés au fil des ans, au rythme des arrogances, des vérités taillées à la mesure des personnes, des États dans l’État.
Recréer le Liban : tel est le combat à mener, le Liban de la pluralité et du consensus, non des défis et des clans, un combat au niveau des idées, un débat auquel toutes les composantes de la société civile participeront, un débat qui se fera, aussi, avec et dans L’Orient-Le Jour qui lui consacrera un supplément à cet effet.
Pour que le Liban retrouve sa vocation, la mission qui aurait dû toujours être la sienne : lieu de rencontres et non de divisions, creuset de dialogues et non de conflits.
Bonne année 2008.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils la terminent comme ils l’ont commencée : dans le mensonge et la duplicité. Ils l’entament comme ils avaient inauguré la précédente : dans l’abjection et l’infamie. Les années s’écoulent, les jours égrènent leurs chapelets de grandes et petites misères. Sous le soleil du Liban tout reste immuable : la même persévérance à tout détruire, la même détermination à toujours recoller les morceaux.
Un supplice de Tantale, un retour systématique à la case départ. En résumé, un spectacle éculé qui continue, pourtant, à drainer les foules, un metteur en scène absolument fou qui maintient sur leur piédestal de tristes bonzes qui mériteraient de finir leurs jours dans les poubelles de l’histoire.
Amender et réamender la Constitution, l’interpréter de mille et une manières, créer un gouvernement...