Belle. Lumineuse, élégante, une classe pas croyable, même si l’altière silhouette s’était un peu alourdie ces dernières années. Intelligente, cultivée, charismatique comme peuvent l’être les rejetons les plus réussis des grandes dynasties politiques. De tous les atouts qui faisaient la force de Benazir Bhutto, c’est cependant son courage, un courage allant jusqu’à la témérité, que retiendra surtout l’histoire.
Était-ce une foi inébranlable en sa bonne étoile, en une baraka tragiquement prise en défaut jeudi à Rawalpindi ? Était-ce plutôt cette superbe inconscience qui peut porter les grands à défier insolemment le destin ? Le fait est qu’en regagnant son pays après un long exil, qu’en se jetant à corps perdu dans les bains de foule, le chef de l’opposition pakistanaise prenait incontestablement rendez-vous avec une mort quasiment annoncée.
À son tour, ce terrible phénomène n’est guère étranger aux Libanais. Dans notre infortuné pays, la politique est devenue, depuis des années, une activité à très hauts risques : des risques de provenance précise, connue, notoire, affichée, qui plus est. Cela, des hommes et des femmes courageux jusqu’à l’héroïsme, jusqu’au martyre, le savaient fort bien ; ils ont continué pourtant – et continuent – de défendre leur idéal de liberté, d’indépendance, de souveraineté. Au Liban aussi, un ancien Premier ministre en inquiétait plus d’un, bien au-delà des frontières, concentrait sur sa personne une formidable accumulation de haine ; il a été brutalement éliminé, bien d’autres l’ont suivi, et la mise en parallèle ne s’arrête pas à ce point.
Cela dit, l’affaire Bhutto donne un brutal regain d’actualité à un débat déjà bien vieux et qui n’est pas près d’être tranché hélas : débat tournant – à l’intérieur non point d’un seul mais de trois cercles vicieux – autour de cette trouble relation qui existe entre tyrannie et terrorisme. De cette monstrueuse étreinte, c’est invariablement la démocratie qui sort laminée, sous le regard impuissant de la communauté internationale.
Premier cercle vicieux : dans les sociétés où dominent la misère, l’injustice et la corruption, la dictature suscite inévitablement le terrorisme : un terrorisme d’autant plus dévastateur, d’un bout à l’autre de cet immense arc de crise s’étendant entre le sous-continent indien et le Proche-Orient, qu’il puise une sacrilège justification dans la foi religieuse. Par un cruellement ironique retour de bâton, la montée du terrorisme nourrit une répression qui, le plus souvent, ne s’embarrasse guère de scrupules démocratiques et autres droits de l’homme, et là réside le deuxième cercle vicieux.
C’est le troisième de ces cercles cependant qui remporte haut la main la palme du vice. Le temps d’une conjoncture, l’espace d’une traversée du désert, une collusion objective peut réunir les deux fléaux ennemis. Il est bien connu que Pervez Musharraf, pourtant allié des États-Unis, n’a jamais cessé de cultiver de solides canaux de communication avec les groupes islamistes les plus radicaux.
Plus près (beaucoup trop près) de nous, le régime baassiste se pose aux yeux des puissances en précieux et irremplaçable barrage face à la montée des intégrismes. À cette nuance près que ces mêmes groupes qu’il ne tolère en aucun cas chez lui, il les soutient ou pour le moins les manipule sur le territoire d’autrui. C’est cette imposture qui permet à la Syrie, par les bons soins de ses affidés, de dégarnir le Liban de ses institutions, l’une après l’autre, pour mieux y restaurer son règne passé. À cette imposture, les amis du Liban doivent cesser de se prêter plus longtemps, car c’est en bénéficiant de la fameuse terreur du vide que la Syrie s’acharne à faire le vide dans notre pays.
L’affaire Bhutto, les samedis électoraux bidon du président de l’Assemblée, les menaces de chaos brandies par plus d’un membre de l’opposition, tout cela n’aide pas trop à enterrer comme elle l’aurait mérité cette scélérate année 2007, celle de toutes les aberrations. Puisse la suivante être celle du triomphe du droit et de la raison.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Belle. Lumineuse, élégante, une classe pas croyable, même si l’altière silhouette s’était un peu alourdie ces dernières années. Intelligente, cultivée, charismatique comme peuvent l’être les rejetons les plus réussis des grandes dynasties politiques. De tous les atouts qui faisaient la force de Benazir Bhutto, c’est cependant son courage, un courage allant jusqu’à la témérité, que retiendra surtout l’histoire.
Était-ce une foi inébranlable en sa bonne étoile, en une baraka tragiquement prise en défaut jeudi à Rawalpindi ? Était-ce plutôt cette superbe inconscience qui peut porter les grands à défier insolemment le destin ? Le fait est qu’en regagnant son pays après un long exil, qu’en se jetant à corps perdu dans les bains de foule, le chef de l’opposition pakistanaise prenait incontestablement...