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L’appétit des fonds souverains inquiète les Occidentaux

Face à l’appétit grandissant des fonds souverains, investisseurs et responsables politiques de pays développés redoutent de voir des pans entiers de leurs activités stratégiques passer progressivement sous la bannière de puissances émergentes. L’annonce ce mois-ci de l’entrée du fonds d’État chinois China Investment Corp. (CIC) à hauteur de quelque 10 % dans le capital de Morgan Stanley, fragilisée par la crise des prêts immobiliers américains à risque (« supprime »), a encore relancé la polémique sur le rôle et les intentions réelles ou supposées de ces fonds aux moyens financiers colossaux. Le CIC, qui va investir cinq milliards de dollars dans la prestigieuse banque d’affaires américaine, devrait disposer de quelque 200 milliards de dollars d’actifs, selon le dernier rapport des perspectives économiques de l’OCDE. « Un des risques est de voir ces fonds souverains s’investir dans des secteurs sensibles en Occident comme la banque et l’assurance, parce que c’est un moyen d’information remarquable sur l’activité commerciale et sur les négociations en cours des entreprises », a déclaré à Reuters Bruno Rigal, associé fondateur du fonds Osiris Partners. Plusieurs opérations de ce type ont été menées par ces structures d’investissement contrôlées par des États, qui sont déjà plus d’une quarantaine et dépassent les 3 000 milliards de dollars totaux d’actifs, soit deux fois plus que les « hedge funds », les fonds spéculatifs. La crainte est grande de voir à terme certains de ces fonds souverains prendre le contrôle de grands groupes de pays développés. « Nous ne sommes plus à l’abri de grandes OPA hostiles sur des sociétés importantes pour nos pays occidentaux et concurrentes de celles de pays émergents », prévient Bruno Rigal, qui redoute aussi des prises de participations de ces fonds dans des secteurs technologiquement sensibles et pas nécessairement soumis à des « golden shares » ou aisément défendables par leurs gouvernements. La crise profonde du marché de la dette pourrait accentuer le recours à ces actifs. L’autre grande inquiétude concerne la volonté politique de certains fonds souverains d’investir dans des sources d’approvisionnement énergétique et de matières premières, en concurrence directe avec celles des pays développés. Le fonds CIC a ainsi démenti le mois dernier un projet d’offre de 200 milliards de dollars sur le géant minier anglo-australien Rio Tinto, en partenariat avec des sidérurgistes chinois, mais les interrogations sur les visées géostratégiques de Pékin, pour accéder à des minerais à bon prix, restent d’actualité. Face à de telles menaces potentielles, Berlin étudie la possibilité de bloquer l’investissement de ces fonds dans certains secteurs jugés stratégiques, comme la défense. Cette question préoccupe également le gouvernement français. Mais les pays développés ont également intérêt à ne pas faire fuir des fonds souverains qui vont compter de plus en plus dans la finance mondiale. Selon la Deutsche Bank, les actifs gérés par ces fonds pourraient dépasser les 5 000 milliards de dollars d’ici à cinq ans et les 10 000 milliards d’ici à 10 ans. « Même si ces énormes flux de capitaux peuvent sembler intimidants, jusqu’à présent ces fonds se sont montrés des partenaires importants et fiables pour beaucoup d’entreprises, et essentiellement des investisseurs passifs », a expliqué à Reuters Steffen Kern, responsable de la politique des marchés financiers internationaux chez Deutsche Bank. « Les Européens ne doivent pas les décourager en mettant en œuvre des mesures restrictives, mais au contraire les attirer dans l’UE par une politique constructive. L’avenir sera marqué par une concurrence acharnée au niveau mondial pour attirer des capitaux et il ne faut pas laisser passer cette opportunité », a-t-il ajouté.
Face à l’appétit grandissant des fonds souverains, investisseurs et responsables politiques de pays développés redoutent de voir des pans entiers de leurs activités stratégiques passer progressivement sous la bannière de puissances émergentes.
L’annonce ce mois-ci de l’entrée du fonds d’État chinois China Investment Corp. (CIC) à hauteur de quelque 10 % dans le capital de Morgan Stanley, fragilisée par la crise des prêts immobiliers américains à risque (« supprime »), a encore relancé la polémique sur le rôle et les intentions réelles ou supposées de ces fonds aux moyens financiers colossaux.
Le CIC, qui va investir cinq milliards de dollars dans la prestigieuse banque d’affaires américaine, devrait disposer de quelque 200 milliards de dollars d’actifs, selon le dernier rapport des perspectives...