Au plan des théories, ni l’anticonformisme ni l’absurde ne tendent, ou ne prétendent, à l’anarchie. L’actuelle opposition libanaise obéit pour sa part à une autre logique. Du reste illogique. En faisant obstacle à l’intérêt national. C’est-à-dire à celui de ses propres masses. Par son rejet de l’amendement. Mais aussi par son refus d’une session extraordinaire en vue d’approuver de pressants projets. Comme les budgets des trois dernières années. Ou les réformes de Paris III, nécessaires au redressement économique. Une ligne contradictoire au point que, tout naturellement, l’on se pose à son propos une série d’interrogations naïves :
– Que cherchent au juste les prosyriens ? Souhaitent-ils l’élection du général Michel Sleimane ? Veulent-ils, plutôt, comme le donnent à penser les conditions qu’ils posent, aliéner la présidence de la République ?
– Ils soutiennent que la candidature Sleimane dissimule un piège, une manœuvre tactique de la part de la majorité. Qui, à les en croire, n’en voudrait pas du tout, au fond. Ils accusent en même temps les États-Unis d’entraver la présidentielle. Mais alors, pourquoi ne pas assurer le quorum pour prendre tout ce petit monde à son jeu ?
– Et c’est pareil pour le gouvernement. Ils lui reprochent d’éluder l’échéance afin de se garder les pouvoirs intérimaires de la présidence. Ne feraient-ils pas mieux de faciliter, d’accélérer la procédure électorale pour lui couper l’herbe sous les pieds ?
– Si l’élection à la présidence de la République du commandant en chef est possible sans retouche constitutionnelle, comme ils l’avancent, qu’attendent-ils pour y contribuer ?
Le décideur
Cependant, il est flagrant que les réponses, ce n’est pas ici qu’on peut les trouver, mais à Damas. Dont les contestataires du cru suivent fidèlement les directives. Et dont l’objectif, aussi manifeste, est d’ôter à l’État libanais tout contenu, en paralysant, en désarticulant ses institutions l’une après l’autre. Politiquement, mais aussi dans leur chair et dans leur sang. Comme en atteste la brutale élimination d’un ministre, de nombre de députés. Ou encore d’un général promis à la direction de l’armée.
Ainsi, le pays livré à lui-même courrait à l’anarchie, à la discorde interne. Avec un bel aplomb, les dirigeants syriens ne manquent jamais, du reste, de mettre les Libanais fraternellement en garde contre ces périls. Façon sans doute de leur dire, ainsi qu’au monde entier : Si vous voulez éviter les ravages d’un tel sinistre, regardez donc du côté du brave pompier que nous sommes.
Leur sens du devoir d’intervention, cher à Kouchner, va, en réalité, jusqu’à l’immixtion la plus éhontée, la plus effrontée. Ils bloquent l’élection sous prétexte que l’amendement n’est pas possible, du moment que le gouvernement Siniora est illégal-illégitime. Déjà, à ce propos, on reproche à des autorités locales, comme Berry ou auparavant comme Lahoud, de porter un jugement qui n’est pas de leur ressort. Alors, que dire des Syriens ?
Fouad Chehab conseillait toujours, en cas de litige, le recours à l’arbitrage du livre. Entendre de la Constitution. Mais pour les prosyriens, elle n’est plus que torchon et lettre morte. Leur seule règle, c’est la fawda. Ils refusent donc de voir ce que la Loi fondamentale dit quant à la légitimité du cabinet après le départ des ministres chiites et d’un grec-orthodoxe. Ils n’admettent donc pas cet « ABC » juridique : en République parlementaire, seule l’Assemblée nationale peut valider ou renvoyer le gouvernement. Seule, elle peut dire s’il est légal ou pas.
Seule, elle peut indiquer si, oui ou non, l’alinéa J du prologue de la Constitution, qui édicte la coexistence (et non la participation de tous) condamne le gouvernement.
À part cela, il peut évidemment être amené à rendre son tablier de lui-même, ou ipso facto, pour des raisons précisées à l’article 69 C. Dont la démission ou la mort de son président. Par le départ du plus du tiers de ses membres. Ou encore lors du renouvellement de la présidence de la République ou de la Chambre.
Passent encore les conditions rédhibitoires dont Michel Aoun, négociateur désigné, se trouve armé. Le comble, c’est que les prosyriens s’opposent à toute mesure, aussi nécessaire qu’elle soit, que prendrait l’équipe Siniora dans le cadre du traitement des problèmes sociaux et économiques de la population.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au plan des théories, ni l’anticonformisme ni l’absurde ne tendent, ou ne prétendent, à l’anarchie. L’actuelle opposition libanaise obéit pour sa part à une autre logique. Du reste illogique. En faisant obstacle à l’intérêt national. C’est-à-dire à celui de ses propres masses. Par son rejet de l’amendement. Mais aussi par son refus d’une session extraordinaire en vue d’approuver de pressants projets. Comme les budgets des trois dernières années. Ou les réformes de Paris III, nécessaires au redressement économique. Une ligne contradictoire au point que, tout naturellement, l’on se pose à son propos une série d’interrogations naïves :
– Que cherchent au juste les prosyriens ? Souhaitent-ils l’élection du général Michel Sleimane ? Veulent-ils, plutôt, comme le donnent à penser les conditions...