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Actualités - Opinion

LE POINT Chaos et opium

« L’Afghanistan a été secoué, vingt ans durant, par la guerre. Aujourd’hui, le pays est divisé en une multitude de fiefs hostiles et l’anarchie règne presque partout (…) À court terme, les perspectives de paix sont faibles. » Vous croyez que ces lignes viennent d’être écrites par un observateur impartial ? Faux ! Elles portent la signature de Zalmay Khalilzad. L’actuel représentant permanent des États-Unis à l’ONU, un Pachtoun de la tribu des Kakar, né à Mazar-E Charif, les avait publiées dans le Journal of International Affairs en… 1997. Prémonitoire, le jugement reste d’une brûlante actualité une décennie plus tard et six ans après le déclenchement, le 7 octobre 2001, de l’opération « Enduring Freedom », en réponse à la double attaque contre les Twin Towers de New York et le Pentagone de Washington. Il est peu probable que l’ancien proconsul en Irak veuille changer quoi que ce soit à ses conseils pour prévenir le chaos : cessez-le-feu entre les différentes factions rivales, mise en place d’un gouvernement largement représentatif, désarmement des milices et leur intégration dans l’armée nationale, relance de l’économie, réinsertion des réfugiés dans la société, renforcement de la loi et de l’ordre. Plus facile à dire qu’à faire tant se sont multipliées ces derniers temps les embûches sur la voie de la normalisation. Alors que l’on constate un net accroissement des attentats et que le pouvoir du président Hamid Karzaï ne s’exerce plus que sur une minuscule portion du territoire, un incident diplomatique vient d’éclater, qui illustre les difficultés que rencontrent ceux qui cherchent désespérément une issue à la crise. Pour avoir établi des contacts secrets avec l’opposition au régime en place, deux diplomates de haut rang ont été priés de quitter le pays dans les heures à venir. L’Irlandais Michael Semple, chef de la mission de l’Union européenne, et l’Anglais Mervyn Patterson, émissaire des Nations unies, ont été mêlés à des activités sans rapport avec leurs attributions. Le plus grave aux yeux du pouvoir central est que le dialogue a été engagé avec des représentants des talibans, dans le district de Musa Qala, dans la province de Helmand. À Bruxelles comme à New York, on tente de minimiser l’importance de l’incident en parlant d’un simple « malentendu » qui devrait être dissipé bien vite. Mercredi toutefois, le Daily Telegraph apportait des révélations autrement plus fracassantes sur les liens présumés entretenus avec ceux que la terminologie officielle continue de qualifier d’insurgés. À en croire le journal, des « honorables correspondants » des services de renseignements britanniques auraient engagé, tout au long de l’été, et toujours dans le secteur de Helmand, des négociations de paix avec les anciens maîtres du pays, poussant la complaisance (la complicité ?) jusqu’à leur prodiguer des conseils. Ces affaires ne pouvaient survenir à un moment plus embarrassant. Le 12 décembre, le Premier ministre britannique Gordon Brown réaffirmait son appui aux forces de sécurité ainsi qu’à l’armée afghanes et son refus catégorique de toute discussion « avec ces gens » (comprendre les rebelles). Quarante-huit heures plus tard, Des Brown, secrétaire à la Défense, soulignait à l’adresse de ses pairs réunis à Édimbourg la nécessité de « fournir aux autorités de Kaboul toute l’aide nécessaire pour une réussite dans leur mission que nous sommes unanimes à juger vitale non seulement pour leur nation mais aussi pour le monde ». On le voit, le cafouillage est total. Ou plutôt, il y a loin de la coupe officieuse aux lèvres officielles. D’autant plus que les militaires ne sont pas près de partager l’euphorie des politiques. Écoutons le général David Richards, commandant en chef de la force de sécurité de l’OTAN, lors d’une conférence prononcée au Royal United Services Institute : « La situation est proche de l’anarchie », dit-il, évoquant à l’occasion le manque d’équipement, les divisions entre les tribus dont les hommes ont transformé en passoire la frontière avec le Pakistan, sans parler des conflits opposant entre elles fractions religieuses et civiles « cyniquement manipulées par les seigneurs de guerre ». Sa conclusion : l’Alliance atlantique avait jugé en 2002 que la défaite des étudiants en religion aurait des retombées mineures sur la conjoncture locale ; or, tel n’a pas été le cas. Laissons de côté les interrogations faussement étonnées de certains sur l’importance géopolitique du secteur de Helmand. Qu’il suffise seulement de se rappeler que la province représente aujourd’hui la plus grande source au monde (93 pour cent) d’approvisionnement en opium des laboratoires clandestins chargés de le transformer en héroïne. En espèces sonnantes et trébuchantes, cette manne est évaluée à 4 milliards de dollars, censés représenter le nerf de la guerre. Et surtout emplir les poches de ceux qui la font. Christian MERVILLE
« L’Afghanistan a été secoué, vingt ans durant, par la guerre. Aujourd’hui, le pays est divisé en une multitude de fiefs hostiles et l’anarchie règne presque partout (…) À court terme, les perspectives de paix sont faibles. » Vous croyez que ces lignes viennent d’être écrites par un observateur impartial ? Faux ! Elles portent la signature de Zalmay Khalilzad. L’actuel représentant permanent des États-Unis à l’ONU, un Pachtoun de la tribu des Kakar, né à Mazar-E Charif, les avait publiées dans le Journal of International Affairs en… 1997. Prémonitoire, le jugement reste d’une brûlante actualité une décennie plus tard et six ans après le déclenchement, le 7 octobre 2001, de l’opération « Enduring Freedom », en réponse à la double attaque contre les Twin Towers de New York et le Pentagone de...