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CITOYEN GROGNON La misère des vieux mendiants

Ils arpentent les carrefours les plus embouteillés, Mkallès, Sassine, Tabaris, Béchara el-Khoury, ou les trottoirs des boutiques luxueuses. Des heures durant, qu’il pleuve ou qu’il vente, ils font la manche, espérant susciter la générosité des automobilistes ou des passants. Trop fiers pour tendre la main. Mais trop désespérés pour refuser l’aumône, vu leur âge avancé. Munis de vieux chiffons crasseux, ils proposent aussi, de leur voix cassée, de nettoyer les vitres de vos voitures. Parfois même, un simple écriteau accroché au cou, ils se justifient en vous racontant leur maladie, leur chômage, leur misère, d’une phrase maladroitement écrite. Les moins téméraires vous tendent une ordonnance de médecin, sans mot dire, la larme à l’œil. Épuisés d’ennui et de fatigue, le dos courbé d’avoir passé la journée debout à quémander, ils s’asseyent à même les trottoirs ou s’adossent aux pylônes pour se reposer quelques instants avant de reprendre leur quête. Car il leur faut bien assurer de quoi manger. Mais ils finissent souvent par s’endormir avec leurs seules mains pour coussin, avec leurs seuls vêtements pour couverture, laissant aux passants le soin de s’apitoyer sur leur sort, de leur donner de quoi se sustenter. Combien de vieux se résignent-ils aujourd’hui à mendier sur les routes du pays parce qu’ils n’ont plus d’autre choix, parce qu’ils n’ont personne pour s’occuper d’eux, parce qu’ils sont minés par la maladie, la pauvreté, la douleur ? Combien d’autres vieux, incapables de mendier, vivent-ils leur misère et leur douleur dans la solitude la plus totale ? Et dire que le Libanais tirait fierté de son sens de la famille. Mais aujourd’hui, avec la recrudescence de la crise, alors que nombre de familles n’arrivent plus à subvenir aux besoins de leurs vieux, le phénomène gagne de l’ampleur, en l’absence d’un système efficace de prise en charge par l’État des personnes âgées démunies. Fort heureusement, quelques associations se mobilisent, sans toutefois parvenir à répondre aux besoins sans cesse grandissants. Y aura-t-il jamais la moindre structure étatique pour entendre l’appel muet des personnes âgées du Liban ? Anne-Marie EL-HAGE
Ils arpentent les carrefours les plus embouteillés, Mkallès, Sassine, Tabaris, Béchara el-Khoury, ou les trottoirs des boutiques luxueuses.
Des heures durant, qu’il pleuve ou qu’il vente, ils font la manche, espérant susciter la générosité des automobilistes ou des passants.
Trop fiers pour tendre la main. Mais trop désespérés pour refuser l’aumône, vu leur âge avancé.
Munis de vieux chiffons crasseux, ils proposent aussi, de leur voix cassée, de nettoyer les vitres de vos voitures. Parfois même, un simple écriteau accroché au cou, ils se justifient en vous racontant leur maladie, leur chômage, leur misère, d’une phrase maladroitement écrite. Les moins téméraires vous tendent une ordonnance de médecin, sans mot dire, la larme à l’œil.
Épuisés d’ennui et de fatigue, le dos courbé d’avoir...