Pour ne rien vous cacher, j’ai longtemps hésité avant de prendre la plume. Quoi écrire, quoi dire que vous ne sachiez déjà ? Que les morts n’ébranlent plus la conscience des vivants, que les vivants sont souvent plus morts que les morts, que le martyre est devenu une nouvelle forme de vie, qu’il accompagne notre quotidien, nous tient compagnie dans les moments de détresse, qu’on y trouve même des motifs d’espoir… avant que la notice nécrologique ne s’allonge d’un nouveau nom.
Quoi écrire que vous ne soupçonniez déjà ? Que la « libanité » dont ils s’enorgueillissent si fort, qu’ils brandissent bien haut n’est qu’une « libanité » de pacotille, qu’elle est assujettie à leurs ambitions, aux alliances nouées sur les décombres du Liban-message.
Un Liban, monnaie d’échange dans le jeu cruel des grandes puissances, une pièce maîtresse dans le bras de fer irano-américain, dans la nouvelle guerre froide entre la Russie et l’Occident. Un mouchoir de poche qu’on utilise, essore et vide de sa substance, et qu’on renvoie à ses vieux démons une fois accomplie la mission qui lui a été dévolue.
En arrière-plan, dans un théâtre de comparses, des pantins désarticulés continuent de balayer du vent, livrent des batailles « donquichottesques » et tournent en dérision les constantes, les constituantes qui font la grandeur d’une nation.
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Quel président pour quel Liban ? Tout le problème, aujourd’hui, se résume en cette interrogation. L’exigence suspecte d’un accord politique préalable à tout scrutin, la mise en conditionnement du général Sleimane, l’insistance résolue à le dépouiller des prérogatives qui devraient être les siennes, une fois élu, tout cela reflète une volonté délibérée d’amener à la tête de l’État un homme affaibli, pieds et poings liés, un faux témoin pour un mandat transitoire.
En clair, un intermède, sans tambour ni trompette, pour paver le chemin à celui qui n’a jamais arrêté de se considérer comme l’élu providentiel.
Résultat : des échéances bafouées de semaine en semaine, des principes premiers, vitaux, qui s’écroulent l’un après l’autre, un aveu général d’impuissance… et le vide institutionnel qui s’installe, les recours constitutionnels qui s’évaporent.
À Damas, on ne s’y est pas trompé : « La Syrie n’a jamais été aussi forte au Liban », a martelé Farouk el-Chareh la semaine dernière, rendant, par la même occasion, un hommage appuyé à ses alliés locaux.
« Lundi sera le jour de la dernière chance », avait averti vendredi Nicolas Sarkozy, ajoutant, en allusion évidente à la Syrie, que « ceux qui prendront le risque de gâcher cette chance se couperont définitivement de la France et d’un certain nombre de pays ».
Depuis, rien de nouveau à l’horizon des sanctions annoncées, l’appel international lancé avant-hier à partir de Paris se contentant de réclamer une élection présidentielle « sans condition et sans plus de délai », évitant soigneusement d’identifier les « puissances externes » invitées à respecter les institutions démocratiques libanaises.
Carotte ou bâton, bâton ou carotte ? Une valse-hésitation dont la facture a été lourdement payée par le pays du Cèdre, un embrouillamini diplomatique largement mis à profit aussi bien par Damas que par Téhéran, des doutes que les visites répétées de David Welch à Beyrouth sont loin d’avoir dissipés.
Infortuné Liban pris dans le tourbillon de la realpolitik, qui s’imagine encore être le centre du monde alors qu’il n’est plus que le centre de convergence de tous les conflits régionaux.
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Du centre-ville, des zones périphériques, montent tous les jours, tous les soirs, un brouhaha d’espoir, un tumulte entêté, un défi déterminé à la sinistrose ambiante. Depuis quelques jours, malgré le sit-in de la honte, en dépit des coups qui nous sont assénés, Noël a pris ses quartiers au cœur même de la capitale, un cœur qui continue de vibrer au diapason de toutes ses communautés.
Le pied de nez de la société civile aux marchands du temple, aux fossoyeurs de la République, la preuve par mille, par dix mille, par cent mille que le souffle de la vie restera plus fort que toutes les tenailles, tous les étaux du monde.
Mille, dix mille, cent mille raisons pour prendre la plume, pour ne jamais la lâcher.
Nagib AOUN
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Quoi écrire que vous ne soupçonniez déjà ? Que la « libanité » dont ils s’enorgueillissent si fort, qu’ils brandissent bien haut n’est qu’une « libanité » de pacotille, qu’elle est assujettie à leurs ambitions, aux alliances nouées sur les décombres du Liban-message.
Un Liban, monnaie d’échange dans le jeu cruel...