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Actualités - Analyse

ANALYSE Merkel rompt avec le pragmatisme diplomatique de Berlin

Intransigeante sur les droits de l’homme, la diplomatie mise en œuvre par la chancelière allemande Angela Merkel tranche avec celle de ses prédécesseurs et inquiète parfois le monde des affaires. En faisant pression sur la Russie, la Chine ou, plus récemment, le Zimbabwe, Merkel rompt avec l’approche pragmatique et prudente en vigueur à Berlin de Konrad Adenauer jusqu’à Gerhard Schröder. Fille de pasteur, la chancelière, qui a grandi dans l’ex-RDA, se refuse obstinément à favoriser les intérêts économiques au détriment de ses convictions, disent ses collaborateurs. Mais cette intransigeance répond également à son idée de l’évolution du paysage politique allemand, qui réclame selon elle des positions fermes sur des sujets tels que les droits de l’homme ou l’environnement. « Tous ses prédécesseurs, de gauche comme de droite, préféraient en général la discrétion aux valeurs, un silence poli aux idéaux politiques, assurant que la diplomatie tranquille donnait de meilleurs résultats. Merkel est en fait une rupture », confirme Josef Joffe, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Die Zeit. Cette attitude est d’autant plus remarquable qu’elle tranche avec son approche de la politique intérieure, terrain sur lequel beaucoup lui reprochent de composer pour assurer la cohésion de la « grande coalition » qui réunit conservateurs et sociaux-démocrates. Laissant à Berlin cette disposition au compromis, la chancelière n’a pas hésité à apostropher le président zimbabwéen Robert Mugabe lors du sommet euro-africain qui s’est tenu les 8 et 9 décembre à Lisbonne. La communauté internationale ne peut rester inactive alors que les droits de l’homme sont « foulés au pied » à Harare, a-t-elle lancé en présence de l’intéressé, jugeant cette situation « dommageable pour la nouvelle Afrique ». À peine arrivée aux affaires, en novembre 2005, la chef de file de la CDU avait déjà marqué sa différence en déplorant le traitement que les États-Unis réservent aux détenus de Guantanamo. Fait sans précédent, la chancelière a par ailleurs reçu en septembre dernier le dalaï-lama, s’attirant les foudres de Pékin qui a annulé plusieurs rendez-vous diplomatiques. Déjà échaudé par ses critiques sur l’état de la démocratie et des droits de l’homme en Russie – le patron d’une multinationale s’est plaint auprès de Reuters d’avoir perdu un contrat après ses propos au sujet du Kremlin –, les milieux d’affaires allemands se sont publiquement inquiétés d’éventuelles représailles économiques. Si elle tranche avec celle de ses prédécesseurs, la politique étrangère de Merkel contraste également avec celle du président français Nicolas Sarkozy, qui a laissé Rama Yade, secrétaire d’État aux Droits de l’homme, à Paris lorsqu’il s’est rendu en Chine, le mois dernier, et qui a reçu la semaine dernière le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. « Merkel fait front. Elle dit : “Oui, nous allons faire des affaires avec les Russes et les Chinois, mais je n’ai pas peur des divergences quand elles existent” », commente Katinka Barysch, directrice adjointe du Centre pour les réformes européennes. Paul Carrel et Noah Barkin (Reuters)
Intransigeante sur les droits de l’homme, la diplomatie mise en œuvre par la chancelière allemande Angela Merkel tranche avec celle de ses prédécesseurs et inquiète parfois le monde des affaires. En faisant pression sur la Russie, la Chine ou, plus récemment, le Zimbabwe, Merkel rompt avec l’approche pragmatique et prudente en vigueur à Berlin de Konrad Adenauer jusqu’à Gerhard Schröder.
Fille de pasteur, la chancelière, qui a grandi dans l’ex-RDA, se refuse obstinément à favoriser les intérêts économiques au détriment de ses convictions, disent ses collaborateurs. Mais cette intransigeance répond également à son idée de l’évolution du paysage politique allemand, qui réclame selon elle des positions fermes sur des sujets tels que les droits de l’homme ou l’environnement.
« Tous ses prédécesseurs,...