Rechercher
Rechercher

Actualités

Dilemmes en boucle

En toute logique, un homme aussi dynamique que Nabih Berry devrait s’ennuyer ferme à la tête de ce Parlement qu’il a lui-même mis au chômage il y a plus d’un an, oubliant que c’est précisément en période de crise que l’Assemblée élue, source de tous les pouvoirs, est au contraire tenue de mettre les bouchées doubles. Or rien, faut-il croire, n’a le don d’ennuyer Nabih Berry : même pas cet incroyable, fastidieux, assommant rituel devenu l’essentiel de sa fonction. Et qui se réduit à convier périodiquement les députés à l’élection d’un président de la République, pour aussitôt les remercier pour leur peine et leur fixer un nouveau rendez-vous. Neuvième du genre en l’espace de moins de trois mois, le report de la séance d’hier n’aura pas fait grand cas des intenses pressions internationales visant à hâter le scrutin présidentiel au Liban. Celles-ci ont culminé avec la déclaration publiée hier à Paris, en marge de la conférence des donateurs pour la Palestine, par les États-Unis, la France, l’Union européenne, l’ONU et divers pays arabes, et qui demande aux puissances extérieures de respecter la Constitution et les institutions démocratiques du Liban. Le week-end dernier déjà, c’est le même message de soutien qu’avait porté à Beyrouth même l’adjoint du secrétaire d’État américain. Dans son ardeur à balayer toute crainte libanaise d’un quelconque marché syro-US concocté lors de la récente conférence d’Annapolis, David Welch a même été jusqu’à promettre appui et protection aux chrétiens de ce pays, fait absolument sans précédent dans les annales libano-américaines. Élection libanaise sans intimidation et sans ingérence, a réclamé pour sa part Condoleezza Rice, au sortir d’une concertation à l’Élysée hier. Intimidation est un mot qui revient souvent, ces derniers temps, dans les propos de la patronne du département d’État : ce doux euphémisme se proposant de désigner la criminelle campagne qui, depuis des années, vise non point à intimider seulement, chère Madame Rice, mais à terroriser, à épouvanter, à châtier, à mettre à genoux le Liban et les Libanais. Pour ce qui est des ingérences, la réserve verbale de Condoleezza se double, au demeurant, d’un pieux mensonge : car c’est bel et bien une intervention – constructive, positive cette fois – auprès de leurs alliés locaux que l’on escompte en réalité de la Syrie et de l’Iran. Une fois institué ce paradoxe, comment s’étonner des exigences sans fin d’une opposition libanaise déterminée à prendre des gages sur la liberté de manœuvre du futur président, sur la personne du prochain commandant de l’armée, sur la composition du prochain gouvernement ? Ce même paradoxe, la France de Nicolas Sarkozy s’y sera, elle aussi, brûlé les doigts, dans ses efforts pour rompre avec la politique jugée trop personnelle de Jacques Chirac sans pour autant renier une amitié séculaire avec le Liban. Or si la ligne Chirac fut, de fait, personnelle, ce n’était pas seulement en raison de l’amitié qu’il portait à la famille Hariri. Comme l’Américain Colin Powell, comme maints autres, l’ancien président français a fait l’expérience – en tous points personnelle – des fausses promesses, engagements bidon et autres retournements subits d’un régime baassiste dont il avait consenti à parrainer la réhabilitation internationale. Il convient donc de souhaiter meilleure chance à son successeur déjà passablement échaudé par l’affaire des prétendues garanties syriennes transmises au patriarche maronite Nasrallah Sfeir. Tout compte fait, ce n’était pas hier, cette journée de la dernière chance dont s’alarmait par avance Sarkozy, et son ministre des AE Kouchner a vite fait d’ailleurs de tempérer une sentence aussi sombre que définitive. En ces temps de réalisme, c’est une première chance plutôt – celle de la confiance, une confiance libre de toute hypothèque – qui est due à cette présidence d’unanimité dont on attend qu’elle marie l’eau et le feu. Qu’elle allie souveraineté et harmonie interne. Issa GORAIEB
En toute logique, un homme aussi dynamique que Nabih Berry devrait s’ennuyer ferme à la tête de ce Parlement qu’il a lui-même mis au chômage il y a plus d’un an, oubliant que c’est précisément en période de crise que l’Assemblée élue, source de tous les pouvoirs, est au contraire tenue de mettre les bouchées doubles. Or rien, faut-il croire, n’a le don d’ennuyer Nabih Berry : même pas cet incroyable, fastidieux, assommant rituel devenu l’essentiel de sa fonction. Et qui se réduit à convier périodiquement les députés à l’élection d’un président de la République, pour aussitôt les remercier pour leur peine et leur fixer un nouveau rendez-vous.
Neuvième du genre en l’espace de moins de trois mois, le report de la séance d’hier n’aura pas fait grand cas des intenses pressions internationales...