Après le sang du général François el-Hajj et de l’innombrable cohorte de martyrs qui l’ont précédé, combien faudra-t-il d’autres victimes pour que les leaders cessent de ne faire ensemble que dénoncer les assassinats. Et qu’ils s’éveillent à leur responsabilité nationale, pour joindre enfin leurs efforts en vue d’une solution de sauvetage, passant par l’élection du général Michel Sleimane, sans plus de faux-fuyants.
Comme le relève un ministre, l’opposition, qui se déclare pour l’avènement du commandant en chef, doit le prouver sans tarder. Tout simplement en participant à la séance d’amendement et de scrutin, pour que le quorum des deux tiers soit assuré. Et en cessant de poser des conditions fantasques ou rédhibitoires, comme ce package deal préliminaire qu’elle exige. Un accord difficile, peut-être même impossible, à négocier, car il y a trop de questions conflictuelles à traiter. Dans le meilleur des cas, le marché ne pourrait être conclu avant de longues semaines, voire des mois. Alors que le pays, exsangue, n’en peut plus. Son économie glisse rapidement vers l’abîme. Il s’appauvrit fortement et perd à la vitesse grand V ses forces vives, réduites soit à la faillite, soit à l’émigration.
Mais qu’est-ce que l’élection rapprochée du général Sleimane y changerait ? Le clivage entre le 14 et le 8 Mars ne resterait-il pas aussi accentué ? Sans doute, mais le climat s’en trouverait amélioré. Et l’on pourrait s’acheminer vers le dégagement, en amorçant à tête reposée les longs pourparlers susmentionnés sous l’égide du nouveau président, qui animerait le dialogue sans se trouver ligoté par des conditions et contre-conditions paralysantes.
De plus, il pourrait y avoir de notables changements d’alliances, une redistribution des cartes facilitant le traitement global du contentieux local. Ces retournements, on en voit les prémices à partir de prises de position, de déclarations déterminées montrant que certains groupes ou particuliers sont désormais plus proches de leurs vis-à-vis que de leurs partenaires de front. Par conviction ? Peut-être bien. Mais plus sûrement, réalisme oblige, pour des raisons d’appétit ministériel, à l’approche de la formation d’un nouveau gouvernement.
Le mouvement de bascule devrait également, en bonne logique, être dynamisé par la volonté de beaucoup, à gauche comme à droite, de s’inscrire dorénavant dans la sphère d’influence du nouveau chef de l’État. Autrement dit, il se formerait une troisième force, un centre, qui équilibrerait la balance.
Définition de rôle
Le ministre cité observe que jadis l’unique condition posée à un postulant était qu’il devait être favorable à la présence syrienne. Jamais les parties locales n’en exigeaient un engagement sur le programme politique, sur la composition du gouvernement ou sur les nominations, comme c’est le cas aujourd’hui. Alors que c’est encore plus illogique qu’hier. Car ces questions ne dépendent plus du président, mais du Parlement et du Conseil des ministres, et cela depuis le pacte de Taëf.
L’opposition prétend, ajoute-t-il, vouloir paver la voie devant le président potentiel à travers l’accord préalable global qu’elle réclame. Il n’en est rien, car de la sorte elle lui barre, au contraire, l’accès de Baabda. Si elle veut lui faciliter la tâche, cela doit être dans un premier temps au niveau de la formation du prochain gouvernement. Dans ce sens qu’en cas d’impasse en ce qui concerne un éventuel melting-pot majorité-opposition, il aurait les coudées franches pour initier un cabinet d’indépendants, qui aurait pour mission d’élaborer une loi électorale équilibrée, équitable, en vue des législatives de 2009 ou d’un scrutin anticipé.
Actuellement, en attendant de voir comment les choses vont évoluer, le gouvernement en place s’abstient d’assumer totalement l’intérim de la présidence, pour ne pas envenimer la tension. Il se contente, pratiquement, d’expédier les affaires courantes. Mais si l’opposition persiste dans son blocage, le Conseil des ministres sera bien obligé de fonctionner à plein régime, c’est le mot, en prenant l’initiative d’un projet de loi pour l’amendement. Et bien d’autres mesures. Car le pays, et la machine d’État indispensable à l’économie comme au service des gens ne peuvent être laissés à l’abandon, sans Exécutif actif.
Émile KHOURY
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Comme le relève un ministre, l’opposition, qui se déclare pour l’avènement du commandant en chef, doit le prouver sans tarder. Tout simplement en participant à la séance d’amendement et de scrutin, pour que le quorum des deux tiers soit assuré. Et en cessant de poser des conditions fantasques ou rédhibitoires, comme ce package deal préliminaire qu’elle exige. Un accord difficile,...