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Avons-nous intérêt à intégrer le système à n’importe quel prix ?

En intégrant l’OMC, le Liban peut espérer doper ses exportations en accédant à 151 marchés aux mêmes conditions que le reste des membres. Mais il devra, en parallèle, ouvrir son marché domestique aux importations et aux services étrangers, une perspective qui fait frémir les producteurs locaux. En réalité, au niveau des exportations libanaises, l’accession à l’OMC pourrait ne pas vraiment changer la donne. En effet, le Liban a déjà conclu un accord de libre-échange avec son principal partenaire commercial, l’Union européenne, dans le cadre du partenariat Euromed. Quant aux deux grands marchés voisins que sont l’Irak et la Syrie, ils n’ont pas encore rejoint l’organisation. Au cours des négociations d’accession, le Liban devra donc mesurer l’opportunité d’éventuels nouveaux marchés face aux risques de libéralisation de certains secteurs. Il aura intérêt à négocier des conditions relativement favorables, tant au niveau de la baisse des tarifs douaniers que des délais de mise en œuvre. Il devra notamment identifier les produits et secteurs jugés sensibles et donc à protéger, et profiter des délais pour mettre en place des politiques d’ajustement, visant à doper la compétitivité de son tissu productif. Sans quoi, la libéralisation des échanges ne sera pas forcément synonyme de croissance, ou du moins de développement. Certains pays l’ont appris à leurs dépens ces dernières années, d’où les négociations actuelles à l’OMC, dites du cycle de Doha, visant à rééquilibrer les règles du commerce mondial en faveur des pays en développement. Mais ce cycle, lancé en 2001, n’a toujours pas été conclu. L’autre avantage d’une accession à un système multilatéral, par rapport aux échanges unilatéraux ou bilatéraux, est celui d’augmenter le pouvoir de négociation des pays en développement face aux pays riches, sachant qu’à l’OMC les décisions doivent être prises par consensus. Un concept résumé par une formule de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire auprès de l’organisation, Guy Alain Emmanuel Gauze : « Tout ce qui se fait sans nous, se fait contre nous. » À cet avantage, s’adosse la possibilité de recourir à l’organe de règlement des différends de l’OMC, qui permet à un pays membre d’agir contre une mesure prise par un autre membre et jugée déloyale. Le système de règles à l’OMC est ainsi souvent présenté comme une alternative à la loi du plus fort. Mais le principal argument utilisé par les pays membres pour obtenir des concessions de la part des pays candidats est l’impact d’une accession sur les investissements directs étrangers. En réduisant le degré d’incertitude, le « label OMC » est considéré comme un signal d’encouragement aux investisseurs. À cet égard, Pascal Lamy cite l’exemple du Vietnam, qui, depuis son adhésion en janvier 2007, a vu tripler les investissements directs étrangers dans le pays. Les négociateurs libanais prennent certainement ces éléments en considération. Mais, tout au long du processus, ils devront veiller à ce que le prix à payer pour intégrer le système ne soit pas trop élevé par rapport aux bénéfices attendus. S. A.
En intégrant l’OMC, le Liban peut espérer doper ses exportations en accédant à 151 marchés aux mêmes conditions que le reste des membres. Mais il devra, en parallèle, ouvrir son marché domestique aux importations et aux services étrangers, une perspective qui fait frémir les producteurs locaux. En réalité, au niveau des exportations libanaises, l’accession à l’OMC pourrait ne pas vraiment changer la donne. En effet, le Liban a déjà conclu un accord de libre-échange avec son principal partenaire commercial, l’Union européenne, dans le cadre du partenariat Euromed. Quant aux deux grands marchés voisins que sont l’Irak et la Syrie, ils n’ont pas encore rejoint l’organisation.
Au cours des négociations d’accession, le Liban devra donc mesurer l’opportunité d’éventuels nouveaux marchés face aux...