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Actualités - Opinion

Rue des Blancs-Manteaux

Morts (ou miraculés) pour l’indépendance et la souveraineté du Liban, pour que survivent la démocratie et les libertés publiques (par ordre alphabétique et depuis octobre 2004) : Samir Chéhadé, May Chidiac, Walid Eido, Bassel Fleyhane, Pierre Gemayel, Antoine Ghanem, Marwan Hamadé, Georges Haoui, Rafic Hariri, Samir Kassir, Élias Murr, Gebran Tuéni, et le cortège d’innocents fauchés, souvent, en même temps qu’eux. Mort pour que le Liban ait un président (pas nécessairement celui que l’on veut, mais celui que l’on peut avoir) : François el-Hajj (la brièveté de cette liste rassure et terrifie à la fois : qui sera le second, le troisième, le neuvième, peut-être ?). Il y a déjà un avant et un après François el-Hajj : sa mort pourrait avoir dynamité la présidentielle comme elle pourrait l’avoir sauvée. Serait-il tombé, ce général impétueux, valeureux, déterminé, amoureux du concept de la troupe comme de la ligne politique qu’il s’est choisie depuis 1988, au champ d’honneur de Nahr el-Bared, que cela aurait été un événement bien moins retentissant (pourtant, c’est l’exacte même chose)… François el-Hajj, comme les autres martyrs sans que cela ne soit pour de similaires motifs, a été immolé sur l’autel difforme (informe ?) de ce visiblement improbable, impensable made in Lebanon – autogestion politique, sécuritaire, institutionnelle, tout… Les vents mauvais venus de l’Est, des rives du Barada, des couloirs du palais des Mouhajerine, ramènent depuis des semaines de très florentins échos, naturellement amplifiés par les alliés d’ici – ces hercules dont se prévalait avant-hier avec délices Farouk el-Chareh : Émile Lahoud sera le dernier président (maronite ?) de la République libanaise, y répétait-on volontiers. L’assassinat de François el-Hajj n’est pas le premier coup porté à la seule institution libanaise encore préservée, bon gré mal gré, de la gangrène communautariste, de la métastase partisane : sans aller bien loin, il y avait, avant la 1 701, avant le renforcement de la Finul et le déploiement des boys libanais au Sud, cette pléthore d’euphémismes pour amplifier, dans la bouche, notamment, d’Émile Lahoud ou du Hezbollah, l’incapacité, la gaucherie, l’inaptitude de l’armée à protéger les frontières nationales ; il y a eu ensuite Chaker Absi, gentiment évadé d’un Guantanamo syrien, et ses petits copains de Fateh el-Islam, sans oublier ce fameux/fumeux axiome : le camp de Nahr el-Bared est une ligne rouge, qui continue de brûler les lèvres du pourtant très avisé Hassan Nasrallah. Certes, l’attentat de ce 12 décembre doublement noir (2005, 2007) a esquinté la troupe, ne serait-ce qu’au cœur de son mental, de son affect, de ses certitudes, mais cette troupe-là n’était pas, encore une fois, la cible principale : François el-Hajj est mort pour que le nouveau chef de l’État de facto, pour que cet imperator SDF, pour que ce (seul) général à qui personne n’ose ôter le caractère indiscutable, immédiat et impérieux de sa désignation, pour que ce candidat imposé par le 14 Mars et qui signe pourtant le risible échec politique de ce 14 Mars, reste un éternel candidat… François el-Hajj a été tué à Baabda pour que Michel Sleimane n’accède pas à Baabda – à moins, miracle ou utopie, que l’opposition ne cesse de multiplier les prétextes foireux pour dynamiter l’amendement constitutionnel, c’est-à-dire à moins qu’elle ne décide, dans son ensemble, de ne plus jouer les puppets on a string de Bachar el-Assad, à moins donc que Nabih Berry n’arrête, au moins, de se dédire. Ok, ok, je me sacrifierai pour Sleimane, je boirai le calice jusqu’à la lie : je reconnaîtrai le gouvernement pour que la Constitution soit amendée, avait-il dit vendredi à l’ambassadeur saoudien. Samedi, au même Abdel-Aziz Khoja, rappelé fissa à Aïn el-Tiné : Même si Michel Aoun accepte que cela passe par le gouvernement, je refuserai jusqu’au bout. Entre les deux, Ali Hassan Khalil, Hussein Khalil et Abdel-Rahim Mrad avaient fait en un temps record le Beyrouth-Damas-Beyrouth. Voilà pourquoi le timing de l’attentat de Baabda est plus important que la personne visée elle-même, proche parmi les proches pourtant de Michel Sleimane : François el-Hajj. Un Michel Sleimane qui aurait passé un deal avec le Courant du futur et les Forces libanaises, hurlait-on ces derniers jours dans les couloirs des palais damascènes ; un Michel Sleimane qui refuse que l’amendement constitutionnel ne transite pas par le gouvernement Siniora ; un Michel Sleimane qui fait des visites inopinées et brèves, pourtant tonitruantes, à Bkerké ; un Michel Sleimane, néanmoins, qui continue de vouloir se poser en ce qu’il pense être l’unique, le plus parfait des nombres d’or : 14 + 8 ; un Michel Sleimane qui assénait hier, certes, que l’armée est plus forte que jamais, mais qui a tenu à clairement dépolitiser l’amputation de son bras droit, François el-Hajj, à l’inscrire dans le cadre du terrorisme. Ce même terrorisme politique que pratiquait et qu’a continué de pratiquer, quelques dizaines de minutes à peine après l’assassinat, l’opposition plurielle, cette apprentie sorcière qui a achevé de boucler le pire des cercles : l’engluement (dans le piège qu’elle a elle-même tendu). Encore (?) un terrorisme à abattre pour Michel Sleimane : ce roi, jusqu’à nouvel ordre, sans lendemain. Ziyad MAKHOUL
Morts (ou miraculés) pour l’indépendance et la souveraineté du Liban, pour que survivent la démocratie et les libertés publiques (par ordre alphabétique et depuis octobre 2004) : Samir Chéhadé, May Chidiac, Walid Eido, Bassel Fleyhane, Pierre Gemayel, Antoine Ghanem, Marwan Hamadé, Georges Haoui, Rafic Hariri, Samir Kassir, Élias Murr, Gebran Tuéni, et le cortège d’innocents fauchés, souvent, en même temps qu’eux.
Mort pour que le Liban ait un président (pas nécessairement celui que l’on veut, mais celui que l’on peut avoir) : François el-Hajj (la brièveté de cette liste rassure et terrifie à la fois : qui sera le second, le troisième, le neuvième, peut-être ?). Il y a déjà un avant et un après François el-Hajj : sa mort pourrait avoir dynamité la présidentielle comme elle pourrait l’avoir...