Aujourd’hui, je ne ferai pas dans le cynisme, encore moins dans le catastrophisme. Je ne dirai pas que les bonzes qui monopolisent nos destinées ont été floués et qu’ils nous ont, tout autant, floués, qu’ils ont été manipulés et qu’ils nous ont, tout autant, manipulés.
Aujourd’hui, je ne leur jetterai pas à la figure leurs quatre vérités : qu’ils nous ont menti, superbement menti, qu’ils nous ont entraînés dans des batailles sans issue, qu’ils ont retourné leur veste le jour où ils ont compris que le vent allait tourner, qu’ils ont, tout simplement, trituré les cerveaux, embarqué tout leur monde dans des trains fous, ceux-là mêmes qui se sont fracassés contre le mur des illusions perdues.
Aujourd’hui, je ne hurlerai pas avec les loups, je ne me joindrai pas à la cohorte de ceux qui crient « haro sur le baudet », à la meute des « nouveaux revanchards ». Je ne dénoncerai pas les artisans empressés des désastreuses compromissions. Ceux-là mêmes qui feignent de nager avec le courant et qui attendent l’heure propice pour foncer sur leur proie, demain, dans deux semaines ou dans dix-sept mois.
Aujourd’hui, je ne dirai rien de la foire d’empoigne qui agite les purs et les durs, les autoproclamés défenseurs des valeurs républicaines, je ne révélerai rien de leur quête hystérique des fonctions publiques, des petites et grandes places dans une administration saignée à blanc.
Mais, aujourd’hui, je ne participerai, en aucun cas, aux gémissements, aux jérémiades de tous ceux qui ont baissé les bras, qui osent s’interroger déjà : « À quoi donc ont servi tous nos sacrifices, sur quel autel ingrat, stérile sont donc tombés les martyrs de l’indépendance, celle de 1943 et celle de nos jours infâmes ? »
Aujourd’hui, je parlerai d’espoir, oui d’espoir, malgré les vicissitudes, les revers, les travers des uns et des autres, malgré les mauvais tours que nous joue l’histoire, un destin toujours imprévisible.
Ceux qui sont morts, qui ont donné leur vie, leur jeunesse pour que le Liban demeure ont creusé les sillons indélébiles de la voie royale, celle qui, tôt ou tard, mènera à la résurrection. Il est important de le rappeler en cette semaine du souvenir, celui de Gebran Tuéni, de tous ceux qui ont versé leur sang pour leurs idées, pour leurs convictions.
Il est important de le rappeler pour tous les jeunes qui véhiculent ce même message d’espoir, qui mènent le même combat pour la liberté d’expression, pour l’État de droit. Un combat que Michel Hajji Georgiou, de L’Orient-Le Jour, a fait sien et qui lui a valu d’obtenir le « prix international Gebran Tuéni ».
Un combat pour la défense des droits de l’homme que notre journal n’a pas arrêté de mener tout au long de son existence. Aujourd’hui, Michel Hajji Georgiou, hier, Anne-Marie el-Hage, prix Lorenzo Natali pour le monde arabe : L’Orient-Le Jour n’a jamais dévié des principes qui ont animé, qui ont fait la pensée de Michel Chiha.
Les hommes passent et trépassent, les grandes causes demeurent et prévalent. N’en déplaise aux briseurs de rêves, aux empêcheurs de tourner en rond.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Aujourd’hui, je ne ferai pas dans le cynisme, encore moins dans le catastrophisme. Je ne dirai pas que les bonzes qui monopolisent nos destinées ont été floués et qu’ils nous ont, tout autant, floués, qu’ils ont été manipulés et qu’ils nous ont, tout autant, manipulés.
Aujourd’hui, je ne leur jetterai pas à la figure leurs quatre vérités : qu’ils nous ont menti, superbement menti, qu’ils nous ont entraînés dans des batailles sans issue, qu’ils ont retourné leur veste le jour où ils ont compris que le vent allait tourner, qu’ils ont, tout simplement, trituré les cerveaux, embarqué tout leur monde dans des trains fous, ceux-là mêmes qui se sont fracassés contre le mur des illusions perdues.
Aujourd’hui, je ne hurlerai pas avec les loups, je ne me joindrai pas à la cohorte de ceux qui crient «...