Rechercher
Rechercher

Actualités

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Labeurs

Bien étrange unanimité, en vérité, que celle entourant cet officier aux épaulettes chargées d’étoiles, que de toutes parts l’on couvre d’éloges mais qui, tout président virtuel qu’il soit depuis une bonne dizaine de jours déjà, doit ronger son frein en attendant le providentiel sésame constitutionnel qui, mardi prochain, est censé lui ouvrir toutes grandes les portes du palais de Baabda. Pour commencer, cette unanimité n’a jamais eu rien de spontané. Comme tout le monde sait, c’est une majorité parlementaire excédée, à bout de ressources qui, retirant de la course ses deux champions officiels, a elle-même formulé une offre que l’opposition ne pouvait décemment refuser : à savoir la candidature du commandant de l’armée à la magistrature suprême. Mais peut-être la majorité – qui, d’ailleurs, a dû vaincre bien des réticences surgies dans ses propres rangs – aurait-elle dû préciser qu’une telle offre était à prendre telle quelle, ou à laisser. Car non seulement le oui de l’opposition à Sleimane manquait quelque peu, à son tour, de cet enthousiasme censé se manifester à l’heure des retrouvailles nationales ; mais on a pu sérieusement se demander si de poser tant de conditions préalables au scrutin présidentiel, d’avancer une telle somme de revendications ne dissimulait pas, au fond, une volonté secrète de garder les choses en l’état – c’est-à-dire un État sans chef d’État – jusqu’à ce que bouleversement s’ensuive. De toutes ces exigences, celles avancées par Michel Aoun sont les plus spectaculaires ; mais du moins ont-elles le douteux mérite d’annoncer clairement la couleur. L’ancien commandant de la troupe n’a jamais fait secret de ses ambitions présidentielles. Arguant de son statut de premier chef maronite, il estime que cette charge lui revient de droit, un droit que ses alliés du Hezbollah n’auraient sans doute pas manqué de qualifier de divin... si seulement ils avaient soutenu avec plus de netteté, de chaleur et de conviction sa longue marche sur Baabda. Tant de clarté cependant ne rehausse en rien l’image de cette présidence provisoire et tronquée, ligotée dans le temps et l’espace, accablée de chaînes et de boulets que le général Aoun – Gardez-moi ça au chaud ? – concède tout juste à son compagnon d’armes : et cela dans le même temps qu’il plaide pour la réhabilitation d’une fonction présidentielle traditionnellement réservée aux maronites et que laisse en piteux état un troisième général, le président sortant Émile Lahoud. Pour en revenir à notre laborieuse unanimité, sa mise en pratique – c’est-à-dire l’élaboration du mécanisme d’amendement de la Constitution permettant l’élection du général Sleimane – aura donné à voir un des travers les plus navrants d’une démocratie libanaise étoffée et minée, tout à la fois, par la recherche obsessionnelle du consensus. Pour contourner la loi tout en ménageant la chèvre et le chou, force est de recourir, une fois de plus, au bricolage. Les Constitutions, c’est bien vrai, ne sont guère parole d’Évangile : elles vivent, elles évoluent en fonction des nécessités des pays, mais elles portent l’empreinte aussi de la pratique des lois, de leur mode d’exercice : ainsi prend naissance ce que les manuels de droit désignent par coutume interprétative, la démocratie britannique en offrant l’exemple le plus admirable. Ce sont de bien mauvaises habitudes, en revanche, qu’a contractées notre pays qui semble se complaire dans une désespérante inculture politique et institutionnelle. Il aura fallu une calamiteuse guerre de quinze ans pour doter le Liban d’une nouvelle Loi fondamentale dont les fondations, cependant, donnent déjà de graves signes de fatigue. Les failles et lacunes de l’accord de Taëf méritaient bien que s’y intéressent, avec honnêteté et courage, les Parlements qui se sont succédé depuis, afin d’épargner aux citoyens toutes ces secousses cycliques. Des amendements il y en a eu, et même un peu trop souvent. Jamais pour la cause d’un mieux démocratique, toujours au bénéfice de personnes. Issa GORAIEB
Bien étrange unanimité, en vérité, que celle entourant cet officier aux épaulettes chargées d’étoiles, que de toutes parts l’on couvre d’éloges mais qui, tout président virtuel qu’il soit depuis une bonne dizaine de jours déjà, doit ronger son frein en attendant le providentiel sésame constitutionnel qui, mardi prochain, est censé lui ouvrir toutes grandes les portes du palais de Baabda.

Pour commencer, cette unanimité n’a jamais eu rien de spontané. Comme tout le monde sait, c’est une majorité parlementaire excédée, à bout de ressources qui, retirant de la course ses deux champions officiels, a elle-même formulé une offre que l’opposition ne pouvait décemment refuser : à savoir la candidature du commandant de l’armée à la magistrature suprême.

Mais peut-être la majorité – qui,...