Kosovo : 10 877 km2, 2,2 millions d’habitants. Bande de Gaza et Cisjordanie : environ 6 207 km2, 3,8 millions d’habitants. Liban : 10 452 km2, environ 4 millions d’habitants.
Entre ces trois entités territoriales, une série de points communs. Tout d’abord, la surface, pour le moins limitée. À titre de référence, l’Île de France couvre 12 011 km2, pour 11,5 millions d’habitants. Ensuite, un problème réel et historique à s’affirmer en tant qu’entité indépendante et souveraine. Enfin, une implication de la communauté internationale à un niveau rarement atteint. Implication internationale qui peine à trouver une solution à chacun de ces dossiers.
De Washington à Moscou, en passant par Paris, Ryad, Téhéran, Damas, Rome, Madrid, Ankara… une multitude de pays se sont penchés sur la présidentielle libanaise – pour prendre la crise la plus récente. Malgré cette attention record, le Liban est toujours sans président. La résolution de cette crise impliquera en outre certainement des arrangements à une échelle bien plus large que celle du petit Liban.
Sur le dossier palestinien, on ne compte plus les réunions et conférences internationales convoquées depuis la création d’Israël. Avec quel résultat ? Quasiment aucun, si ce n’est une reconnaissance d’Israël par l’OLP et vice versa. Les dossiers cruciaux, eux, sont toujours en suspens, de la question des réfugiés à celle du statut de Jérusalem, en passant par les frontières du futur État palestinien. Une cinquantaine de pays ont participé à la conférence d’Annapolis, soit un quart des pays membres des Nations unies. À l’issue de la conférence, les négociations israélo-palestiniennes ont été relancées. Résultat louable en soi, mais dont le suivi et l’aboutissement restent précaires.
Kosovo, enfin. Depuis 1999, cette ancienne province de Serbie est administrée par la communauté internationale. Depuis des mois, une troïka de médiateurs de l’ONU, rassemblant un Américain, un Européen et un Russe, tente de trouver un terrain d’entente entre les autorités de Belgrade et les responsables albanophones de la province aux visées indépendantistes. Après l’échec, mercredi dernier en Autriche, du dernier round de négociations sous les auspices de cette troïka, le Kosovo devrait proclamer, dans les mois à venir, son indépendance, de manière unilatérale. Un scénario qui pourrait engendrer des violences sur le terrain.
Trois cas, trois échecs, jusqu’à présent. Ces dossiers, au lieu d’être des lieux de synergie des efforts internationaux, ne sont en réalité que les caisses de résonance des tensions internationales. Le dossier libanais est, à ce titre, le plus exemplaire. Pays roi de la diplomatie des communautés – une situation créée par les Libanais eux-mêmes –, le Liban est depuis sa création le terrain de jeu des puissances régionales et internationales. Sur le dossier israélo-palestinien, l’on retrouve également les lignes de division régionales et internationales, à commencer par l’antagonisme irano-américain. Si la conférence d’Annapolis devait permettre au président Bush de redorer son blason entaché par la crise irakienne, cette réunion internationale visait aussi et surtout à établir une ligne de barrage face aux Iraniens. En ce qui concerne le dossier kosovar, les efforts de la communauté internationale pour faire pression sur les Serbes et les albanophones ont été affaiblis par la division entre Européens et Américains d’une part, et Russes d’autre part. Pour Moscou, qui apporte son soutien aux Serbes, le dossier kosovar n’est qu’un moyen de montrer ses muscles sur la scène internationale, alors que le Kremlin se sent menacé par une extension de l’OTAN et le bouclier antimissile américain.
Le Kosovo, le Liban ou encore les territoires palestiniens ne sont que les pions d’un grand jeu géopolitique, qui dépasse de loin le cadre de ces (futurs) États. Au sol, au niveau des pâquerettes, se trouvent des citoyens, hommes, femmes et enfants, qui tentent d’établir des projets d’avenir sur un présent bancal. Mais, comme l’avait déclaré, dans un grand accès d’honnêteté, l’ancien chef du Pentagone, Donald Rumsfeld, lors d’une conférence de presse en avril 2004 sur l’envoi de renforts de troupes américaines en Irak : « Oh, come on. People are fungible. You can have them here or there. » (Allons, les gens sont interchangeables. Vous pouvez les avoir ici ou là).
Émilie SUEUR
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Kosovo : 10 877 km2, 2,2 millions d’habitants. Bande de Gaza et Cisjordanie : environ 6 207 km2, 3,8 millions d’habitants. Liban : 10 452 km2, environ 4 millions d’habitants.
Entre ces trois entités territoriales, une série de points communs. Tout d’abord, la surface, pour le moins limitée. À titre de référence, l’Île de France couvre 12 011 km2, pour 11,5 millions d’habitants. Ensuite, un problème réel et historique à s’affirmer en tant qu’entité indépendante et souveraine. Enfin, une implication de la communauté internationale à un niveau rarement atteint. Implication internationale qui peine à trouver une solution à chacun de ces dossiers.
De Washington à Moscou, en passant par Paris, Ryad, Téhéran, Damas, Rome, Madrid, Ankara… une multitude de pays se sont penchés sur la présidentielle...