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Actualités - Opinion

IMPRESSION Palais des glaces

Trois images manquent en ce moment à l’actualité quotidienne. Baabada : la cour du palais d’abord, son jet d’eau silencieux, l’auvent blanc sous lequel la garde se dérouille lentement, au pas de l’oie, le regard fixé sur un point de l’espace, le mur lisse de la façade toujours pris par l’angle. Jamais vu le temps qu’il fait réellement dans ce cadre. Le ciel, curieusement, y est toujours bleu, et Un arbre dans le ciel qu’on voit berce sa palme. Aucun va-et-vient ne trouble cette quiétude. À l’intérieur, seules deux salles sont livrées aux objectifs des caméras. Celle des audiences privées : deux énormes fauteuils à bras, en cuir marron, posés de trois quarts, d’un style absent du dictionnaire, mélange de tendances européennes d’une époque indéfinie et lointaine. Leur assise semble un peu trop profonde, légèrement inclinée vers l’avant et glissante, ce dont témoignent les contorsions sporadiques des visiteurs pour se remettre en place. Leur hauteur hors normes est embarrassante pour les usagers de taille moyenne à petite qui doivent s’asseoir sur le bord, de crainte que l’on voie leurs jambes ballotter comme celles des enfants. Entre les deux fauteuils, une table vide pour remplir le vide. Une touche de vie quand même : dans les bacs à plantes vertes, en arrière-plan, d’éternels bouquets de roses rouges (quotidiennement remplacées ? sublimées ? artificielles ? en fibres ? en plastique ?), mystère des roses rouges pérennes du palais qu’un buisson de poinsettias vient rafraîchir à la période de Noël. Dans cette pièce rectangulaire, bordée d’une baie vitrée toujours voilée, deux canapés trois places sont posés face à face pour les accompagnateurs que l’on montre de temps en temps. Eux seuls ont droit au café. Ils gardent leur tasse bien en main, car la table de centre est placée exactement au milieu de la salle et quasiment hors d’accès pour un bras standard. Le salon des audiences publiques, enfin : une curiosité qu’il faut avoir vue déserte, ce dernier jour de mandat, pour comprendre la conception du pouvoir dont elle fut le théâtre. Fauteuil présidentiel isolé au fond d’une salle gigantesque, bordée à gauche et à droite d’une interminable rangée de chaises. Le fauteuil n’a devant lui aucun interlocuteur. De temps en temps, il peut se tourner à droite ou à gauche vers le visiteur le plus proche. Sinon, en face, une perspective où rien ni personne n’accroche le regard. Un vide qui s’arrête aux trépieds des caméras. Le président ne parle qu’à l’objectif. Il confère, on applaudit. On est venu pour applaudir. Plus tard, verre d’eau, café, comme aux condoléances. Et des choses à raconter au retour du palais : il m’a vu, m’a souri, m’a serré la main, poignée vigoureuse, un athlète, un homme ! Car on ne vient pas au palais pour critiquer. On prend une chaise dans la rangée. On ne pose pas de questions embarrassantes. On ne demande pas de comptes. On ne demande rien, sinon que le Très Haut comble le locataire de ses grâces. On respecte la solennité du lieu et l’on dit oui. Avant de partir, le président a eu un dernier mot. Un petit mot à bord de la voiture qui l’emportait loin du palais, un dernier à valeur de testament : il faut que son successeur soit un homme. Mais enfin, un « homme », qu’est-ce, sinon un gamin qu’on essaye d’empêcher de pleurer ? À l’ère du politiquement correct, voilà un petit mot que personne ne relève tant il est incrusté dans le langage. Un homme, bien sûr, quelle femme en aurait-elle les qualités ? Voilà qui exclut plus de la moitié de la population de la participation au pouvoir. Une femme serait pourtant mieux inspirée pour mettre un peu d’humain dans ce palais glacial ! Fifi ABOU DIB
Trois images manquent en ce moment à l’actualité quotidienne. Baabada : la cour du palais d’abord, son jet d’eau silencieux, l’auvent blanc sous lequel la garde se dérouille lentement, au pas de l’oie, le regard fixé sur un point de l’espace, le mur lisse de la façade toujours pris par l’angle. Jamais vu le temps qu’il fait réellement dans ce cadre. Le ciel, curieusement, y est toujours bleu, et Un arbre dans le ciel qu’on voit berce sa palme. Aucun va-et-vient ne trouble cette quiétude. À l’intérieur, seules deux salles sont livrées aux objectifs des caméras. Celle des audiences privées : deux énormes fauteuils à bras, en cuir marron, posés de trois quarts, d’un style absent du dictionnaire, mélange de tendances européennes d’une époque indéfinie et lointaine. Leur assise semble un peu trop...