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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La bonne année

D’accord... pour parvenir à un accord. C’est ce que se sont solennellement promis hier, à la conférence d’Annapolis, Mahmoud Abbas et Ehud Olmert. Un itinéraire a été établi et des négociations bilatérales seront immédiatement engagées, l’heureuse conclusion – un accord formel de paix – devant absolument intervenir avant la fin de l’année 2008. Soit juste à temps pour permettre à George W. Bush de quitter la Maison-Blanche sur un fracassant et providentiel succès diplomatique, chance refusée à un Bill Clinton qui, pourtant, avait longtemps et sérieusement planché sur la question. La promesse d’hier n’est certes pas la première du genre. Comme toutes celles qui l’ont précédée depuis les accords d’Oslo, elle ne vaut, bien sûr, que par la suite concrète qui lui sera donnée. Et davantage encore que pour toutes les autres promesses parties en fumée, elle suppose un dialogue loyal entre des partenaires non seulement animés de bonne foi, mais capables surtout d’imposer à leurs propres peuples ces révisions déchirantes, ces douloureuses concessions qui sont invariablement le prix de la paix. C’est bien loin d’être le cas, hélas. Car si le supershow d’Annapolis alignait une abondante et prestigieuse figuration – une bonne cinquantaine de pays, dont 16 arabes, et d’organisations internationales –, c’est au niveau des principaux acteurs – un trio de losers – que péchait le casting : un président américain qui a accumulé échec sur échec dans ce Moyen-Orient qu’il ambitionnait de remodeler, et qui se trouve aujourd’hui substantiellement démonétisé, chez lui comme à l’étranger ; un Premier ministre israélien discrédité par sa conduite de la guerre de l’été dernier et poursuivi de surcroît pour corruption ; et un président palestinien au territoire proprement saucissonné par les Israéliens puis amputé par ses adversaires islamistes du Hamas et conspué, pour finir, par les manifestants qui ont défilé hier dans son pitoyable réduit de Ramallah, en même temps qu’à Gaza et dans des camps de réfugiés au Liban. Mais peut-être le véritable spectacle réside-t-il ailleurs, les vedettes en étant cette fois un absent de marque et un invité de la dernière heure : l’Iran et la Syrie. Acharné à se doter de l’arme nucléaire, publiquement voué à la destruction d’Israël, résolu à faire du Liban le cimetière des desseins américains, le premier de ces pays ne pouvait qu’être exclu d’office des assises d’Annapolis. Il sera bien difficile cependant aux faiseurs de paix d’occulter – ou de contrer – l’influence que possède l’Iran dans cette partie du monde, et que l’on voit à l’œuvre sur ces profondes lignes de fracture traversant l’Irak, la Palestine et le Liban. Farouche allié de l’Iran, le régime baassiste est au contraire demandeur de paix. Il a pour objectif stratégique un règlement – dûment négocié – qui lui permettrait de récupérer ses territoires occupés, mais aussi, n’en doutons pas un seul instant, de faire avaliser ses prétentions hégémoniques sur son voisin libanais. L’alliance syro-iranienne a beau être vieille de près de trois décennies, c’est précisément en bout de stratégie qu’elle connaîtra inévitablement son heure de vérité. Voilà pourquoi le président iranien Ahmadinejad a lestement englobé ses amis syriens dans le lot des dirigeants arabes qui, en répondant à l’invitation US, font preuve, selon lui, d’un déficit d’intelligence politique. Que la Syrie se soit fait prier pour aller à Annapolis, qu’elle ait réservé sa réponse en attendant une inclusion de pure forme du cas du Golan au programme de la conférence, qu’elle y ait finalement délégué un diplomate du deuxième rang dans le même temps que ses alliés locaux se déchaînaient contre la participation libanaise ne doit donc pas faire illusion. Davantage en effet que la perspective d’une paix des plus hypothétiques, ce qui a emporté la décision de Damas, c’est celle d’une reprise du dialogue avec une Administration US qui semble elle-même touchée, ces jours-ci, par la trouble grâce du réalisme : réalisme qui porte Bush à laisser entendre qu’un Liban véritablement libre et démocratique devra attendre l’instauration d’une paix globale dans la région, même s’il ne se prive pas de dénoncer, encore et toujours, les ingérences étrangères dans notre pays ; réalisme qui porte, de même, l’ambassadeur Feltman à admettre, dans une interview à paraître la semaine prochaine dans la grande presse américaine, la réalité du soutien de la population chiite libanaise au Hezbollah, un groupe pourtant tenu pour terroriste par son propre gouvernement. Alors, le Liban lâché une fois de plus ? Se résigner à une aussi sombre fatalité serait rééditer, à rebours, l’erreur de ceux qui ont cru que la puissance américaine suffirait à elle seule pour rendre sa liberté à notre pays. Sans que s’y décident et s’y attellent les Libanais eux-mêmes, le Liban ne se (re)fera pas. Issa GORAIEB
D’accord... pour parvenir à un accord. C’est ce que se sont solennellement promis hier, à la conférence d’Annapolis, Mahmoud Abbas et Ehud Olmert. Un itinéraire a été établi et des négociations bilatérales seront immédiatement engagées, l’heureuse conclusion – un accord formel de paix – devant absolument intervenir avant la fin de l’année 2008. Soit juste à temps pour permettre à George W. Bush de quitter la Maison-Blanche sur un fracassant et providentiel succès diplomatique, chance refusée à un Bill Clinton qui, pourtant, avait longtemps et sérieusement planché sur la question.

La promesse d’hier n’est certes pas la première du genre. Comme toutes celles qui l’ont précédée depuis les accords d’Oslo, elle ne vaut, bien sûr, que par la suite concrète qui lui sera donnée. Et davantage...