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Actualités - Opinion

Commentaire Le spectre du Hamas à Annapolis Par Alvaro DE VASCONCELOS*

Le retour des États-Unis sur l’avant de la scène diplomatique israélo-palestinienne est une évolution bienvenue, et dans tous les cas une évolution à laquelle la diplomatie de l’UE a concouru. Les efforts entrepris par la secrétaire d’État Condoleezza Rice pour faire avancer le processus de paix au cours de ses dernières années de mandat semblent sincères. S’ils se concrétisent, Rice et l’Administration Bush ne resteront pas uniquement dans les livres d’histoire pour la tragédie sans fin de l’Irak, mais également pour leur contribution à l’instauration de la paix au Proche-Orient. Mais la conférence sur le Proche-Orient prévue à Annapolis, dans le Maryland, pourra-t-elle réussir ? Elle le pourra si elle débouche sur la mise en place d’un gouvernement palestinien d’union nationale et sur un accord pour une trêve prolongée, appuyé par une forte présence militaire internationale. Malheureusement, cette issue est peu probable. La principale cause de ce pessimisme tient à l’incapacité à prendre suffisamment en compte les facteurs internes palestiniens. La nécessité de faire participer l’ensemble des forces palestiniennes à toutes négociations de paix futures est l’un des points-clés du consensus qui s’est récemment dégagé lors d’une conférence euro-américaine organisée par l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (IES). Le Hamas doit être inclus dans toute solution durable à la question palestinienne, non seulement parce qu’il a remporté des élections démocratiques, mais aussi parce qu’il contrôle la bande de Gaza et qu’il exerce une influence certaine en Cisjordanie. De plus, même si le Hamas a montré par la trêve de longue durée observée avec Israël qu’il serait prêt, sous réserve de persuasions adéquates, à renoncer à la violence, il est aussi possible qu’il rende la situation intenable s’il continue à être exclu. Il reste encore la chance infime, aussi improbable soit-elle, qu’Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, et Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, se rendent à Annapolis avec un plan de paix concret (la division de Jérusalem, le retour aux frontières de 1967 à quelques détails près, des compensations pour les réfugiés), et un calendrier pour le démantèlement des colonies de Cisjordanie. Dans ce cas de figure, Abbas reviendrait d’Annapolis en position de force et serait plus à même de négocier un gouvernement d’union nationale avec le Hamas. Mais toute stratégie visant à détruire le Hamas comme force politique, dans la mesure où cela serait possible, ne ferait qu’aggraver la crise en transformant le Hamas en une multitude de groupes armés violents avec lesquels le dialogue serait pour ainsi dire impossible. Henry Kissinger a récemment proposé d’attendre que les pays arabes « modérés » imposent une solution. Mais cette solution ne tient pas compte des réalités palestiniennes et régionales. La participation des États arabes est bien sûr essentielle. Toutefois, une stratégie qui vise à isoler le Hamas d’un côté divise les Palestiniens et de l’autre pose un sérieux problème aux gouvernements arabes, confrontés à une forte opposition interne de la part de partis islamiques qui soutiennent le Hamas. L’Arabie saoudite l’a fort bien compris lorsqu’elle a appuyé l’accord de La Mecque qui permit la mise en place du premier gouvernement palestinien d’union nationale qui comprenait le Hamas. La conférence d’Annapolis pourrait permettre d’aboutir à un ferme engagement en faveur de la participation future de toutes les principales forces politiques palestiniennes dans toutes futures négociations de paix, couplé à la recommandation que celles-ci soient entamées avec un engagement tout aussi ferme de toutes les parties à renoncer à la violence. Cette issue éliminerait le principal obstacle à la reconstruction d’un gouvernement palestinien d’union nationale. Un tel accord permettrait également d’asseoir la forte légitimité populaire dont les Palestiniens auront besoin à la table des négociations pour pouvoir accepter tout compromis véritable. Mettre un terme à la violence est également essentiel pour améliorer le quotidien et rétablir la confiance des citoyens palestiniens et israéliens, et pour s’assurer qu’ils soutiennent les négociations de paix. La population israélienne, tout comme la population palestinienne, s’inquiète pour sa sécurité, et le soutien des partis politiques israéliens aux négociations dépend des garanties de sécurité qu’ils obtiendront. Pour cette raison, résoudre le problème de la violence est plus urgent que la reconnaissance immédiate de l’État hébreu, que le Hamas a en fait déjà reconnu dans la pratique. Une force internationale de maintien de la paix devrait être chargée de faire respecter la trêve. Les Palestiniens se sont toujours exprimés en faveur d’une présence militaire internationale et les Israéliens tendent aujourd’hui dans cette direction en acceptant la présence de forces européennes au Liban-Sud et dans la bande de Gaza, au point de passage de Rafah à la frontière égyptienne. Les Européens devraient accepter de fournir l’essentiel des contingents de cette force de maintien de la paix. En effet, les Européens devraient continuer à jouer leur rôle traditionnel, celui d’interlocuteur sans œillères idéologiques avec toutes les parties prenantes de la tragédie palestinienne – dont le Hamas. C’est ce que beaucoup d’Américains demandent en privé aux Européens de faire. Mais pour que la conférence d’Annapolis puisse relancer avec succès le processus de paix, il faut en premier lieu que les gouvernements de l’Union européenne adoptent une position commune sur la question. * Alvaro de Vasconcelos est directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (IES), à Paris. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Julia Gallin.
Le retour des États-Unis sur l’avant de la scène diplomatique israélo-palestinienne est une évolution bienvenue, et dans tous les cas une évolution à laquelle la diplomatie de l’UE a concouru. Les efforts entrepris par la secrétaire d’État Condoleezza Rice pour faire avancer le processus de paix au cours de ses dernières années de mandat semblent sincères. S’ils se concrétisent, Rice et l’Administration Bush ne resteront pas uniquement dans les livres d’histoire pour la tragédie sans fin de l’Irak, mais également pour leur contribution à l’instauration de la paix au Proche-Orient.
Mais la conférence sur le Proche-Orient prévue à Annapolis, dans le Maryland, pourra-t-elle réussir ? Elle le pourra si elle débouche sur la mise en place d’un gouvernement palestinien d’union nationale et sur un accord...