L’essentiel ? Majorité et opposition sont convenues de gérer dans le calme la surcrise. De prévenir désordres et troubles, en évitant de jeter de l’huile sur le feu. Donc de respecter pour leur part une sorte de trêve politique et médiatique consistant sinon à cesser d’argumenter, ce qui n’est pas possible, du moins à ne pas se laisser aller à des invectives et des insultes. Cette phase, les optimistes la présentent comme une simple période transitoire ne devant pas aller plus loin, dans le temps, que la clôture de la conférence d’Annapolis, à la fin du mois en cours. Mais d’autres en doutent. Car à leur avis, si la Syrie n’obtient pas d’être traitée par les Américains en interlocuteur valable, ce qui semble improbable, elle va continuer à bloquer la présidentielle libanaise.
Ainsi, et comme toutes les autres, l’initiative Aoun de dernière minute a fait long feu. La percée de transition calculée par le stratège n’a pas changé les donnes initiales. Et n’a eu aucun impact du côté du 14 Mars.
Pour la petite histoire, car ce n’est plus maintenant qu’un détail quasi insignifiant, le général a voulu par son geste répliquer aux Européens, qui lui reprochaient de bloquer par son intransigeance de candidat unique le processus d’entente basé sur cette liste qui a nécessité des trésors de diplomatie pour l’extorquer au patriarche Sfeir, fortement réticent au départ, et qui avait bien raison de l’être, force est de le constater. La troïka a démarché le général pour qu’il accepte la liste. Le leader du CPL a également été sensible à l’appel téléphonique du président Sarkozy, qui s’est résolu à le relancer lorsqu’il s’est laissé dire par Assad, qu’il avait appelé auparavant, que le problème ne se situait pas à Damas mais du côté des chrétiens libanais, et notamment du côté de Aoun.
Donc pour repousser le feu roulant de critiques et montrer que la responsabilité du vide ne peut lui être imputable, Aoun a imaginé de ne plus se faire élire à tout prix, mais d’élire lui-même, tout seul, le président. Ce qui est encore plus fort, sinon mieux. En indiquant, pour que nul ne se considère comme trompé sur la marchandise, que ce président de substitution devrait respecter fidèlement le pacte que le CPL a conclu avec le Hezbollah.
Laissant avec magnanimité le soin à Hariri de désigner ensuite, à son tour, le Premier ministre. Mais à condition qu’il ne le prenne pas dans les rangs du Courant du futur. Donc qu’il ne se nomme pas lui-même ni ne reconduise Siniora dans ses fonctions.
Ces concessions, les loyalistes en ricanent encore. Sans s’épancher exagérément en commentaires, ils relèvent que ce qu’ils qualifient de fantaisies en uniforme n’est qu’un tissu d’hérésies constitutionnelles et politiques. L’ukase, le diktat remplaçant la démocratie, l’Assemblée nationale, et aussi la présence des autres forces actives du pays.
Mais les majoritaires sont, quelque part, bien contents, disent-ils, de la bombe sonore Aoun. Car au moment où elle a éclaté, ils se trouvaient en réunion au Phoenicia. Et cela n’allait pas très bien entre eux, les avis sur la voie à suivre se révélant sévèrement divergents. Notamment entre Walid Joumblatt et Samir Geagea. L’annonce de l’initiative du général a eu pour effet, indiquent ces sources, de faire taire les criailleries. En suscitant un rejet unanime qui a donc réunifié immédiatement les rangs internes. La tension étant retombée, c’est un communiqué bien étudié, ni trop agressif ni trop lénifiant, que l’assemblée a préparé. En considérant que la proposition du général Aoun ne fait que traduire en pratique, in fine, le tonitruant dernier discours de Hassan Nasrallah.
La majorité a, pour ainsi dire, tempéré son non, ou arrondi les angles, en précisant qu’elle n’allait pas prendre de mesures susceptibles de scier en deux le pays politique. Sur l’impulsion notamment de Hariri et de Joumblatt, il a été entendu que l’on continuerait à favoriser une formule d’entente sur base des préceptes de Bkerké. Sans plus évoquer ce recours ultime que reste le droit d’élire un président à la majorité absolue, la fameuse moitié plus un.
Le fond du problème, on le sait, c’est le bras de fer entre la Syrie et Washington, qui refuse de négocier sur le dossier libanais. Ce différend pourrait avoir pour conséquence, à terme, de susciter l’organisation d’un nouveau Taëf. Une perspective que beaucoup redoutent, dans la mesure où elle signifierait que le Hezbollah obtiendrait le 2/3–1/3 (musulmans et chrétiens) qu’il réclame. Avec effacement accentué de la présence politique maronite, déjà bien ébréchée, tant par les effets du gentil Taëf que par les divisions des chefs. Ou bien on adopte un fédéralisme des communautés. En prélude, presque certainement, à une partition suicidaire.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’essentiel ? Majorité et opposition sont convenues de gérer dans le calme la surcrise. De prévenir désordres et troubles, en évitant de jeter de l’huile sur le feu. Donc de respecter pour leur part une sorte de trêve politique et médiatique consistant sinon à cesser d’argumenter, ce qui n’est pas possible, du moins à ne pas se laisser aller à des invectives et des insultes. Cette phase, les optimistes la présentent comme une simple période transitoire ne devant pas aller plus loin, dans le temps, que la clôture de la conférence d’Annapolis, à la fin du mois en cours. Mais d’autres en doutent. Car à leur avis, si la Syrie n’obtient pas d’être traitée par les Américains en interlocuteur valable, ce qui semble improbable, elle va continuer à bloquer la présidentielle libanaise.
Ainsi, et comme toutes...