Une conférence pour la forme ou une réunion sur le fond ? Telle est la question centrale que l’on peut se poser sur la réunion d’Annapolis qui doit avoir lieu le 27 novembre.
Peu d’éléments portent à l’optimisme quant aux éventuelles avancées à attendre de cette réunion. Conscient des limites de l’exercice, Washington s’est d’ailleurs bien gardé de présenter Annapolis comme une conférence, limitant l’appellation à « réunion». La secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice a, en outre, précisé que si la réunion permettait de lancer des négociations, à défaut de permettre l’élaboration d’un véritable document de travail, Annapolis serait une réussite. Une déclaration en forme de fuite qui prend tout son sens au regard des récentes révélations du Haaretz. Selon le quotidien israélien, qui a publié un projet de programme négocié par Israël et les Palestiniens, les divergences entre les deux parties sont importantes. Sur le calendrier et les termes de référence des négociations, les deux parties sont notamment toujours en porte-à-faux. Se pose également la question de Gaza, sous contrôle du Hamas, et le rejet par ce dernier de la conférence. Dans ce contexte, comment espérer parvenir à quelque résultat que ce soit qui puisse être adopté.
Au-delà de ces faits conjoncturels, un retour sur l’histoire des conférences et réunions internationales organisées sur la question israélo-palestinienne ne porte pas à l’optimisme. En 1978, si la réunion de Camp David mène à un accord sur un traité de paix entre Israël et l’Egypte, sur le volet spécifiquement palestinien, le processus établi pour la résolution du conflit avec l’État hébreu reste lettre morte.
En 1991, la conférence de Madrid tente de relancer le troisième volet de l’accord cadre de Camp David, à savoir les relations entre Israël et les pays arabes. Elle aboutit à la signature en 1994 d’un accord de paix entre l’État hébreu et la Jordanie. Des négociations sont également ouvertes avec la Syrie et le Liban. Négociations qui n’aboutiront pas. Sur le volet palestinien, aucun progrès n’est également enregistré à Madrid. Mais la voie est ouverte pour des négociations secrètes qui mèneront aux accords d’Oslo.
Fait nouveau, dans le cadre des négociations d’Oslo, les Palestiniens sont, pour la première fois, représentés en tant que tels avec l’OLP. Les négociations débouchent sur une reconnaissance mutuelle par Israël et l’OLP. Une reconnaissance symbolisée le 13 septembre 1993 par la poignée de main entre Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin devant la Maison-Blanche et le président Bill Clinton. Les accords d’Oslo, qui prévoient une série d’étapes avant d’ouvrir des négociations sur le statut final des territoires palestiniens, n’ont toutefois été que partiellement appliqués, et ce malgré de nombreuses conférences internationales qui ont, par la suite, tenté de relancer le processus.
En 2000, le président Clinton, en fin de mandat, se jette à corps perdu dans le dossier israélo-palestinien. En juillet, le Premier ministre Ehud Barak et Yasser Arafat se retrouvent à Camp David pour une série d’entretiens sur le statut final des territoires palestiniens. À l’issue de cette rencontre, malgré des déclarations de bonne intention sur des principes généraux, aucune avancée n’est enregistrée sur les dossiers cruciaux. Le président Clinton lancera ensuite une dernière initiative en organisant un sommet à Taba, en 2001. Sommet qui s’achève sur un nouveau constat d’échec.
En 2002, le plan de paix saoudien, proposant un retrait israélien des territoires palestiniens, la mise en place d’un État palestinien et une « solution juste » à la question des réfugiés, en contrepartie d’une reconnaissance par les pays arabes de l’État d’Israël, est présenté. En 2003, le quartette pour le Proche-Orient présente « une feuille de route » pour la résolution du conflit israélo-palestinien. Un document dont l’application est toujours dans les limbes.
Trente ans après Camp David, les dossiers sensibles sont toujours les mêmes. Mais les perspectives de percées sont d’autant moins évidentes que depuis 1978, l’histoire a laissé des traces sur le terrain. Le nombre de réfugiés, par exemple, a cru, les premiers réfugiés ayant eu des enfants ; la résolution de la question des frontières et de Jérusalem est rendue plus compliquée par le développement des colonies israéliennes.
En outre, les véritables enjeux d’Annapolis semblent plutôt se trouver sur la bande. La participation syrienne à la réunion et l’inclusion du dossier du Golan dans les discussions sont notamment au cœur des débats. La réunion semble également viser avant tout à redorer le blason d’un George Bush et d’une Condoleezza Rice sur le départ, alors que leur bilan politique sur le dossier du Proche-Orient est des plus calamiteux. Annapolis apparaît en outre plus comme une tentative de soutenir Mahmoud Abbas, face au Hamas, et Ehud Olmert, face à ses concurrents, plutôt qu’un effort concret pour parvenir à un accord sur le statut final des Territoires. Dans ce contexte, aucun miracle ne devrait avoir lieu à Annapolis.
Émilie Sueur
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Peu d’éléments portent à l’optimisme quant aux éventuelles avancées à attendre de cette réunion. Conscient des limites de l’exercice, Washington s’est d’ailleurs bien gardé de présenter Annapolis comme une conférence, limitant l’appellation à « réunion». La secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice a, en outre, précisé que si la réunion permettait de lancer des négociations, à défaut de permettre l’élaboration d’un véritable document de travail, Annapolis serait une réussite. Une déclaration en forme de fuite qui prend tout son sens au regard des récentes révélations du Haaretz. Selon le quotidien...