Une malédiction ? C’est peut dire. Une fatalité impitoyable, une cruelle réalité qui plonge le Liban au cœur des enjeux régionaux, au centre des préoccupations internationales. Un pays convoyeur de messages, un go-between ballotté au gré des visées des uns, des ambitions des autres.
La Syrie se fâche, elle le manifeste bruyamment au Liban, une mauvaise habitude ancrée dans ses us et coutumes et qui se perpétue au fil des ans ; l’Iran et les États-Unis s’empêtrent, se bloquent sur le nucléaire, leur hargne, leur mauvaise humeur se reflètent aussitôt dans les déclarations incendiaires, les diatribes intempestives des acteurs locaux.
Le Liban, caisse de résonance des conflits régionaux ? Inutile interrogation, alors même que le pays du Cèdre joue aujourd’hui son destin, pris au piège de marchandages grotesques dignes d’un bazar de bas étage.
Et le sens des responsabilités, me diriez-vous ? Il s’arrête, malheureusement, là où les ambitions personnelles entrent en jeu, là où les intérêts contraires s’entrechoquent.
En soumettant sa liste restreinte de candidats présidentiels au tandem Berry-Hariri, le patriarche Sfeir, encouragé en cela par la France, a, en quelque sorte, brisé l’engrenage absurde, ramené l’échéance au niveau du possible, du réalisable.
Deux jours au moins, quatre jours au plus pour que la sagesse prévale, que les raisons de la déraison soient jetées au rancart. Au bord de l’abîme, le réflexe est inévitablement un réveil de conscience, un bref moment de lucidité où le pour et le contre sont mis dans la balance.
Gageons donc sur le scénario de sortie de crise, celui qui verrait, cette semaine, un président consensuel élu à une majorité confortable, un scénario qui laisserait les récalcitrants sur la touche, oublieux d’un train qu’ils n’auront pas su prendre à temps.
Un président consensuel nullement faible, comme se hâtent de le prédire certains, mais fort de l’agrément qui se sera manifesté autour de sa personne.
Qu’il joue de ses biceps ou qu’il soit un as de l’esquive, l’heureux élu aura pour tâche prioritaire de gérer la crise, d’éviter que les éclaboussures de la tempête régionale n’atteignent le Liban de plein fouet.
Il faut bien se rendre à l’évidence : dans le contexte géopolitique actuel, les solutions sont loin d’être à portée de main. En clair, et sans passer par mille détours, le problème essentiel, celui soulevé il y a une semaine par Hassan Nasrallah et qui préoccupe toutes les parties, ne pourra pas être réglé de sitôt.
Le Hezbollah ne se résoudra pas à remiser ses armes, à les mettre à la disposition de l’État tant que le contentieux sur Chebaa et son imbrication délibérée avec les intérêts syriens n’auront pas trouvé une fin heureuse. Le Hezbollah continuera à camper sur ses positions aussi longtemps que Téhéran le lui demandera, aussi longtemps que le conflit irano-américain sur le nucléaire n’aura pas été réglé.
La solution, c’est hors du Liban qu’il faut la trouver ; le changement, c’est en Iran qu’il doit intervenir, c’est en Syrie qu’il doit se concrétiser. En attendant, la scène libanaise doit être impérativement immunisée, mise à l’abri des nuages d’orage qui s’accumulent.
C’est la raison pour laquelle les pays européens, la France en tête, ont lancé leur mission de conciliation, avec pour objectif l’élection d’un président consensuel, ce qui éliminerait, du même coup, le verrou des veto et autres ultimatums.
Que des grains de sable subsistent, il n’y a là rien d’étonnant. Mais il arrive un moment où on se fait taper sur les doigts, où on vous explique, gentiment mais fermement, que ces grains de sable ne sauraient arrêter la machine en marche, celle qui doit, nécessairement, arriver à destination avant le 24 novembre.
Piper les cartes, dans ces conditions, n’aboutirait qu’à davantage d’ostracisme, à un surcroît de drames et de temps perdu. Les acteurs régionaux, mais aussi locaux, en ont été avertis, et Bernard Kouchner, à son arrivée hier soir à Beyrouth, a réitéré l’avertissement. Le message, n’en doutons pas, a été reçu cinq sur cinq.
* * *
Cette semaine donc, sauf imprévu, un oukaze politique ou un désordre sécuritaire, le locataire partant du palais pourra, enfin, prendre des vacances méritées, la récompense d’un dur labeur, le sens du sacrifice poussé à la limite du supportable. Mais il n’ira pas loin, promet-il : de sa nouvelle résidence de proximité, l’œil rivé sur Baabda, il ne rechignerait pas à l’appel d’un « nouveau devoir ».
Sur la route menant à l’aéroport, celle qui a vu des centaines de milliers de jeunes fuir un pays exsangue, sa « photogénie » tente une ultime entreprise de persuasion. Comme pour dire que neuf ans durant, c’est bien lui qui était aux commandes.
Merci au Hezbollah pour cette opération affichage…
Nagib AOUN
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La Syrie se fâche, elle le manifeste bruyamment au Liban, une mauvaise habitude ancrée dans ses us et coutumes et qui se perpétue au fil des ans ; l’Iran et les États-Unis s’empêtrent, se bloquent sur le nucléaire, leur hargne, leur mauvaise humeur se reflètent aussitôt dans les déclarations incendiaires, les diatribes intempestives des acteurs locaux.
Le Liban, caisse de résonance des conflits régionaux ? Inutile interrogation, alors même que le pays du Cèdre joue aujourd’hui son destin, pris au piège de marchandages...