Jour J -5. Le mandat du président sortant Émile Lahoud vient à expiration samedi prochain. Le pays tournera la page – une page bien sombre de l’histoire contemporaine du Liban – et s’engagera dans une phase nouvelle, quelle que soit la tournure prise par la bataille présidentielle. Une phase nouvelle qu’il serait déplorable de ne pas mettre à profit pour initier une mûre réflexion sur l’expérience des derniers mois. Car les Libanais ont été témoins durant cette période, parfois sans s’en rendre compte, d’une grande et vaste supercherie au niveau de l’attitude de la coalition du 8 Mars.
La cabale lancée par l’opposition contre le gouvernement de Fouad Siniora, plus particulièrement au lendemain de la funeste guerre de juillet 2006 déclenchée par le Hezbollah, avait pour principal leitmotiv « la participation » au pouvoir et la lutte contre « l’unilatéralisme » et le « monopole politique » dont était accusée la majorité au niveau de la gestion des affaires publiques. Or, à cet égard, si l’on désire réellement construire l’avenir et tirer les leçons du passé, certaines vérités mériteraient d’être rappelées, même si elles paraissent gênantes pour certains. Dans les rangs des opposants, le courant aouniste est sans nul doute le seul à être en droit de brandir le slogan de la participation et de dénoncer sa mise à l’écart de l’Exécutif au lendemain des élections législatives qui ont suivi le printemps de Beyrouth. Par contre, lorsque le tandem Hezbollah-Amal, et plus spécifiquement le Hezbollah, affirme avoir été marginalisé, cela relève alors non pas seulement de la mauvaise foi politique éhontée, mais aussi de la supercherie impudente. Les faits objectifs sur ce plan parlent d’eux-mêmes …
Le scrutin parlementaire organisé après l’intifada de l’indépendance et le retrait syrien d’avril 2005 a permis à l’alliance du 14 Mars de se forger une nette majorité parlementaire. Dans la logique des choses, la nouvelle majorité aurait dû faire élire l’un de ses députés chiites au poste de président de la Chambre. Mais dans le but de ne pas marginaliser, précisément, le tandem qui avait obtenu dans les urnes l’adhésion de l’électorat chiite, c’est le candidat réclamé avec insistance par le Hezbollah, en l’occurrence Nabih Berry, qui fut reconduit à la tête du Législatif. Première concession, placée sous le signe de la politique de la main tendue envers le dipôle chiite. Deuxième concession, et non des moindres : la désignation au commandement du très sensible service de sécurité que représente la Sûreté générale d’un officier très proche du Hezbollah.
Troisième geste de bonne volonté : la composition du gouvernement. Lors de la mise sur pied du cabinet Siniora, les cinq portefeuilles revenant à la communauté chiite ont été octroyés au Hezbollah et à Amal. Et les cinq maroquins obtenus ainsi par ce tandem sont généralement parmi les plus convoités, soit pour leur dimension politique, soit pour leur importance au niveau des services publics : les Affaires étrangères ; l’Énergie et l’Eau ; la Santé ; le Travail et l’Agriculture.
De surcroît, la quasi-totalité des décisions importantes du gouvernement ont été prises à l’unanimité. Seule exception, particulièrement significative des intentions des deux formations chiites : la requête présentée à l’ONU en vue de la constitution du tribunal international qui a provoqué la première fois (en décembre 2005) la bouderie des cinq ministres du Hezbollah et d’Amal, et la seconde fois leur démission officielle (en novembre 2006). Comble du paradoxe… et de l’ironie : l’unilatéralisme dans les grandes décisions à caractère stratégique, c’est au niveau du Hezbollah qu’il s’est manifesté d’une façon flagrante lorsque le parti chiite a purement et simplement pris l’initiative d’entraîner le pays dans une guerre avec Israël dont les incommensurables retombées sociales, logistiques, démographiques, économiques et financières se feront ressentir pendant encore de très longues années. Dans tout pays, la décision la plus grave et la plus lourde de conséquences qui puisse être prise est incontestablement celle qui porte sur l’option de guerre ou de paix. Or, sur ce plan, le Hezbollah s’obstine à faire cavalier seul, à monopoliser la décision, imposant ses choix, refusant que sa ligne de conduite soit discutée ou fasse l’objet d’un quelconque débat, allant même jusqu’à lancer des accusations de traîtrise contre toute personne qui songerait à se poser des questions sur les options guerrières du parti chiite. Le Hezbollah renouvelle son arsenal militaire, profère des menaces, fait état publiquement de ses intentions belliqueuses, évoque ses velléités de « changer la face de la région » – comme l’a souligné Hassan Nasrallah dans son dernier discours – sans admettre que les autres composantes du tissu social libanais, ou ne fût-ce que ses alliés les plus proches, soient associés à la détermination de ses choix stratégiques.
L’unilatéralisme, c’est par conséquent au niveau du Hezbollah, et non pas du 14 Mars, qu’il est décelable. Car les faits objectifs tels qu’apparus depuis le retrait syrien apportent la preuve que le slogan de la « participation » brandi ces derniers mois par l’opposition n’est en réalité qu’un simple écran de fumée qui cache (mal) l’objectif réel recherché par le parti chiite, à savoir tenter d’imposer son propre agenda : empêcher l’édification d’un État souverain, politiquement indépendant ; soustraire le Liban à l’ombrelle de l’ONU et mettre des limites à l’appui de la communauté internationale au pays du Cèdre ; entraîner le pays à nouveau dans l’orbite syro-iranienne de manière à l’utiliser comme instrument de manœuvres et de pressions dans le bras de fer avec l’Occident. Tel est le véritable enjeu de la guerre politico-médiatique menée ces derniers mois contre le 14 Mars et le gouvernement de Fouad Siniora. Un enjeu qui prendra vraisemblablement une tournure nouvelle avec la fin du mandat Lahoud. Et au sujet duquel le général Michel Aoun devra se positionner clairement, sans équivoques, une fois débarrassé de l’obsession de la présidence de la République.
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La cabale lancée par l’opposition contre le gouvernement de Fouad Siniora, plus particulièrement au lendemain de la funeste guerre de juillet 2006 déclenchée par le Hezbollah, avait pour principal leitmotiv « la...