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Un président pour qui ?

«Le président de la République est le chef de l’État et le symbole de l’unité du pays. Il veille au respect de la Constitution, à la sauvegarde de l’indépendance du Liban, à son unité et à l’intégrité de son territoire », dit la Constitution. Arbitre en quelque sorte. Le président est censé être l’homme vêtu de neutralité qui court deux fois plus que les autres pour que tous jouent dans les meilleures conditions possibles. Pourtant, l’idée dominante se refuse à voir dans le président de la République cet arbitre, préférant faire de lui un enjeu de partage du pouvoir. Un enjeu au goût amer parce qu’il enferme tout un pays dans une prison intellectuelle marquée par « l’ivresse des petites querelles et des illuminations du chemin de Damas » (1). Le tout sur fond d’assassinats de députés, dans un calcul funèbre visant à décimer le corps des grands électeurs. Comme en un nouveau prétexte pour torturer la Constitution : quelle majorité – deux tiers ou majorité absolue – est-elle conforme à la Constitution au vu de tous ces assassinats ? D’ailleurs, on n’est plus à une absurdité près à ce niveau, alors que la prorogation des mandats est presque devenue une coutume. Coutume tout aussi aberrante et dénigrante que celle qui consiste à ne rechercher un président que parmi les mâles de la communauté maronite. Et cela avec la bénédiction du patriarche à qui l’on a octroyé le droit de superviser l’élection présidentielle. Quoi qu’il arrive, les entorses à la Constitution sont inévitables, soit. Le seul débat convenu tourne encore autour de la constitutionnalité de ce maudit qorum (2). À la limite, il est envisageable de traiter de la résistance et du tribunal international, et d’arguer l’indépendance du Liban. Mais rien sur la crise de l’économie libanaise. Rien sur les inégalités de développement entre le centre et la périphérie. Rien sur l’absence d’électricité dans beaucoup de foyers. Rien sur le chômage et l’émigration des jeunes. Rien sur la panne de l’ascenseur social. Rien sur la législation du travail. Rien sur les syndicats, seuls véritables défenseurs de la société civile. De la même manière, rien sur les droits de l’homme. Rien sur les pratiques trop souvent inadmissibles de la police. Rien sur la situation dans les prisons. Rien sur le traitement des réfugiés palestiniens et irakiens. Rien sur la censure qui infantilise tout un peuple. Rien sur la réforme des statuts personnels qui sont tous discriminant pour les femmes. Et rien non plus sur la place des intellectuels. Rien sur le fait que la pensée est aujourd’hui réduite à de vulgaires arrière-pensées. En clair, rien sur ce qui pourrait rapprocher les Libanais et leur permettre de transcender les divergences identitaires. Consternant. Sans point d’exclamation, mais avec un grand point d’interrogation. Certes, la Constitution libanaise confie l’élection du président de la République au Parlement, ce qui limite considérablement la campagne électorale. Mais tout de même, on est en droit de s’attendre à mieux que ce que l’on observe actuellement. Avec au minimum un espoir de réforme des institutions libanaises et notamment la déconfessionnalisation. Car qui mieux qu’un président pourrait mettre sur la table ce genre de question ? Malheureusement, même cela il faut s’en passer. Et se contenter de regarder la déchéance d’une classe politique préoccupée par ses seuls intérêts personnels et sans aucun projet d’avenir. Et qui, tout au mieux, accepte de prendre part au jeu des chaises musicales pour faire croire à l’existence d’une démocratie libanaise. Plus grave encore, le débat politique, judicieux et impérieux pour le renouveau démocratique a été littéralement confisqué. Et cela tant par la manipulation du radicalisme religieux que par les diverses ingérences dans la vie politique libanaise. En effet, islamistes, régimes arabes et puissances occidentales œuvrent avec une folle énergie à mal poser les problèmes pour être sûrs de ne jamais trouver de solution. De plus, les Libanais se sont résignés à voir les décisions politiques prises hors de leurs frontières ! Comment prétendre le contraire quand ce qui unit un camp c’est l’opposition au régime syrien alors que dans l’autre camp on ne voit qu’une Chambre des représentants américaine se passionner pour des détails de la politique interne libanaise. C’est clair, le Liban n’est plus un pays mais une névrose. Névrose particulièrement douloureuse pour ceux qui après avoir appris à chanter « Soldats, contre qui ? » (3) sont condamnés à se demander : un président, pour qui ? Jamal JADAL Master 2 sciences politiques – USJ (1) Samir Kassir, « Chose publique », L’Orient Express, n° 25, 7 décembre 1997. (2) Qorum de députés pour l’élection du président de la République. (3) Chant populaire contre la présence syrienne au Liban.
«Le président de la République est le chef de l’État et le symbole de l’unité du pays. Il veille au respect de la Constitution, à la sauvegarde de l’indépendance du Liban, à son unité et à l’intégrité de son territoire », dit la Constitution.
Arbitre en quelque sorte. Le président est censé être l’homme vêtu de neutralité qui court deux fois plus que les autres pour que tous jouent dans les meilleures conditions possibles. Pourtant, l’idée dominante se refuse à voir dans le président de la République cet arbitre, préférant faire de lui un enjeu de partage du pouvoir. Un enjeu au goût amer parce qu’il enferme tout un pays dans une prison intellectuelle marquée par « l’ivresse des petites querelles et des illuminations du chemin de Damas » (1). Le tout sur fond d’assassinats de députés, dans...