Par le Dr Sophie NIVOIX*
Un marché financier remplit une fonction essentielle de confrontation de l’offre et de la demande des titres, biens ou matières premières qui y sont cotés. Dans une économie ouverte, la présence des marchés permet de fluidifier considérablement les échanges et donne à chaque agent économique la possibilité d’atteindre un niveau d’utilité plus élevé qu’en son absence. Mais que nous indique réellement une cotation boursière ? Et le chiffre observé est-il exempt de critiques ?
Tout dépend de la signification exacte de ce que l’on considère. Il importe donc ici d’établir une distinction sémantique souvent brouillée tant par l’usage et les sens multiples des termes « prix » et « valeur », que par les définitions parfois équivoques du dictionnaire. Passons rapidement sur l’utilisation du mot « valeur » pour désigner non pas le résultat d’une cotation, mais l’élément coté lui-même (action, obligation ou tout autre titre). La désignation d’actifs financiers par l’expression « valeurs mobilières » illustre bien l’emploi régulier de ce sens. Mais concentrons-nous plutôt sur le montant numérique attaché à un titre financier coté, afin de situer clairement l’information que nous donne le marché.
Financièrement parlant, le prix et la valeur forment deux notions qui non seulement se révèlent rarement égales sur le plan arithmétique, mais dont l’écart peut être riche d’informations. Ainsi la valeur est le fruit d’une approche théorique issue parfois d’une simple comparaison à un point de repère numérique, mais le plus souvent de calculs plus complexes. Elle vise autant que possible une certaine objectivité et une indépendance par rapport aux acteurs du marché en s’appuyant sur des principes logiques. L’évaluation d’une action s’avère ainsi parfaitement possible pour une société non cotée, même en l’absence de transaction de gré à gré. Cependant, les calculs théoriques les plus affinés nécessitent toujours l’utilisation d’hypothèses relatives aux facteurs influant sur la valorisation ou à des éléments prévisionnels, rarement absents en finances. Cela signifie que l’on est en mesure d’estimer la « vraie » valeur d’un actif financier, à savoir celle sur laquelle un consensus pourrait être établi… si tous les agents économiques avaient les mêmes anticipations et la même position contractuelle.
Or le simple fait qu’il existe une position d’acheteur et une position de vendeur crée un premier décalage. Un second décalage est lié au fait que tous les vendeurs (ou tous les acheteurs) ne forment pas les mêmes anticipations. Un troisième tient aux différents horizons d’investissement de chacun, et l’on pourrait aisément allonger la liste de ce qui singularise chaque agent sur le marché. Et que résulte-t-il de l’ensemble des décisions hétérogènes de tous les investisseurs sur le marché ? Un prix, qui correspond à un paiement lors d’une (ou plusieurs) transactions, et constitue un fait tangible et indéniable. Indéniable par son existence, mais pourtant discutable numériquement lorsqu’il se trouve comparé à un calcul de valeur (même si le prix paraît excessif).
L’écart entre la valeur et le prix d’un actif apparaît en effet quelquefois important et conduit les opérateurs à conclure qu’un actif est trop onéreux – ou au contraire bon marché – par rapport à sa valeur théorique du moment. On constate alors un mouvement baissier – ou haussier – sur l’actif considéré. Outre l’aspect conceptuel, l’intérêt de l’estimation de la valeur face à la réalité du prix réside ainsi dans la possibilité qu’elle donne d’anticiper des corrections du marché vis-à-vis de l’actif évalué. Mais là encore, tous les investisseurs ne possèdent pas les mêmes anticipations !
* Spécialiste de finances à l’université de Poitiers, professeur à l’ESA.
En coopération avec l’ESA
Un marché financier remplit une fonction essentielle de confrontation de l’offre et de la demande des titres, biens ou matières premières qui y sont cotés. Dans une économie ouverte, la présence des marchés permet de fluidifier considérablement les échanges et donne à chaque agent économique la possibilité d’atteindre un niveau d’utilité plus élevé qu’en son absence. Mais que nous indique réellement une cotation boursière ? Et le chiffre observé est-il exempt de critiques ?
Tout dépend de la signification exacte de ce que l’on considère. Il importe donc ici d’établir une distinction sémantique souvent brouillée tant par l’usage et les sens multiples des termes « prix » et « valeur », que par les définitions parfois équivoques du dictionnaire. Passons rapidement sur...
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