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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE La marche des caudillos Par Roberto Laserna*

La réélection pour une période illimitée que les présidents Hugo Chavez et Evo Morales ont recherché respectivement au Venezuela et en Bolivie reflète un phénomène, le caudillismo, qui n’a malheureusement jamais été très loin de la surface de la politique latino-américaine. Le président russe Vladimir Poutine a lui, au moins, eu la décence d’honorer la forme de la Constitution de son pays lorsqu’il a récemment promis de se retirer et de se présenter au Parlement. Certes, de nombreux présidents latino-américains ont récemment réussi à changer la Constitution de leur pays afin de rallonger la durée de leur mandat. L’Argentin Carlos Menem, héritier du péronisme, la forme la plus résistante de caudillismo du continent, en a été l’illustration, mais il exerçait un caudillismo modéré, qui maintenait, au fond, les normes démocratiques. Le caudillismo a deux facettes. D’abord, parce qu’il s’agit par-dessus tout d’une représentation politique, il peut avoir ses propres particularités locales. Ensuite, bien que le caudillismo personnifie le politique, il dépend moins des caractéristiques du caudillo que des conditions sociales, politiques et économiques du pays dans lequel le caudillismo s’enracine. En d’autres termes, bien que le charisme d’un caudillo soit important, il ou elle est une création sociale. Ces deux idées sont utiles pour comprendre Chavez et Morales. Comme les anciens caudillos, ils concentrent la représentation de leurs adeptes en eux-mêmes. Alors que la représentation dans les pays démocratiques est basée sur la croyance des peuples qu’ils peuvent atteindre un avenir meilleur grâce aux dirigeants qu’ils élisent, dans des pays comme le Venezuela et la Bolivie aujourd’hui, la représentation se base sur la simple identification avec le dirigeant : « Il est des nôtres. » La manière dont le « nôtre » est défini lie le caudillo et ses partisans en construisant une identité collective simple et facilement invoquée qui facilite la communication et la mobilisation politique, tout en impliquant la soumission de tous les citoyens. Morales et Chavez soulignent toujours leurs origines humbles afin d’en appeler émotionnellement à ceux qui partagent ces caractéristiques avec eux, et pour exercer un chantage sur les autres. Cette image est renforcée chaque fois que le caudillo s’engage dans une confrontation avec un quelconque grand ennemi, souvent vaguement défini : l’empire ou les États-Unis, les oligarchies, les partis traditionnels, ou les entreprises transnationales. Mais les caudillos réservent aussi d’autres usages aux conflits : ils leur permettent de renforcer l’unité de leur base populaire, et d’échapper aux responsabilités de gestion qu’implique l’exercice du pouvoir politique. Ils construisent des politiques de telle manière qu’il y aura toujours un ennemi à blâmer pour tous les problèmes qui pourront surgir. Chavez et Morales ont accumulé les pouvoirs en démantelant les fragiles forces d’équilibre institutionnel de leurs sociétés, tout en affaiblissant leurs adversaires de façon permanente. Les partis traditionnels et les administrations d’avant le caudillo sont qualifiés de corrompus et d’élitistes. Il en résulte que les Constitutions doivent être changées pour réduire le rôle du Congrès, subordonner le judiciaire et centraliser les ressources économiques. Sur ce terrain, Chavez a pour l’instant connu plus de succès que Morales, dont l’Assemblée constitutionnelle n’a pas encore été capable de s’organiser. Le président Rafael Correa d’Équateur semble vouloir se diriger dans la même direction. L’émergence de ces caudillos modernes reflète une crise des partis politiques et une intensification aiguë du malaise social dans tout le continent. Les structures économiques et sociales d’Amérique latine restent marquées par de grandes inégalités, des institutions faibles et une abondance de ressources naturelles. Chavez et Morales, chacun à sa façon, ont tiré parti de cette situation, aggravant les conditions afin d’affaiblir leurs opposants et de vivre de la richesse générée par les ressources naturelles, pas par une nouvelle activité économique. Avec une base populaire avide de changement, consciente que ce changement demande un accès à la richesse entre les mains de l’État, des attitudes sociales se sont développées, réceptives aux promesses faites par les caudillos. Plus les institutions d’un pays sont faibles, plus les inégalités sont évidentes, et plus les ressources économiques sont concentrées, plus les pouvoirs du caudillo seront étendus. La concentration des ressources est sans doute le facteur crucial, car elle augmente à la fois le pouvoir discrétionnaire de celui qui les contrôle et les attentes sociales de la population, qui ne peuvent finalement jamais être satisfaites, car le pouvoir du caudillo dépend de cette concentration des ressources. Le caudillismo ne sera affaibli que si les profits ne sont pas capturés par l’État, mais partagés directement avec des citoyens d’une manière stable et continue. Le déclin de l’extrême pauvreté et des inégalités et la création d’institutions dignes de confiance ne peuvent être réalisés dans un pays captif du caudillismo que si le caudillo perd le contrôle de la richesse qui nourrit son pouvoir. *Roberto Laserna enseigne les sciences sociales à l’Universidad Mayor de San Simón, Cochabamba, en Bolivie. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.
La réélection pour une période illimitée que les présidents Hugo Chavez et Evo Morales ont recherché respectivement au Venezuela et en Bolivie reflète un phénomène, le caudillismo, qui n’a malheureusement jamais été très loin de la surface de la politique latino-américaine. Le président russe Vladimir Poutine a lui, au moins, eu la décence d’honorer la forme de la Constitution de son pays lorsqu’il a récemment promis de se retirer et de se présenter au Parlement.
Certes, de nombreux présidents latino-américains ont récemment réussi à changer la Constitution de leur pays afin de rallonger la durée de leur mandat. L’Argentin Carlos Menem, héritier du péronisme, la forme la plus résistante de caudillismo du continent, en a été l’illustration, mais il exerçait un caudillismo modéré, qui maintenait,...