Affaire mal emmanchée ne saurait connaître de conclusion heureuse. Il en aura été ainsi du mandat du président Émile Lahoud, à qui on n’ose encore décerner le titre de président sortant, tant il a du mal précisément à considérer le chemin de la sortie.
L’élection du commandant de l’armée en 1998 ne suscita guère, comme on sait, d’enthousiasme débordant. Parce que l’espoir est humain, tout au plus se fit-on violence pour croire à la promesse d’un règne de la loi, proclamée avec une belle vigueur par un homme censé être formé à la discipline militaire. Inaugurée dans un climat de morne résignation, c’est carrément sous le signe du défi, de la confrontation, de la tragédie, de la violence criminelle que l’ère Lahoud prenait un nouveau départ en 2004 avec la reconduction pour trois ans du mandat présidentiel, imposée par Damas.
À l’instar d’autres présidents de crise, Lahoud peut certes se targuer d’être demeuré jusqu’au bout, envers et contre tout, à son poste. La différence cependant, c’est que ce président-là ne laisse derrière lui que le néant, qu’un non-État, qu’un machin dégarni des attributs les plus essentiels de tout État : à savoir une Constitution faisant autorité, un gouvernement qui gouverne, un Parlement qui siège pour débattre démocratiquement des affaires du pays. C’est d’un rafiot prenant eau de toutes parts que va devoir débarquer bientôt le sémillant officier de marine. Et ce qu’il nous lègue gracieusement, c’est un État à refaire de fond en comble, à commencer par cette présidence qui est le suprême garant, le vigilant gardien de la République.
Ce triste rappel n’a d’autre objet que de souligner une impérieuse nécessité : il ne s’agit pas seulement de se doter d’une présidence nouvelle, il faut encore prémunir d’emblée celle-ci contre les risques d’un faux départ. Que le déroulement de cette élection soit crucial pour le pays dans son ensemble, qu’il soit littéralement affaire de vie ou de mort pour une participation effective des chrétiens à la formule libanaise, ne souffre aucune discussion ; voilà d’ailleurs qui devrait pousser résolument à la roue du dialogue, de l’ouverture, du consensus, si bien que d’un côté comme de l’autre – ni sabotage délibéré du quorum parlementaire ni scrutin du fait accompli, opéré à la majorité simple – serait répudiée l’aventure. Non moins aventureuse toutefois – et bien mauvais départ, lui aussi – serait une élection se contentant d’aller tant bien que mal au plus pressé en laissant à des jours meilleurs le traitement des questions essentielles qui déchirent le pays et qui sont autant de bombes à retardement.
Ces dossiers litigieux ne sont pas hélas, n’ont jamais été de notre ressort exclusif. Il en est de même d’ailleurs d’une échéance présidentielle devenue une cause célèbre de dimension planétaire débattue par tous les grands de ce monde, qui a été examinée au cours de leur rencontre historique d’hier par le pape et le roi d’Arabie, qui le sera aujourd’hui par Bush et son hôte Sarkozy, qui a déjà suscité des kyrielles d’initiatives, de médiations, mais aussi d’interventions et d’ingérences. C’est bien là que réside le drame libanais, aggravé par ce dilemme d’une cruelle simplicité auquel n’échappent pas les puissances occidentales :
• Ignorer, isoler, ostraciser la Syrie sans y mettre toutefois la pression suffisante, sans effort de paix sérieux au Proche-Orient non plus, de la part du colosse américain, est contre-productif. Et même ridicule, à l’image de ces dernières sanctions financières frappant des individus syriens et libanais et offrant à un Wi’am Wahhab l’occasion rare de proposer de payer de ses propres deniers pour envoyer Condoleezza se faire relooker et faire interner George W...
• En revanche, solliciter la coopération de la Syrie en invoquant l’impératif de non-ingérence, comme s’y emploie la France, n’est-ce pas au fond la prier au contraire d’intervenir auprès de sa clientèle locale pour l’inciter cette fois à la modération ? Et surtout de se borner à faciliter l’élection présidentielle sans offrir de gages solides quant à la sécurité et la stabilité du Liban peut-il suffire vraiment au rétablissement de relations normales entre Paris et Damas ?
Libanais en désarroi, voyant s’évanouir l’une après l’autre, de report en report, les dates butoir, attendent au plus vite réponse commune Bush-Sarkozy.
Issa GORAIEB
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L’élection du commandant de l’armée en 1998 ne suscita guère, comme on sait, d’enthousiasme débordant. Parce que l’espoir est humain, tout au plus se fit-on violence pour croire à la promesse d’un règne de la loi, proclamée avec une belle vigueur par un homme censé être formé à la discipline militaire. Inaugurée dans un climat de morne résignation, c’est carrément sous le signe du défi, de la confrontation, de la tragédie, de la violence criminelle que l’ère Lahoud prenait un nouveau départ en 2004 avec la reconduction pour trois ans du...