Terre bénie des dieux, terre de lait, de miel et d’encens, un pays message, une exception dans un monde fou, dans un environnement malade atteint de schizophrénie aiguë.
On s’en est gargarisé des années durant, des décennies durant, on en a fait notre credo, notre dépliant publicitaire, notre fonds de commerce. Pays pluriel, riche de ses diversités, pays de la coexistence réussie, la preuve par dix-huit de son unicité, la négation par dix-huit du choc des religions et des civilisations.
Ah, que de belles paroles ont été prononcées, que de livres ont été écrits et publiés, que de chants ont été entonnés pour célébrer cette « merveille des merveilles », le Liban de la Bible et des textes saints.
Patatras ! Floués qu’ils ont été, manipulés, piégés, utilisés comme fétus de paille pour alimenter des feux de bois.
Un lavage de cerveau systématique, une annihilation de la conscience qui a fait d’une nation promise à la félicité un peuple martyrisé en quête d’assistanat.
Dérapages délibérés, asservissement, suivisme aveugle, « accidents de parcours » vite rangés dans les tréfonds de la mémoire, l’histoire récente est jalonnée de tragédies, de drames, de brisures dont les responsables s’en sont, évidemment, lavé les mains.
Guerre civile de 1958 avec son empreinte nassérienne, implosion, désastreuse dérive palestinienne des années 60 et 70, rebelote de la guerre civile avec empreinte syrienne, cette fois, et, couronnement d’un processus à multiples tiroirs, l’irruption, aujourd’hui, de la marque déposée iranienne par Hezbollah interposé.
En arrière-plan, un acteur incontournable qui s’invite à tous les « festins » dans une bergerie qui s’escrime à déblayer le chemin au loup israélien.
En une phrase, le déroulement d’un long-métrage raté, filmé au gré des intérêts des uns, des lubies des autres, où les acteurs ne servent que de paravents à des ambitions, des desseins inavoués.
Et l’on assiste, alors, à la plus hilarante, la plus cynique des comédies : les manitous de la désinformation, ceux-là mêmes qui ont dépecé le pays, poussant des cris d’orfraie pour dénoncer les ingérences étrangères dans les affaires nationales…
Tic-tac, tic-tac, tic-tac : l’heure de vérité dilapide ses derniers arguments, ses dernières minutes, laisse passer l’ultime occasion de redresser la barre, de sauver ce qui peut l’être encore.
Sept jours pour comprendre qu’il ne sert plus à rien d’ergoter, de piailler, de gagner du temps, sept jours pour réaliser que les chants des sirènes ne sont que des chants de mort et que la meilleure des sources est celle qui est à portée des lèvres.
Un message d’urgence, mais aussi d’espoir, matraqué par la communauté internationale, réitéré à chaque réunion des instances onusiennes, asséné régulièrement, comme une gifle, au régime syrien.
Une unanimité pour dire à Damas : halte à l’intimidation, halte aux attentats, pour lui signifier, une fois pour toutes, que le soutien au Liban est non négociable, une unanimité, véhiculée par la troïka européenne, pour dire aux Libanais : ne ratez pas l’échéance unique de la présidentielle, le salut est à portée de main, ne permettez pas qu’il soit dynamité par les agendas régionaux. En clair : quand il sera trop tard, les regrets ne serviront plus à rien.
À Beyrouth, entre-temps, encarts publicitaires et affiches grand format tirent la sonnette d’alarme, une même image d’atrocités, une mémoire qu’on replonge dans les affres du passé et cette phrase, cette marque d’infamie : « Est-ce cela que vous voulez ? »
Une interrogation lancinante, cruelle, mais aussi, un constat inavouable : l’histoire est un éternel recommencement.
Nagib AOUN
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On s’en est gargarisé des années durant, des décennies durant, on en a fait notre credo, notre dépliant publicitaire, notre fonds de commerce. Pays pluriel, riche de ses diversités, pays de la coexistence réussie, la preuve par dix-huit de son unicité, la négation par dix-huit du choc des religions et des civilisations.
Ah, que de belles paroles ont été prononcées, que de livres ont été écrits et publiés, que de chants ont été entonnés pour célébrer cette « merveille des merveilles », le Liban de la Bible et des textes saints.
Patatras ! Floués qu’ils ont été, manipulés, piégés, utilisés comme fétus de paille pour alimenter des...