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Actualités - Opinion

Premiers rôles

Ainsi donc il y a parfaite concordance de vues sur le Liban entre la Syrie et l’Iran, comme il a été annoncé lundi à Damas au terme des entretiens qu’y a eus le ministre iranien des AE, Manouchehr Mottaki. Les deux parties se sont entendues notamment sur le rôle qui est le leur (mais oui, le leur !) dans notre pays. Et s’il est vrai qu’ils soutiennent l’élection d’un homme de consensus à la tête de l’État libanais, les deux compères, bons princes, se défendent d’avancer ou de soutenir la moindre candidature au poste. À défaut de souscrire à de telles prétentions, déclinées de surcroît avec tant d’insolente assurance, on appréciera la paradoxale sincérité du propos. C’est un fait qu’Iraniens et Syriens n’ont jamais fait secret de leur fameux rôle au Liban, et c’est assez extraordinaire et triste comme cela. Ce qui dépasse l’entendement en revanche, ce qui enfonce toutes les bornes de l’outrance, c’est que leurs clients libanais, par eux-mêmes armés, financés, endoctrinés et maternés pourtant, n’ont d’autre discours que la dénonciation des interventions et ingérences étrangères dans les affaires du pays. Pour ce qui a trait à l’élection présidentielle, les protestations de neutralité syro-iraniennes ne sont pas à prendre pour argent comptant bien sûr. Elles reflétent plutôt l’éventail des options actuellement considérées par ce remuant tandem pour tenter d’inverser le processus souverainiste enclenché en 2005 et alimenté par toute une batterie de résolutions internationales. Le temps n’est plus où la Syrie était en mesure de fabriquer et d’imposer des candidats. Le moule est brisé en effet, où l’on coulait un Émile Lahoud comblant avec assiduité les plus vastes espérances de Damas et Téhéran, s’ingéniant à faire de l’armée une force de police et de répression interne et faisant du Hezbollah la véritable armée du pays, seule en charge de la défense de la frontière sud. Alors, un président d’entente ? Oui, mais seulement s’il entend de la bonne oreille, celle tournée du côté de Damas, s’il est prêt à œuvrer au rétablissement de relations privilégiées sans se laisser intimider par les injonctions onusiennes et autres inventions du diable, tel ce tribunal international statuant sur les crimes perpétrés contre le Liban. Pas de président répondant à un aussi lugubre cahier des charges ? Ce pourrait bien être alors pas de président du tout, faute de ce quorum des deux tiers de l’Assemblée dont la Syrie et l’Iran détiennent notoirement la clé magique. Ou bien alors le chaos constitutionnel – et peut-être même sécuritaire – si un président était élu envers et contre tout, c’est-à-dire à la majorité simple, par le 14 Mars, ce qui provoquerait aussitôt une série de contre-mesures de l’opposition. C’est cette éventualité qu’évoquait très explicitement le numéro deux syrien Farouk el-Chareh quand il soulignait, le week-end dernier, les risques d’une guerre de tranchées autour de la présidentielle libanaise. Si par malheur cette cassure devait avoir lieu, aurait fini d’être apportée la preuve que les Libanais sont incapables de se gouverner, ou même seulement de se côtoyer en paix, sans la vigilante surveillance d’un garde-chiourme. Au gré de sa contre-offensive lancée il y a près d’un an avec la démission des ministres chiites, la Syrie a acquis le sentiment croissant que l’échéance présidentielle au Liban lui offrait une occasion inespérée de gagner sur tous les tableaux : une win-win situation en somme, comme disent les Anglo-Saxons. Ce dangereux sentiment, on ne le répétera jamais assez, seul pouvait l’enrayer ou l’ébranler un dispositif de dissuasion internationale véritablement efficace. Et ce même sentiment ne pourra qu’aller crescendo si les bons offices occidentaux et arabes doivent se limiter à solliciter la coopération de Damas à seule fin d’assurer le déroulement de ce scrutin. Pour importante que soit l’élection présidentielle, elle ne pourra être garante de paix que dans le cadre d’un programme de rassemblement national autour des principes de juste distribution du pouvoir entre Libanais certes, mais aussi de justice internationale pour le Liban, d’attachement aux résolutions de l’ONU, d’indépendance, d’intégrité du territoire ; de sécurité, enfin, pour les acteurs politiques comme pour l’ensemble des citoyens. C’est sur ce sulfureux terrain que doivent porter, parallèlement aux tractations sur la présidentielle, les efforts des médiateurs et autres messagers d’ouverture vers Damas. Avant comme après l’élection, c’est la machine à tuer qu’il faut neutraliser. Issa GORAIEB


Ainsi donc il y a parfaite concordance de vues sur le Liban entre la Syrie et l’Iran, comme il a été annoncé lundi à Damas au terme des entretiens qu’y a eus le ministre iranien des AE, Manouchehr Mottaki. Les deux parties se sont entendues notamment sur le rôle qui est le leur (mais oui, le leur !) dans notre pays. Et s’il est vrai qu’ils soutiennent l’élection d’un homme de consensus à la tête de l’État libanais, les deux compères, bons princes, se défendent d’avancer ou de soutenir la moindre candidature au poste.
À défaut de souscrire à de telles prétentions, déclinées de surcroît avec tant d’insolente assurance, on appréciera la paradoxale sincérité du propos. C’est un fait qu’Iraniens et Syriens n’ont jamais fait secret de leur fameux rôle au Liban, et c’est assez extraordinaire...