Des menteurs, de fieffés menteurs, voilà ce qu’ils sont. Ils disent la chose et son contraire, se font tout conciliants, tout compréhensifs en privé, se déchaînent comme des furies en public et quand l’échéance arrive, quand ils sont à bout d’arguments, ils réclament de nouveaux délais, de nouvelles occasions de raconter des bobards, de mener tout le monde en bateau.
Deux semaines, quatorze jours seulement nous séparent de l’heure de vérité et ils en sont encore à discuter du sexe des anges, à tourner autour du pot. On se dit, fatalistes : « C’est toujours mieux que rien, quelque chose de bon finira bien par en sortir » et, soudain, fusent les accusations, les procès d’intention, les insultes qu’on croyait rangées au placard.
Crac, splash ! Les bonnes volontés s’effondrent, les efforts de conciliation se noient sous des tonnes d’invectives, se perdent dans les dédales de polémiques créées de toutes pièces.
Populisme ? Démagogie ? Pire : un souverain mépris des aspirations de la population, un dédain qui révèle la vraie nature, les motivations réelles des va-t-en-guerre de pacotille.
Mais ne paniquons surtout pas : tout cela n’est que manœuvres risibles, tactiques de politiciens en perte de vitesse. Les décisions, les vraies décisions se prennent à un autre niveau, en fonction de réalités incontournables, d’équilibres régionaux et internationaux qu’il n’est plus possible d’ignorer, de transcender.
L’élection présidentielle aura lieu dans les délais et conformément à la Constitution. Dans le contexte moyen-oriental actuel, une ligne rouge a été tracée et les puissances régionales ne peuvent que la respecter, faute de quoi la traînée de poudre partie du Liban pourrait les atteindre et les entraîner dans les mêmes convulsions.
La troïka européenne, venue au Liban sous le signe de l’urgence, a d’ailleurs mis en exergue la corrélation entre la crise libanaise et les développements dans les pays de la région, pays rapidement visités par des émissaires français porteurs de messages explicites mettant en garde contre tout dérapage, tout aventurisme.
Pour être plus clair, si au niveau de l’Iran et de l’Arabie saoudite la prise de conscience est évidente, les deux États voulant éviter, à tout prix, un scénario catastrophe au Liban qui rallumerait la mèche de la discorde sunnito-chiite, en Syrie, par contre, le régime baassiste continue de traîner les pieds et c’est la raison pour laquelle Jean-Claude Cousseran s’y est rendu hier.
Une visite qui fait suite à l’avertissement adressé récemment par Bernard Kouchner à Damas soulignant que les assassinats au Liban doivent cesser et que le régime syrien a tout intérêt à composer avec la communauté internationale.
Tout cela se traduit, sur la scène locale, par de soudaines ouvertures du Hezbollah en direction des forces du 14 Mars dans la perspective de l’élection d’un président d’entente, alors que les porte-parole attitrés du régime baassiste, les ressuscités de la longue hibernation qui a suivi la révolution du Cèdre, ruent dans les brancards, agitant la menace d’apocalypses à venir.
Un chantage dérisoire, avec en arrière-plan la grande peur, la phobie du tribunal international, pour signifier aux parties libanaises qui lui sont hostiles que la Syrie, malgré son retrait du Liban, n’entend pas se contenter d’un rôle de comparse et qu’elle est en mesure de peser sur les événements, dans un sens comme dans l’autre, à la veille de l’échéance présidentielle.
Une élection qui aura lieu dans les délais prévus, n’en déplaise aux charognards, aux nostalgiques des années de plomb, parce qu’il y va de l’avenir du Liban, mais aussi de celui de toute la région et parce qu’il n’est plus tolérable que la politique de la terreur prévale sur l’État de droit.
Relancer, dans ces conditions, l’idée d’un gouvernement transitoire à défaut du scrutin, comme le font certains, ce serait contribuer au sabotage des institutions, privilégier les considérations particulières au détriment de l’intérêt général.
Une initiative qui ne serait que la conséquence naturelle d’un sentiment de lâchage, la peur de basculer du rang de décideur à celui de laissé-pour-compte.
Cela pourrait signifier, tout simplement, avoir raté le coche.
Nagib AOUN
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Deux semaines, quatorze jours seulement nous séparent de l’heure de vérité et ils en sont encore à discuter du sexe des anges, à tourner autour du pot. On se dit, fatalistes : « C’est toujours mieux que rien, quelque chose de bon finira bien par en sortir » et, soudain, fusent les accusations, les procès d’intention, les insultes qu’on croyait rangées au placard.
Crac, splash ! Les bonnes volontés s’effondrent, les efforts de...