La voilà qui revient, avec son cortège de fuites calculées, de vraies fausses révélations, de démentis indignés et de délirantes spéculations de stratèges de salon.
Des bases militaires étrangères au Liban, plus d’une fois il en a été question au cours de ces dernières décennies. Jamais cependant ces inquiétantes prophéties n’ont connu le moindre début de réalisation. Et si la formule continue néanmoins de faire recette, si elle suscite à tous les coups des polémiques passionnées, c’est peut-être parce qu’elle vient flatter charitablement, chez d’aucuns, un orgueil national – notre fameux nombril – en bien piteux état : pour que les puissances soient si soucieuses de bivouaquer sur son sol, il faut bien que ce pauvre Liban naufragé, disloqué et paralysé soit resté un pion de première importance sur l’échiquier régional. Et même mondial, si ça se trouve...
Que les amis de la Syrie fassent soudain un tel tintamarre à propos de cet obscur projet de bases américaines au Liban est en quelque sorte normal : de bonne guerre, serait-on même tenté de dire, même si certains d’entre eux n’ont pas craint de citer, à l’appui de leurs dires, les croustillantes indiscrétions d’un site Web israélien. Or il y a loin des bases ou fantasmes de base aux nécessités de base.
C’est un fait – et il faut résolument y applaudir – que les États-Unis ont tiré les enseignements de la longue et coûteuse bataille du camp de Nahr el-Bared : une armée libanaise ardente au combat, qui a brillamment passé son baptême du feu ; mais aussi une armée tragiquement mal équipée et sous-entraînée à la lutte antiterroriste ; bref, une armée appelée peut-être à affronter d’autres épreuves et qui mérite pleinement désormais d’être dotée du matériel adéquat. De là à en conclure que le Liban est soudain promu au statut de porte-avions US relève autant de la malveillance que de la stupidité. L’ironie veut en effet que jamais la seule idée de bases US dans ce pays n’aura paru plus incongrue, car moins que jamais nécessaire ou même utile pour l’Amérique et moins souhaitable que jamais, aussi, pour le Liban.
C’est vrai que le Texan George W. Bush a la détente facile et que la guerre froide est de retour avec la Russie de Poutine. Il reste que George Bush, en butte à l’opposition croissante du Congrès et de l’opinion publique américaine, en est à rechercher désespérément un désengagement honorable du bourbier irakien. On le voit mal, dès lors, envoyer ses boys au Liban pour intimider de près la Syrie (il dispose déjà pour cela de son allié israélien) et montrer les crocs à Poutine. De son côté, le Liban n’aurait rien à gagner, bien au contraire, à un tel projet, si tant est que celui-ci existe. Des bases yankees attireraient tel un aimant, en effet, les attentats terroristes, et cela à un moment où des menaces pèsent déjà sur cette force internationale, onusienne, de maintien de la paix qu’est la Finul stationnée dans le sud du pays. Ni Bagdad ni éventuellement Saigon, Beyrouth tient à demeurer Beyrouth.
Et c’est là que réside l’ironie suprême, mais cela, les propagateurs de fausses rumeurs et leurs commanditaires ne peuvent évidemment pas le comprendre. Car le mal qui mine le Liban, c’est cette prétention de ses voisins, proches et moins proches, à vouloir, eux, en faire une base avancée pour leurs manœuvres, menées et autres ambitions. Par Palestiniens puis Hezbollah interposés, la Syrie a longtemps fait du Liban-Sud le seul tremplin pour la lutte contre Israël alors que le Golan occupé était invariablement une oasis de calme. Les troupes syriennes parties, c’est l’est du pays qui abrite notoirement aujourd’hui les bases de combattants inféodés à Damas. Et si le Sud est désormais pacifié, c’est la même et inestimable plate-forme d’accès au contexte libanais et méditerranéen que représente le Hezbollah pour le régime de Téhéran.
Des bases, disent-ils ? Sottises. Militaires ou paramilitaires, nous en avons à revendre.
Issa GORAIEB
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Des bases militaires étrangères au Liban, plus d’une fois il en a été question au cours de ces dernières décennies. Jamais cependant ces inquiétantes prophéties n’ont connu le moindre début de réalisation. Et si la formule continue néanmoins de faire recette, si elle suscite à tous les coups des polémiques passionnées, c’est peut-être parce qu’elle vient flatter charitablement, chez d’aucuns, un orgueil national – notre fameux nombril – en bien piteux état : pour que les puissances soient si soucieuses de bivouaquer sur son sol, il faut bien que ce pauvre Liban naufragé, disloqué et paralysé soit resté un pion de première...