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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Libérations

Les actions de guerre laissent peu de place hélas aux scrupules et préoccupations humanitaires ; les conventions internationales sont universellement contournées ou même carrément bafouées ; et il faut généralement des années de délicats et patients efforts aux organisations spécialisées et aux pays médiateurs pour parvenir à démontrer que si l’homme est un loup pour l’homme, il arrive que les loups se prêtent à certains arrangements qui autorisent, par exemple, le retour des prisonniers dans leurs foyers, ou une digne sépulture pour les morts tombés ou échoués en terre hostile. Le troc intervenu entre Israël et le Hezbollah n’est pas le premier du genre, et on peut s’étonner certes que le sort d’autres prisonniers libanais, détenus en Syrie ceux-là, ne hante pas trop les esprits des libérateurs. Mais si l’échange de lundi soir, présenté comme un heureux concours de gestes de bonne volonté, revêt une importance particulière, ce n’est pas seulement parce qu’il peut renflouer un Ehud Olmert discrédité par sa conduite de la guerre de l’an dernier et éclaboussé par plus d’une affaire de corruption. Ce n’est pas non plus parce qu’elle offre à la Résistance islamique l’occasion de s’affirmer comme le principal (sinon l’unique) partenaire libanais, qu’il s’agisse de guerre ou d’arrangements. Ce troc est important surtout parce qu’il est le prélude – pour la première fois, Hassan Nasrallah lui-même a évoqué hier des progrès sur la question – à une transaction plus substantielle, expressément réclamée par l’ONU, et intéressant précisément les deux soldats ennemis capturés à la veille de la guerre et les militants libanais détenus en Israël. C’est constater en somme qu’il peut arriver que le facteur humanitaire, expulsé de la scène à coups de canon, trouve tout de même moyen de revenir par la grande porte et qu’il soit même porteur de promesses de décrispation politico-militaire. La paix n’est pas pour demain, c’est vrai ; mais en attendant le règlement du dossier des fermes de Chebaa – dont l’ONU, on se demande pourquoi, ne s’est saisie cependant qu’avec des pincettes –, la libération des derniers prisonniers libanais croupissant dans les geôles israéliennes ne pourra que restreindre l’argumentation plaidant pour la préservation, ad vitam aeternam, de l’arsenal du Hezbollah : ce qui faciliterait d’autant l’insertion réelle (et non plus équivoque, puisque viciée par la question des armes) de la formation chiite dans le processus démocratique libanais. Cela dit, pourquoi donc les gestes dits de bonne volonté ou à caractère humanitaire devraient-ils se limiter au champ de bataille ? De telles initiatives peuvent très bien en susciter d’autres, et ces initiatives sont naturellement exigibles des deux côtés de la barrière qui, en ce moment, sépare les Libanais. Il en est une pourtant qui s’impose avec le plus de force à l’évidence, et c’est la levée du sit-in dans le centre-ville de Beyrouth, lieu traditionnel de rencontre redevenu, les ruines en moins, ligne de fracture, théâtre de clivage, d’affrontement, d’insolent et improductif défi. Ce geste-là, qu’on se décide à le faire enfin, non pas tant comme une concession faite à la majorité parlementaire ; qu’on le fasse non point pour répondre aux vœux exprès du patriarche maronite et de ses évêques ; mais qu’on le fasse, de grâce, par égard pour cet obscur maître au service duquel tous se prétendent voués, mais qui se trouve invariablement laminé par le choc des projets et ambitions politiques, à savoir le simple citoyen. Qu’on le fasse par pitié pour les entreprises en faillite, pour les milliers d’emplois disparus, pour la suprême nuisance causée à toute une population ployant déjà sous la hausse vertigineuse des denrées de première nécessité. C’est le peuple tout entier, celui de l’opposition autant que de la majorité, qui pâtit de la colossale supercherie du centre-ville. Et là aussi, il mérite, le peuple, d’être libéré. Issa GORAIEB
Les actions de guerre laissent peu de place hélas aux scrupules et préoccupations humanitaires ; les conventions internationales sont universellement contournées ou même carrément bafouées ; et il faut généralement des années de délicats et patients efforts aux organisations spécialisées et aux pays médiateurs pour parvenir à démontrer que si l’homme est un loup pour l’homme, il arrive que les loups se prêtent à certains arrangements qui autorisent, par exemple, le retour des prisonniers dans leurs foyers, ou une digne sépulture pour les morts tombés ou échoués en terre hostile.

Le troc intervenu entre Israël et le Hezbollah n’est pas le premier du genre, et on peut s’étonner certes que le sort d’autres prisonniers libanais, détenus en Syrie ceux-là, ne hante pas trop les esprits des libérateurs....