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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE L’adieu à la solitude

Par Joseph S. Nye* Le prochain président américain tirera forcément une leçon capitale des expériences de l’Administration Bush : celle de l’importance du multilatéralisme. Les concepts d’hégémonie américaine et de réponses unilatérales n’ont que peu de sens quand la plupart des défis graves auxquels sont confrontés les pays aujourd’hui, les problèmes comme le réchauffement climatique, les pandémies, la stabilité financière et le terrorisme, sont hors de contrôle même des plus grands des pays. Tous ont besoin d’une coopération multilatérale. Les Nations unies peuvent jouer un grand rôle pour contribuer à légitimer et à appliquer des accords entre pays, mais même ses plus proches alliés admettent que sa grande taille, ses blocs régionaux rigides, ses procédures diplomatiques formelles et son administration pesante empêchent souvent le consensus. Comme le dit un sage, le problème des organisations multilatérales est « comment impliquer tout le monde et agir quand même ». Une solution consiste à adjoindre à l’ONU des organisations consultatives informelles au niveau régional et mondial. Par exemple, pendant les crises financières qui ont suivi les chocs pétroliers des années 1970, le gouvernement français a accueilli les dirigeants de cinq économies dominantes pour discuter et coordonner leurs politiques. L’idée était de tenir une réunion réduite dont les participants tiendraient tous dans la bibliothèque du château de Rambouillet. Mais il s’est avéré impossible de maintenir la petitesse de ce groupe. Il s’est rapidement transformé en un G7 des économies industrielles avancées. Plus tard, la Russie y a été ajoutée pour constituer le G8. Plus récemment, le sommet annuel du G8 a invité cinq autres pays en qualité d’observateurs, créant de facto un G13. Les problèmes sont arrivés avec cet agrandissement. Les nouveaux invités n’apprécient guère de ne pas être inclus comme membres à part entière, capables d’aider à planifier et à organiser les réunions, et les délégations des pays originaux se sont agrandies au point d’inclure chacune des centaines de représentants. Ces réunions autrefois informelles sont devenues peu maniables. Il y a eu plusieurs propositions pour de nouveaux types d’organisations multilatérales complémentaires. Todd Stern et William Antholis ont suggéré la création d’un « E-8 » : un forum compact de leaders de pays développés et en développement – comprenant les États-Unis, l’Union européenne, le Japon, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud – qui consacreraient toute leur attention une fois par an à des défis environnementaux et au réchauffement climatique mondial. Ces États représentent les économies centrales de leurs régions, les trois quarts du PIB mondial, et comprennent les six premiers émetteurs de gaz à effet de serre. Mais certaines critiques s’inquiètent à l’idée de restreindre un groupe de travail à un seul sujet. Le temps des dirigeants est une denrée rare. Ils ne peuvent se permettre de participer à de nombreux sommets consacrés à chaque problème transnational. En outre, une géométrie variable de participation aux réunions pourrait affaiblir le développement d’une alchimie personnelle et l’ampleur possible des négociations, qui peuvent naître quand le même groupe de dirigeants se rencontre régulièrement pour aborder une plus grande gamme de sujets. L’ancien Premier ministre canadien Paul Martin, s’inspirant de son expérience personnelle auprès du groupe des 20 ministres des Finances aussi bien que du G8, a proposé un nouveau rassemblement informel qu’il appelle un « L-20, » le « L » signifiant qu’il est réservé aux leaders. Le L-20 se baserait sur les forces originales du côté informel et de la flexibilité du G8 pour constituer un forum consultatif sur des problèmes comme le réchauffement climatique, la santé mondiale et les gestions de conflits. Martin affirme que 20 personnes dans une pièce constituent probablement un nombre raisonnable pour tenter de s’attaquer à des problèmes difficiles concernant plusieurs domaines. Avec un groupe plus grand, la vraie discussion se perd, avec un groupe plus petit, une vraie représentation régionale est difficile. Il comprendrait le G8 actuel, d’autres économies dominantes, et de grandes puissances régionales sans considération de leur rang économique. Marcos de Azambuja, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères brésilien, pense également que la vie internationale ne peut être gérée seulement ou de prime abord par de vastes assemblées de presque 200 États avec d’énormes disparités en termes de poids économique et politique. Il suggère qu’un « L-14, » par exemple, constitue un groupe efficace pour représenter le monde dans son évolution, et pourrait rapidement être créé en agrandissant le G8 actuel pour inclure la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, le Mexique et un pays musulman. Quelle que soit la géométrie d’un tel groupe consultatif, il serait conçu pour compléter l’Onu dans sa prise de décision, et aiderait à galvaniser les administrations des gouvernements membres afin de résoudre des problèmes transnationaux cruciaux. Comme le G8, il servirait de catalyseur pour établir des programmes et concentrer l’attention des administrations nationales sur un ensemble de problèmes importants tout en préparant leurs chefs de gouvernement aux discussions. Le G8, par exemple, contribue souvent à l’avancée des cycles commerciaux internationaux, à la résolution des problèmes sanitaires publics, et à l’augmentation de l’aide à l’Afrique. Outre le problème de l’adhésion, il reste plusieurs questions à résoudre. Un tel rassemblement devrait-il disposer d’un secrétariat pour présenter les propositions communes, ou devrait-il uniquement s’appuyer sur les réunions des responsables nationaux ? La première option prend le risque de développer une nouvelle administration, mais la deuxième peut signifier renoncer à la continuité. Les articles devront-ils être échangés à l’avance, accompagnés de commentaires d’un secrétariat ou d’autres pays ? Comment préserver l’aspect informel et restreindre la taille des réunions ? Peut-être faudrait-il limiter les dirigeants à un seul aide dans la salle et leur interdire de lire des discours d’ouverture officiels. Aucune des propositions faites à ce jour n’est parfaite, et beaucoup de détails doivent être résolus. Mais le pendule est repassé de l’unilatéralisme au bilatéralisme, et les plus grands pays du monde cherchent des moyens de le rendre plus efficace. Les négociations prolongées et les impasses ne sont plus acceptables, car les problèmes les plus graves d’aujourd’hui ne peuvent se permettre d’attendre des solutions institutionnelles parfaites. * Joseph S. Nye enseigne à Harvard. Il est l’auteur de Soft Power : The Means to Success in World Politics. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.
Par Joseph S. Nye*

Le prochain président américain tirera forcément une leçon capitale des expériences de l’Administration Bush : celle de l’importance du multilatéralisme. Les concepts d’hégémonie américaine et de réponses unilatérales n’ont que peu de sens quand la plupart des défis graves auxquels sont confrontés les pays aujourd’hui, les problèmes comme le réchauffement climatique, les pandémies, la stabilité financière et le terrorisme, sont hors de contrôle même des plus grands des pays. Tous ont besoin d’une coopération multilatérale.
Les Nations unies peuvent jouer un grand rôle pour contribuer à légitimer et à appliquer des accords entre pays, mais même ses plus proches alliés admettent que sa grande taille, ses blocs régionaux rigides, ses procédures diplomatiques formelles et son...