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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Feu pourpre

Trop peu, trop tard ? Même si elle ne paraît pas idéalement emmanchée, l’initiative de l’Église maronite visant à rassembler les rangs chrétiens, dans la perspective de l’échéance présidentielle, est naturellement la bienvenue. Comme toute démarche de ce genre, elle comporte des chances de succès, mais aussi sa part de risques. Qu’elle vienne à capoter en effet et la fracture ne peut que s’aggraver, du moment qu’est crûment étalée alors – que se trouve consacrée, si l’on peut dire – l’atterrante impuissance des instances morales les plus hautes. Ces aléas, d’ailleurs, ne sont pas les seuls inhérents à la charge patriarcale, assumée depuis trois décennies par un prélat qui, le premier sous l’ère de la tutelle syrienne, leva l’étendard de la quête de souveraineté. Voué au service de la communauté maronite tout entière, le patriarcat, malgré ses très claires positions de principe, ne se sent pas en droit de favoriser certains groupes politiques plutôt que d’autres. Et pourtant, le patriarcat n’est pas à l’abri des critiques, pas toujours empreintes de respect, au demeurant : pour d’aucuns, il en fait trop ; et pour d’autres, pas assez. Cela étant dit, on peut certes regretter que cette idée de vastes assises maronites au siège patriarcal de Bkerké n’ait pas été avancée depuis des mois. On est à moins de deux semaines de la séance électorale de la deuxième chance, si tant est que le quorum des deux tiers de l’Assemblée sera atteint, après la réunion fantôme du 25 septembre. Diverses candidatures à la présidence de la République ont été annoncées entre-temps, ce qui pourrait requérir désormais des trésors de solidarité (et de diplomatie !) pour favoriser les désistements et autres retraits honorables. On peut s’étonner, de même, que les invitations aient été lancées avant que l’on se fût assuré que les convives étaient bel et bien disposés à se retrouver, sans conditions préalables, sous le même et auguste toit qui leur était proposé. En attendant mieux, c’est donc à la faveur de deux audiences distinctes, et à 24 heures de battement, que les ténors de la majorité et de l’opposition se retrouveront autour du cardinal Sfeir. Le patriarche prêtera sans doute une oreille attentive aux plaintes et doléances des uns et des autres. En revanche, on peut présumer qu’il tiendra à tous un seul et même langage. Par leurs implacables rivalités, les chrétiens, et plus spécialement les maronites, se retrouvent à l’arrière-plan des tractations visant à l’élection d’un président d’entente, même si les deux négociateurs en chef, Nabih Berry et Saad Hariri, se disent habités en permanence par les aspirations et appréhensions de cette communauté. Par leurs divisions, de même, les maronites vont jusqu’à compromettre la tenue même du scrutin présidentiel, ce qui achèverait de marginaliser en bloc cette même composante essentielle du tissu libanais à la réhabilitation de laquelle ils affirment tous œuvrer. Dans l’intimité feutrée du grand salon tendu de pourpre, le maître de Bkerké ne mâchera sans doute pas ses mots pour mettre en garde contre la suicidaire tentation du langage des armes : lequel, et en dépit des dures expériences du passé, montre à nouveau le bout de son vilain museau. Il est évident enfin que l’initiative de Bkerké jouit du soutien massif du Vatican, où a récemment séjourné le cardinal Sfeir. On notera que le Saint-Siège s’est abstenu d’envoyer à Beyrouth un délégué pontifical pour ne pas paraître douter de l’autorité du patriarche ; mais il ne peut qu’être sensible aux retombées qu’aurait tout dévoiement de l’échéance présidentielle sur la pérennité de cet extraordinaire pays message que chanta naguère le pape Jean-Paul II. C’est vrai que l’Église libanaise n’est pas la polonaise, qui libéra la Pologne du joug soviétique. Mais face au déferlement des fanatismes dont cette région du monde est le théâtre, comment ne pas constater que l’enjeu de cette présidentielle déborde largement, en réalité, le cadre libanais ? Issa GORAIEB
Trop peu, trop tard ? Même si elle ne paraît pas idéalement emmanchée, l’initiative de l’Église maronite visant à rassembler les rangs chrétiens, dans la perspective de l’échéance présidentielle, est naturellement la bienvenue. Comme toute démarche de ce genre, elle comporte des chances de succès, mais aussi sa part de risques. Qu’elle vienne à capoter en effet et la fracture ne peut que s’aggraver, du moment qu’est crûment étalée alors – que se trouve consacrée, si l’on peut dire – l’atterrante impuissance des instances morales les plus hautes.

Ces aléas, d’ailleurs, ne sont pas les seuls inhérents à la charge patriarcale, assumée depuis trois décennies par un prélat qui, le premier sous l’ère de la tutelle syrienne, leva l’étendard de la quête de souveraineté. Voué au service de...