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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Se moquer du monde

Quarantième semaine de 2007. C’est un monumental foutage de gueule. Impérial, surtout. Et ce ne sont ni l’index professoral et inquisiteur qu’il brandissait volontiers, ni l’énorme volume de décibels souvent atteint, ni cette casuistique doucereuse dans laquelle il noyait des argumentations que même un apprenti Sherlock Holmes aurait trouvées ridicules, et encore moins les interminables et ridicules tirs qui ont suivi sa prestation, qui auraient pu aider Hassan Nasrallah, en cette commémoration qui n’avait et ne doit avoir absolument rien de libanais – al-Qods ! –, à doter son discours de ce minimum syndical de crédibilité politique, qui commence sérieusement à faire défaut à une (trop) grande partie du landerneau libanais, toutes tendances confondues, mais opposition en tête. Israël a tué Gebran Tuéni, Pierre Gemayel et Antoine Ghanem. En assénant cette formule comme s’il citait une parole d’Évangile ou une sourate coranique, et en répétant à l’envi qu’il n’entend aucunement défendre la Syrie, Hassan Nasrallah pensait faire d’une pierre trois coups. Et c’est triplement raté. Un : créer l’événement. C’est raté : rarement, pour ne pas dire jamais, le patron du Hezb aura été aussi prévisible, et ce n’est pas en privilégiant une option qui contredit les certitudes de toute une planète, à quelques exceptions près – l’Iran, le Venezuela, le Belarus, la Corée du Nord, le public libanais du 8 Mars, et, naturellement, la Syrie –, et qui va à l’encontre de toute logique, qu’il pourra, des mois et des mois après le premier assassinat, signer un quelconque scoop. Deux : être scientifique. C’est encore raté : prétendant que la majorité, pour accuser Damas, ne se base que sur une lecture politique, Hassan Nasrallah n’a trouvé comme argument juridique qu’une analyse numérologique des explosions. Il a annoncé, tout fier, que les attentats contre Tuéni, Gemayel et Ghanem ont tous trois eu lieu la veille ou le jour même de l’adoption du tribunal spécial, de son statut et de la publication du rapport exécutif, omettant très volontairement l’assassinat de Walid Eido : la date de l’attentat du Sporting Club ne correspond à aucune réunion du Conseil de sécurité. Puis il a gentiment expliqué que tout cela signifie, donc, qu’Israël et les États-Unis sont derrière les trois crimes puisqu’ils souhaitent utiliser le tribunal à une fin bien précise : en finir avec le régime syrien. Serge Brammertz a dû s’étrangler avec son verre de vin, comme la totalité des futurs juges appelés à siéger au tribunal spécial et quasiment accusés par le patron du Hezb de n’être que des marionnettes que quelques milliers ou millions de dollars suffiront à acheter. Cerise sur le gâteau : Hassan Nasrallah demande à ses adversaires politiques rien moins que de faire le travail du chef de la commission d’enquête onusienne et du procureur du tribunal international, c’est-à-dire donner des preuves… Trois : piéger l’opinion publique libanaise en général et le 14 Mars en particulier. C’est toujours raté : Israël veut la discorde au Liban ? Sans aucun doute, mais la Syrie tout autant, sinon plus, ne serait-ce que pour justifier son retour. Israël a un réseau extrêmement fort dans les régions où les voitures ont explosé ? Peut-être, mais la Syrie certainement, sinon plus, après ses trente ans d’occupation et de tutelle sur la totalité du territoire libanais excepté le Sud. Sans compter cette inadmissible volonté de menotter psychologiquement et moralement la majorité par rapport à Israël : Israël tue vos leaders, et pourquoi ne le ferait-il pas, vous n’êtes, n’est-ce pas, ni ses frères, ni ses alliés, ni ses amis, a dit Hassan Nasrallah à l’adresse des pôles du 14 Mars. Irrecevable pour qui a compris que le Liban et tous les Libanais ont deux ennemis égaux à tous égards et qui, dans leur infinie collusion, se partagent parfaitement la tâche. Mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Passe encore la théorie un peu science-fiction, l’imagination débridée et la haine légitime et toute compréhensible d’Israël du secrétaire général du Hezbollah. Sauf que le tribun a dépassé toutes les attentes avec la présidentielle. Libre à lui de (se) persuader que ce n’est pas par faiblesse que l’opposition a cédé alors que chacune de ses fumeuses initiatives, à commencer par la clownerie du centre-ville, a lamentablement échoué ; libre aussi à lui, un des garants de la pérennité du wali el-faqih, de souhaiter à cor et à cri l’arrêt des ingérences étrangères dans le scrutin de cet automne, mais hurler son appel, en cas d’absence de ce consensus auquel il a pourtant exhorté, à un amendement pour une fois de la Constitution pour permettre une élection au suffrage universel, ou à la primauté de trois, voire cinq instituts de sondage pour que soit assurée la succession d’Émile Lahoud, voilà de quoi laisser pantois même le plus blasé des (télé)spectateurs. Le pire, au-delà de la surdémagogie et de la gifle assénée aux principes élémentaires de cette démocratie consensuelle qui, visiblement, commence sérieusement à le gêner, le pire, c’est le mensonge : vous voulez un président à 100 % made in Lebanon, laissez enfin, pour une fois, le peuple s’exprimer. Il ne s’est pas exprimé le peuple en 2005 pour élire ceux qui seront amenés, avant le 24 novembre, à voter pour le futur chef de l’État ? C’est inouï, même si le plus drôle restait à venir : se souvenant qu’il existe au Liban une Loi fondamentale, Hassan Nasrallah a rappelé qu’une élection à la majorité plus un des voix est anticonstitutionnelle et pire que le vide (à la bonne heure…), martelé sa préférence pour un homme – intègre, patriote, courageux, franc, loyal, pas esclave des ambassades et qui ne se laisserait pas acheter par une valise bourrée de millions de billets verts – plutôt que pour un programme (à la bonne heure…) et répété que cet homme-là existe w noss, mais sans jamais donner un nom. Drôle, certes, mais affligeant surtout. Hassan Nasrallah a tout pour devenir un homme d’État libanais au vrai sens du terme et il fait tout pour rester un chef de milice. Ziyad MAKHOUL
Quarantième semaine de 2007.
C’est un monumental foutage de gueule. Impérial, surtout. Et ce ne sont ni l’index professoral et inquisiteur qu’il brandissait volontiers, ni l’énorme volume de décibels souvent atteint, ni cette casuistique doucereuse dans laquelle il noyait des argumentations que même un apprenti Sherlock Holmes aurait trouvées ridicules, et encore moins les interminables et ridicules tirs qui ont suivi sa prestation, qui auraient pu aider Hassan Nasrallah, en cette commémoration qui n’avait et ne doit avoir absolument rien de libanais – al-Qods ! –, à doter son discours de ce minimum syndical de crédibilité politique, qui commence sérieusement à faire défaut à une (trop) grande partie du landerneau libanais, toutes tendances confondues, mais opposition en tête.
Israël a tué Gebran Tuéni,...