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Actualités - Opinion

Hymne au Liban

C’est une vieille chanson qui le dit : « Je ne suis pas curieux, mais je voudrai savoir... » En ai-je le droit, en tant que citoyen ? Ou vaut-il mieux se taire, vu qu’il s’agirait de poser une question à l’adresse du personnage le plus haut placé dans notre République ? Loin de moi l’idée d’ironiser ou, encore moins, d’écorcher de quelque façon la sensibilité de celui qui « préside » aux destinées de notre patrie depuis neuf longues années. Ne serait-ce que par respect pour la plus haute magistrature de l’État. On est bien élevé ou on ne l’est pas. Moi, modestement, je pense l’être et je pose, très respectueusement à qui de droit, la question qui continue à brûler les lèvres et qui appelle une réponse plus sérieuse que les gloussements que j’ai entendus ou les effets d’humeur provoqués dans un milieu où les gens n’admettent pas d’être pris pour des imbéciles. Il y a quelques jours, à New York et à la tribune de l’ONU, notre président, à peine débarqué, s’embarquait dans la diatribe traditionnelle et tout à fait louable qui consiste à justifier la politique libanaise et défendre, bec et ongles, la souveraineté sacro-sainte de notre pays. Une fois débitées les formules d’usage et prises les précautions de langage en présence des représentants du monde entier, notre responsable en chef a martelé sa phrase-clé sur la « non-intervention étrangère demandée » par rapport à « nos affaires intérieures », échéances présidentielle et électorales comprises, en sous-entendu... Ce à quoi il a eu non seulement raison, mais aussi, mais surtout le devoir de veiller. Il serait inutile, je pense, de revenir sur les réactions, compréhensibles ou pas, des uns et des autres devant un sujet archigalvaudé, âprement débattu et qui a fait notre malheur à nous, Libanais, depuis si longtemps. Alors il faut bien que les choses soient dites, noir sur blanc, et une bonne fois pour toutes. Dans l’entendement de notre président et celui, hélas, d’une partie de nos concitoyens, musulmans et chrétiens confondus, les « interférences étrangères », dès qu’il s’agit du Liban, ne sont que les interventions évidemment non permises de la part des pays tant occidentaux qu’africains ou asiatiques et même, tout récemment, arabes. Tous, sauf la Syrie qui semble, d’après une logique particulière, ne pas devoir mériter l’infâme qualificatif. Si c’est ainsi que notre président l’entend, alors, oui, il a mille fois raison de déclarer ce qu’il a dit. Lui et ceux qui pensent comme lui. N’en déplaise à Bernard Kouchner et à tous ceux, ici, qui, comme l’humble auteur de cet article, ont eu la malchance d’avoir été formés à l’école cartésienne. Or, si pour vous, Monsieur le président, la Syrie et ses alliés ne peuvent être perçus comme « étrangers » par rapport aux Libanais, vous ne pouvez pas rester sans savoir que la grande majorité des Libanais aujourd’hui, sunnites et druzes en tête (alléluia !), considère que le régime voisin, faux frère à tout prendre, est bel et bien, et depuis belle lurette, l’ennemi numéro un de tout ce qui s’appelle « indépendance libanaise ». Certains d’entre nous auront mis un siècle pour le réaliser. Ils n’en sont que plus profondément remerciés. Pour nous, voyez-vous, être un étranger par rapport à quelqu’un ne signifie nullement être son ennemi. C’est tout simplement être « hors » de ses préoccupations domestiques. Nous, en tout cas, sommes et resterons très consciencieusement « étrangers » à la vie sociale, économique ou politique de la Syrie. Et si donc nous, Libanais, nous nous considérons comme étrangers par la force des choses quotidiennes face aux Syriens, à plus forte raison les Syriens eux-mêmes doivent-ils s’accepter comme tels par rapport à nous. Qu’on l’admette ou pas, qu’on le calcule politiquement ou hypocritement, les faits sont là. Peu importe que nous parlions la même langue : nous n’avons pas les mêmes claviers et pas davantage les mêmes intérêts. Peu importe que nous confessions les mêmes doctrines religieuses et que nous soyons voisins. Que de pays se trouvent dans la même situation et se comportent, cependant, en parfaits étrangers les uns par rapport aux autres, voire en ennemis parfois : la Jordanie, la Palestine, l’Égypte en sont les exemples les plus probants. Que nous devrions, un jour (inchallah !), nous retrouver tous réunis au sein d’une communauté arabe du Moyen-Orient, il n’y a aucun mal à cela. Au contraire, nous connaîtrions la prospérité. À preuve, l’Europe, l’Amérique latine, bientôt l’Afrique. Mais que nous prétendions que la Syrie actuelle doive être partie prenante dans nos règlements intérieurs et défendre cette thèse par-devers les chancelleries du monde civilisé, il y a là un abus aussi inadmissible que comique. Celui qui écrit appartient à une famille dont la moitié est de souche syrienne. Ce n’est pas pour autant qu’il faille tourner le dos à tout ce qui fait la valeur d’un Liban moderne, membre d’une organisation mondiale. La vie dans ce pays, Monsieur le Président, malgré toutes les vicissitudes dues à ceux qui refusent de le comprendre, reste l’une des vies les plus agréables de la planète. Malgré le marasme politique ambiant, malgré la corruption galopante, malgré les trous sur la chaussée et les trous de mémoire. Le Liban n’est pas la Syrie et ne le sera jamais. Parce que nous ne le voulons pas. Non par orgueil, ni par fantaisie. Mais parce que nous cesserions d’être fidèles au message humain et universel dont nous avons tout lieu d’être fiers et que des circonstances uniques dans l’histoire de notre cher pays auront tissé exceptionnellement pour nous. Nous devrions nous glorifier d’être « seulement » libanais d’abord et donc d’être « nets » de toute affiliation à quelque pays ou à quelque régime que ce soit. Si la « valeur n’attend pas le nombre des années », elle ne dépend pas non plus de l’exiguïté d’un territoire. Nous sommes dans un monde d’interaction à tendance unitaire, c’est vrai. Mais c’est d’autant plus vrai que chaque pays se doit de conserver sa propre personnalité politique afin de mieux mettre en évidence la mosaïque colorée d’une pluralité souhaitée. « L’union différencie », a plaidé l’un des plus brillants penseurs du XXe siècle. Comprenne qui peut ! Comprenne qui veut ! Quant à nous, Libanais libres et néanmoins intelligents, nous ne permettrons plus dorénavant qu’il en soit autrement. Je le souhaite, je le pressens, je prie Dieu de nous l’accorder. Il est temps de tenir plus dignement notre rôle face au monde. Louis INGEA Architecte d’intérieur
C’est une vieille chanson qui le dit : « Je ne suis pas curieux, mais je voudrai savoir... »
En ai-je le droit, en tant que citoyen ? Ou vaut-il mieux se taire, vu qu’il s’agirait de poser une question à l’adresse du personnage le plus haut placé dans notre République ?
Loin de moi l’idée d’ironiser ou, encore moins, d’écorcher de quelque façon la sensibilité de celui qui « préside » aux destinées de notre patrie depuis neuf longues années. Ne serait-ce que par respect pour la plus haute magistrature de l’État. On est bien élevé ou on ne l’est pas. Moi, modestement, je pense l’être et je pose, très respectueusement à qui de droit, la question qui continue à brûler les lèvres et qui appelle une réponse plus sérieuse que les gloussements que j’ai entendus ou les effets d’humeur provoqués...