Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB République des cendres

Quitte à céder à la tentation du symbole facile, on n’aura pu s’empêcher de voir dans tous ces incendies de forêts qui, en l’espace de quelques heures hier, ont embrasé le Liban, comme une sorte de brûlant avertissement : Dame Nature entreprenant de nous rappeler sévèrement que nous vivons – à tous points de vue – sur un volcan. Les désastres écologiques, nous n’y sommes pas pour peu hélas. Car non contents de livrer méthodiquement leurs côtes et leurs montagnes aux assauts d’un béton qui, trop souvent, n’est pas du meilleur goût, les Libanais se complaisent dans une coupable négligence, même quand ce n’est plus l’esthétique seule qui est en jeu. En même temps que les coquilles de pistaches ou d’amandes ou mieux encore les kleenex sales, on balance couramment les mégots à travers la portière en roulant ; et c’est à tous azimuts que l’on tire ces feux d’artifice du samedi soir qui viennent apaiser notre pathologique nostalgie des détonations, explosions et autres conflagrations. À tant d’inconscience s’ajoute le fait que l’admirable dévouement, voire l’héroïsme des équipes de défense civile ne peut pas toujours pallier l’insuffisance des équipements : phénomène que l’on a pu d’ailleurs observer sur le plan militaire lors de l’interminable éruption du camp de Nahr el-Bared. Quand on est vulnérable on l’est de toutes parts cependant, et c’est bien le cas de notre petit pays. Ce n’est pas parce qu’il est vert de naissance que le Liban est à l’abri de la sécheresse, laquelle transforme les buissons en vicieuses torches de paille : cela sans parler de la sécheresse qui inonde les cœurs de ces plus conviviaux des hommes que sont les Libanais, dès lors qu’est instillé le venin confessionnel dans le débat politique. À l’inverse, c’est précisément parce qu’il est un château d’eau miraculeusement surgi non loin du désert que ce même Liban, objet de tant de convoitises et d’ingérences régionales, est si prompt à flamber ; une fois survenu l’irréparable et apparue la première flammèche c’est avec la rapidité de l’éclair que se déplace l’incendie, d’un bout à l’autre du pays... C’est cette fatale collusion entre fragilité congénitale, laxisme naturel et manœuvres criminelles, qu’elles soient déployées du dedans ou du dehors, que nous devons apprendre enfin à affronter. À maintes reprises dans le passé, de vastes espaces boisés ont été réduits en tas de cendres par le soin de promoteurs immobiliers ; des suspects ont même été localisés, mais c’est tout : les choses se passant comme si la gravité de la crise politique dispensait l’État – et plus particulièrement les services de sécurité et la justice – de préoccupations aussi futiles que la préservation du patrimoine forestier. Dans l’état de viol permanent doublé de paralysie étatique qu’endure notre pays, comment le simple citoyen ne songerait-il pas toutefois à l’éventualité d’incendiaires d’un autre type, acharnés ceux-là à détruire dans le seul but de détruire, de punir, de fragiliser tant et plus, de déstabiliser, d’user ce minuscule pays qui persiste à ne pas laisser faire ? Pour rester dans la note de ce colossal bûcher, un dernier mot à propos de ceux qui ne ratent pas une seule occasion de jeter de l’huile sur le feu. Leur huile pas du tout sainte, certains d’entre eux sont même capables de la larguer du haut des airs : tel ce président qui, dans l’avion le ramenant de New York, trouve moyen de constater que la cohorte de martyrs de l’indépendance était tout bénéfice en somme pour le 14 Mars, le départ des Syriens et la mise en place d’un tribunal international en étant la magistrale preuve. C’est voler haut finalement, 10 000 mètres d’altitude ? Issa GORAIEB
Quitte à céder à la tentation du symbole facile, on n’aura pu s’empêcher de voir dans tous ces incendies de forêts qui, en l’espace de quelques heures hier, ont embrasé le Liban, comme une sorte de brûlant avertissement : Dame Nature entreprenant de nous rappeler sévèrement que nous vivons – à tous points de vue – sur un volcan.
Les désastres écologiques, nous n’y sommes pas pour peu hélas. Car non contents de livrer méthodiquement leurs côtes et leurs montagnes aux assauts d’un béton qui, trop souvent, n’est pas du meilleur goût, les Libanais se complaisent dans une coupable négligence, même quand ce n’est plus l’esthétique seule qui est en jeu. En même temps que les coquilles de pistaches ou d’amandes ou mieux encore les kleenex sales, on balance couramment les mégots à travers la portière...