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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Gaza / Ibiza

Trente-neuvième semaine de 2007. C’est de la sorcellerie. Tellement qu’à ce rythme-là, sans même y introduire l’ensemble des données, le plus perfectionné des ordinateurs se planterait royalement. Walid Joumblatt a énuméré les risques graves pour le Liban qu’entraînerait l’élection d’un président consensuel ; ils sont tellement nombreux qu’il pourrait en faire une encyclopédie en six volumes. Samir Geagea et Saad Hariri ont rappelé à qui auraient été tentés de l’oublier que les candidats du 14 Mars sont Nassib Lahoud et Boutros Harb ; le premier reste circonspect, très ferme et d’une prudence de Sioux, le second, qui sera jeudi à la Maison-Blanche, affiche volontiers un superoptimisme débridé. Tous les trois, et, au-delà, le 14 Mars en général, continuent de dire tout haut ce qu’une très grande partie des peuples d’ici et du monde pense plus bas : la Syrie œuvre pour un gros big-bang au Liban. Nabih Berry veut une candidature de consensus, un président de consensus, une Constitution de consensus, et le reste à l’avenant ; il cherche surtout à être celui par qui la lumière rejaillira sur l’ensemble du pays – il s’y prend pourtant comme un manche. Quant au Hezbollah, il continue certes d’accuser une partie de la majorité d’être sous tutelle américaine (pour qui obéit aux diktats du wali el-faqih, voilà une pudeur bien fantaisiste, que le reproche qu’ils font soit fondé ou non…), il continue d’assurer qu’il se moque du nom, mais qu’il ne soutiendra aucun président qui refusera de renforcer le potentiel de la Résistance, de préserver son existence et son armement (et tant pis pour la reconstruction de l’État et l’application des résolutions internationales…) ; sauf que le voilà qui s’avance mesurément optimiste, et c’est en soi une belle surprise ; on penserait volontiers que cela se réchauffe entre Washington et Téhéran... Michel Aoun aussi fait montre d’une jolie et surprenante ouverture à l’autre et aux autres (mais uniquement les jours pairs, les impairs étant consacrés aux attaques vitriolées contre la majorité), tout en exigeant d’une façon inconditionnelle d’être le prochain chef de l’État ; il va même jusqu’à préciser que le bon Dieu se fâcherait s’il n’était pas élu. Sans oublier Michel Murr, que rien ni personne ne persuadera que l’occupation syrienne est terminée et qu’il n’est plus faiseur de quoi/qui ce soit, et qui balaie d’un revers agacé de la main les recommandations de la communauté internationale et du Conseil de sécurité de l’ONU, pensant présider, en sa chère Amara, et en lieu et à la place de sa fille, une quelconque réunion de la Confédération des municipalités du Metn ; mais même l’ancien vice-président du Conseil des ministres y va de son petit trémolo de confiance, se met à rêver d’un éventuel bain de champagne avant le 23 octobre et, soudain grand seigneur, rappelle que si le salut du pays l’exigeait, un candidat devrait ouvrir la voie à d’autres. Et tout cela, tous ses antagonismes, toutes ses exigences, ce noir et ce blanc doivent se mélanger, se mixer, se remixer et accoucher du prochain président de la République libanaise, lequel, s’il était sorti d’un des chapeaux de quelque Houdini, aura à faire respecter dix, cent, mille agendas souvent diamétralement opposés. Qu’est-ce que c’est sinon un pur et somptueux foutage de gueule ? Quel est l’être humain qui pourra résumer en sa seule et unique personne Hanoi et Hong-Kong, le sea, sex and sun et la guerre éternelle, la vocation au martyre et l’hédonisme au quotidien, l’ouverture au monde et l’autarcie ? Tous les ordinateurs du monde n’y pourraient rien… Il est très difficile, voire quasi impossible de se mettre d’accord. La mise en garde de Waël Bou Faour à Bkerké, au nom du PSP et de son chef, n’est rien d’autre que la traduction d’une métallique et indiscutable réalité : ce n’est pas sur la personne ou les caractéristiques du successeur d’Émile Lahoud qu’un consensus doit aboutir, même pas sur sa vision, mais sur l’identité du Liban. Fouad Boutros avait visé en plein dans le mille il y a quelques jours : la question de la présidentielle n’est qu’une partie infime d’un tout bien plus problématique. Si cette multitude d’identités meurtrières qui a fait le terreau et le bonheur des Assad père et fils avait pu fusionner en une seule, cela se serait fait il y a bien longtemps, sur cette fumeuse table de dialogue par exemple. Il ne sert à rien de pleurer sur des ruines, même divines : il doit bien exister un Libanais jongleur de génie, Jekyll/Hyde éclairé, Harry Potter ou bâtisseur-pédagogue – tout autre personne ne servirait qu’à retarder un tout petit peu l’implosion. Ceux qui ne veulent pas de la partition du Liban devraient contribuer à trouver ce surhomme d’ici à 24 jours : il serait dommage et extrêmement dommageable qu’il n’y ait pas d’élection le 23 octobre. Qui cherche vainement ses lunettes doit penser d’abord à regarder sur son nez : une fois sur deux, elles y sont. Ziyad MAKHOUL
Trente-neuvième semaine de 2007.
C’est de la sorcellerie. Tellement qu’à ce rythme-là, sans même y introduire l’ensemble des données, le plus perfectionné des ordinateurs se planterait royalement.
Walid Joumblatt a énuméré les risques graves pour le Liban qu’entraînerait l’élection d’un président consensuel ; ils sont tellement nombreux qu’il pourrait en faire une encyclopédie en six volumes. Samir Geagea et Saad Hariri ont rappelé à qui auraient été tentés de l’oublier que les candidats du 14 Mars sont Nassib Lahoud et Boutros Harb ; le premier reste circonspect, très ferme et d’une prudence de Sioux, le second, qui sera jeudi à la Maison-Blanche, affiche volontiers un superoptimisme débridé. Tous les trois, et, au-delà, le 14 Mars en général, continuent de dire tout haut ce qu’une très...