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Actualités - Opinion

Botoxage

Un point d’inflexion modifie fondamentalement une courbe, aussi rapide, aussi violente que soit son évolution. Il est des points d’inflexion qui naissent spontanément, qui explosent parfois, et qui s’imposent en un fulgurant processus, quelques minutes, quelques heures à peine après un séisme. Il en est d’autres pour l’apparition desquels il faut un travail minutieux, patient, tatillon presque ; ou bien la concordance d’un certain nombre de paramètres, une conjoncture astrale en quelque sorte. Il en est des troisièmes, enfin, dont l’origine ne laisse aucun doute, et qui n’autorisent pas le moindre questionnement : ceux-là sont d’une évidence folle. Nassib Lahoud a résumé la journée parlementaire d’hier à un non-événement. Il a sans doute mille fois raison. Sauf qu’aujourd’hui, pour le moment, la cartographie des rapports entre la majorité et l’opposition semble s’être un peu apaisée, la forme est un peu plus soft, les angles un poil plus arrondis ; aujourd’hui, la forme y est. Loin de suffire, ce polissage, ce coup de blush était pourtant nécessaire ; il est le résultat de trois points d’inflexion. Un : Antoine Ghanem a été assassiné à quelques enjambées de la première séance électorale et cela porte à six, depuis 2005, le nombre d’élus de la nation immolés sur l’autel désormais un peu branlant de la souveraineté. C’est énorme ; et si bien des appréhensions laissent à penser qu’il n’est pas l’ultime, ce dernier assassinat en date a été celui de trop. Surtout par son timing. Et au-delà de ses prises de position certes irrecevables mais somme toute compréhensibles, l’opposition, bon gré mal gré, a admis qu’il y a là quelque chose qui ne tourne plus rond. Qu’elle ne peut plus ne pas réagir, du moins dans la forme. Et elle l’a fait. On est bien loin du compte, mais mieux vaut tard que jamais. Deux : jamais négligeables, les poignées de main et les échanges de sourires sont presque aussi importants que la reprise des entretiens en tête à tête et que ces discussions en tant que telles. Que ce soit à Bkerké lundi, entre Nasrallah Sfeir et Nabih Berry, dans le bureau place de l’Étoile de ce dernier hier avec Saad Hariri, puis Nayla Moawad, puis Sethrida Geagea, ou que ce soit entre les députés de la majorité et certains de leurs collègues de l’opposition dans un hémicycle enfin ressuscité, même si la résurrection s’est limitée à la stricte image, à la stricte apparence, ces rencontres-là, ce travail-là étaient destinés à porter quelques fruits. Sans compter l’énergie déployée sans discontinuer les dernières 36 heures par une troïka visiblement déterminée à n’économiser aucun effort : Abdel-Aziz Khoja-Jeffrey Feltman-André Parant. Il y a détente, d’une part comme de l’autre : les mots deux tiers et moitié plus un n’ont pas été prononcés, et la distribution des rôles entre Joumblatt, Geagea et Hariri a été presque parfaite, les nécessaires mises en garde pour le druze et le chrétien, l’optimisme pour le sunnite au sortir de ses tête-à-tête avec le chiite. On est bien loin du compte, mais les progrès sont là. Trois : Il y a quelques semaines, Michel Murr, à qui l’on peut tout reprocher sauf d’être un saisissant animal politique, a clairement fait comprendre, devant des caméras et des micros, qu’après le 25 octobre, si aucun consensus ne naissait autour de la candidature à la présidentielle de Michel Aoun, ce dernier se transformera en grand électeur, parce que son caractère l’empêche de contribuer d’une façon ou d’une autre à la ruine du pays. À la bonne heure : le presque radical changement de ton du chef du CPL s’est concrétisé par un appel solennel à un dialogue franc pour sauver le Liban. Suffisamment rare pour être relevé et applaudi, ce revirement a constitué l’un des points forts, et surprenants, de la journée d’hier. Mais… Un point d’inflexion, pratiquement à chaque fois, n’est jamais pérenne, toujours conjoncturel ; par définition mouvant et naturellement suivi d’un autre aux effets diamétralement opposés. Il est indispensable, pour traduire les signaux positifs de ce 25 septembre, que la majorité comme l’opposition se transcendent. Une piqûre de Botox isolée ne sert à rien. Que le maquillage se transforme en opération de chirurgie plastique. De dedans. Que la majorité fasse en sorte de proposer un candidat de consensus, garant de toutes les constantes du 14 Mars et capable de donner confiance au 8 Mars, de l’inclure dans la dynamique de la révolution du Cèdre, dans la construction définitive de l’État. Que l’opposition soit pleinement consciente que si elle ne déploie pas les mêmes efforts, l’élection d’un président à la moitié plus un sera inéluctable, irréversible, parce que le vide constitutionnel comme la non-résurrection de la première magistrature, plus que tout, restent inadmissibles. De part et d’autre, la pugnacité, la ténacité, la sueur et, surtout, la bonne volonté sont urgentes. Chaque jour qui passe est un jour de perdu, un pas de plus vers le désordre : rien n’empêche que cette fameuse séance parlementaire administrative du 16 octobre se transforme en séance électorale. Les jeux de langue à propos du quorum de la séance d’hier sont stériles : il y aura un président au plus tard le 25 novembre au matin ; mieux vaut que les Libanais se réveillent bien avant avec la certitude, enfin, qu’Émile Lahoud a été remplacé et que, enfin, Baabda va retrouver (tout) son prestige. Ziyad MAKHOUL
Un point d’inflexion modifie fondamentalement une courbe, aussi rapide, aussi violente que soit son évolution. Il est des points d’inflexion qui naissent spontanément, qui explosent parfois, et qui s’imposent en un fulgurant processus, quelques minutes, quelques heures à peine après un séisme. Il en est d’autres pour l’apparition desquels il faut un travail minutieux, patient, tatillon presque ; ou bien la concordance d’un certain nombre de paramètres, une conjoncture astrale en quelque sorte. Il en est des troisièmes, enfin, dont l’origine ne laisse aucun doute, et qui n’autorisent pas le moindre questionnement : ceux-là sont d’une évidence folle.
Nassib Lahoud a résumé la journée parlementaire d’hier à un non-événement. Il a sans doute mille fois raison. Sauf qu’aujourd’hui, pour le moment, la...