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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Courrier aérien

Ah, qu’en termes galants ces choses-là viennent d’être dites... Ainsi donc, Ehud Olmert affirme avoir le plus grand respect pour les dirigeants syriens : mieux encore pour la politique syrienne, une politique que ne cesse de fustiger pourtant, soir et matin, l’Américain George Bush, qui cite à ce propos les menées déstabilisatrices de Damas en Irak, en Palestine et au Liban. D’autant plus remarquables sont ces doux propos qu’ils surviennent dans la foulée du raid mystérieux (et qui n’avait, lui, rien de respectueux) effectué à l’aube du 6 septembre par l’aviation israélienne quelque part dans le Nord syrien. Israël n’a toujours pas levé le voile sur les objectifs réels, comme sur les résultats, de cette opération ; la Syrie, dans sa plainte à l’ONU, a eu recours quant à elle à un charmant euphémisme quand elle a fait état de munitions larguées sur son territoire. Spéculations et révélations n’ont pas manqué en revanche, évoquant la destruction tantôt de convois d’armements destinés au Hezbollah, et tantôt d’équipements nucléaires tout juste livrés par la Corée du Nord. Pour l’heure cependant, le seul résultat prouvé est ce substantiel regain de popularité d’Olmert, qui, depuis l’été 2006, était en chute libre dans les sondages. Savamment administrée, l’odeur de la poudre peut être bonne pour le moral : surtout celui d’une armée israélienne longtemps parée d’une réputation d’invincibilité et qui attend peut-être l’occasion de retrouver, à la faveur de quelque coup d’éclat, cette insolente assurance qu’ébranla fortement la guerre au Liban. Une telle réhabilitation, opérée sur le terrain, est absolument vitale en effet pour un État à vocation guerrière aussi prononcée qu’Israël. C’est dire que la pommade ne saurait dissimuler l’abcès. Ehud Olmert, rejoint hier par Shimon Peres, fait assaut de civilités envers Damas et se prête – bien que sans grande conviction – au dialogue avec le Palestinien Mahmoud Abbas ; mais ce n’est sans doute pas la paix qu’il recherche en préparant, avec une aussi discrète ostentation, une action de guerre, sinon la guerre. Elle aussi, la Syrie a tiré les leçons de l’été 2006. Elle a fait sienne la divine victoire du Hezbollah, sans trop se soucier de l’embarras que pouvait lui causer la performance libanaise de la guérilla, comparée au calme total qui règne depuis près de trois décennies et demie au Golan. Mais surtout, Damas a redécouvert les vertus de cette arme du pauvre et du faible : le missile, qu’il serve à fracasser des chars ou à arroser les agglomérations, comme cela fut le cas en riposte aux sauvages bombardements aériens contre des objectifs civils libanais. À ces engins, livrés en abondance durant les derniers mois par la Russie et la Corée du Nord, se seraient ajoutés des missiles antiaériens ultramodernes dont il n’est pas exclu qu’Israël ait vainement cherché, le 6 septembre, à tester l’efficacité. À la lumière du précédent irakien (et encore celui-ci ne se fondait-il que sur de fausses accusations de détention d’armements chimiques), à la lumière aussi des tensions et autres bruits de bottes suscités par l’affaire iranienne, une telle hypothèse paraît plus vraisemblable, en tout cas, que celle d’une quête syrienne de la capacité nucléaire. Toujours est-il que ces effluves de poudre flottant littéralement dans l’air (pourquoi donc ces intenses survols à basse altitude du Sud, hier ?) sont particulièrement mal venus en ce moment pour le Liban, déjà plongé dans les affres d’une grave crise interne. Pourquoi le Liban ? Parce que notre pays a toutes les raisons de craindre les retombées locales des chocs pouvant se produire – serait-ce même par procuration seulement – entre la Syrie et Israël. Et parce que plus néfastes encore peuvent être les concordances objectives d’intérêts entre ces deux ennemis intimes que sont ses remuants voisins. Issa GORAIEB
Ah, qu’en termes galants ces choses-là viennent d’être dites... Ainsi donc, Ehud Olmert affirme avoir le plus grand respect pour les dirigeants syriens : mieux encore pour la politique syrienne, une politique que ne cesse de fustiger pourtant, soir et matin, l’Américain George Bush, qui cite à ce propos les menées déstabilisatrices de Damas en Irak, en Palestine et au Liban.

D’autant plus remarquables sont ces doux propos qu’ils surviennent dans la foulée du raid mystérieux (et qui n’avait, lui, rien de respectueux) effectué à l’aube du 6 septembre par l’aviation israélienne quelque part dans le Nord syrien. Israël n’a toujours pas levé le voile sur les objectifs réels, comme sur les résultats, de cette opération ; la Syrie, dans sa plainte à l’ONU, a eu recours quant à elle à un charmant...