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Actualités - Opinion

Monter vers Canossa

C’est dans ses gènes, et c’est décidément plus fort que lui : toujours donner cette impression d’être indispensable et cette folle nostalgie d’une pourtant sinistre tutelle, qui lui permettait au moins de se poser en faiseur absolu de rois… Sa mémoire n’étant visiblement pas soluble dans sa drôle d’alliance avec le CPL, le très pragmatique Michel Murr n’aime rien davantage que ces moments qui ressuscitent un sentiment ; ces déplacements intempestifs et interminables genre Philip Habib aux pires heures libanaises ; ces effets de manches et autres annonces quasi messianiques à ses chers compatriotes et qu’il veut plus importantes que le fait en tant que tel ; ce n’ayez crainte, je suis là et cette certitude légèrement ronflante de ne pas être la mouche du coche – tellement pathétique que cela finit par en devenir presque touchant… Ainsi, a confirmé l’ancien faiseur, le patriarche maronite et le président de la Chambre se rencontreront bien avant la fin de la semaine. À la bonne heure. C’est nécessaire, mais loin d’être suffisant. Le sage Nasrallah Sfeir et Nabih Je lis la Constitution comme et quand je veux Berry savent pertinemment que rien ne se fera le 25 septembre, date à laquelle la majorité enverra probablement à la Chambre une quarantaine de ses députés pour faire acte symbolique de présence, sous les regards de quelques-uns de leurs collègues de l’opposition ; les deux hommes savent aussi qu’il faudra attendre les discussions bilatérales en marge de l’Assemblée générale des Nations unies la semaine prochaine et notamment celle, encore un peu virtuelle, entre le Français Bernard Kouchner et le Syrien Walid Moallem ; ils savent également que le n°2 de l’État pourrait être amené, du 25 septembre au 16 octobre, probable prochaine séance électorale, à prendre l’avion et s’en aller visiter les coulisses du Vatican, de Ryad, du Caire et même de Damas… Quoi qu’il en soit, les deux hommes auront nécessairement beaucoup de choses à se dire. Si Nabih Berry se fera un (malin…) plaisir de répéter toutes les appréhensions, les obsessions et les revendications du Hezbollah, et s’il essaiera de rassurer un tant soit peu le patriarche sur les desseins et la tactique de l’opposition dans les semaines à venir, s’il tentera de lui promettre que l’annexion du centre-ville n’est pas pérenne, le maître de Bkerké réaffirmera sans aucun doute à son interlocuteur les points forts du huitième appel annuel des évêques maronites qui sera rendu public aujourd’hui ; un texte aussi important sinon plus, dit-on, que le premier d’entre eux, celui de septembre 2000, et qui sera principalement axé sur l’échéance de l’avant-24 novembre. Un texte, selon l’agence al-Markaziya citant une source ecclésiastique, qui exigera des deux parties en conflit qu’elles ne s’obligent pas l’une l’autre à recourir à des extrémités malheureuses, le boycottage de la part de l’opposition (qui équivaudra pour Mgr Sfeir au boycottage de la nation), le recours à la moitié plus un par la majorité. Le patriarche redira certainement à Nabih Berry son attachement à un futur président capable, un : de remettre les chrétiens en particulier et les Libanais en général sur les (bons) rails, deux : de redonner confiance dans le Liban, trois : de mettre un terme à l’hémorragie politique et économique et, surtout, à l’émigration. Mais Mgr Sfeir insistera tout autant sur son refus d’un président faible, lequel, relève la même source ecclésiastique, restera faible durant tout son mandat ; le patriarche maronite veut un homme fort, pas du biceps, naturellement, mais fort dans sa tête, à même d’imposer, par sa sagesse, les solutions adéquates. Un homme, donc, qui fera siennes toutes les constantes du 14 Mars, et qui sera en mesure d’inspirer le minimum de confiance nécessaire aux leaders de la communauté chiite afin qu’ils consentent, peut-être à la demande de Téhéran, de lui accorder le bénéfice du doute, de le tester d’une façon ou d’une autre ; c’est-à-dire, plus concrètement, de ne pas empêcher son élection, mais d’attendre pour, éventuellement, abonder dans une opposition que les Libanais espèrent, cette fois, intelligente et, surtout, démocratique. Nabih Berry doit nécessairement assimiler tout cela, d’autant que le mal vient de bien plus loin, que le problème est bien plus profond : plus important que le nom du successeur d’Émile Lahoud, plus important encore que la nature de la feuille de route qui devrait nécessairement être la sienne (respect de la Constitution, application de toutes les résolutions onusiennes, redressement économique, etc.), plus important encore que de savoir quels devraient être les remparts contre tous les nouveaux putschs et autres coups de boutoir contre l’État, il y a les dossiers de fond. Le très éclairé Fouad Boutros l’a rappelé hier, sur le perron de l’archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth, et il est indispensable que tout le monde l’ait parfaitement entendu. Le président de la Chambre (à mi-temps) aura, aussi, beaucoup de choses à dire de Bkerké. Et tout le monde souhaite que, cette fois, il n’ait pas un œil sur les caméras et l’autre vers Damas. Ziyad MAKHOUL
C’est dans ses gènes, et c’est décidément plus fort que lui : toujours donner cette impression d’être indispensable et cette folle nostalgie d’une pourtant sinistre tutelle, qui lui permettait au moins de se poser en faiseur absolu de rois… Sa mémoire n’étant visiblement pas soluble dans sa drôle d’alliance avec le CPL, le très pragmatique Michel Murr n’aime rien davantage que ces moments qui ressuscitent un sentiment ; ces déplacements intempestifs et interminables genre Philip Habib aux pires heures libanaises ; ces effets de manches et autres annonces quasi messianiques à ses chers compatriotes et qu’il veut plus importantes que le fait en tant que tel ; ce n’ayez crainte, je suis là et cette certitude légèrement ronflante de ne pas être la mouche du coche – tellement pathétique que cela finit par...