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Actualités - Opinion

Épicentre

Il ne pourra sans doute jamais prétendre au podium du meilleur président de la Chambre, pas même le frôler, mais il obtient déjà, hors-concours, la palme du plus adroit des contorsionnistes, fascinant homme-caoutchouc, maestro du je retombe toujours sur mes pieds, du je tire toujours en premier mes marrons du feu. Noyauté, dissous dans les divins acides du Hezbollah, le chef d’Amal entend bien inscrire son nom, sur toutes les lèvres depuis son one-man-show de Baalbeck, dans les livres d’histoire comme l’homme qui a pu extraire la présidentielle 2007 de la déchetterie dans laquelle elle finissait de pourrir – et donc le Liban de son agonie institutionnelle et existentielle. Rien que ça. La fameuse/fumeuse initiative de Nabih Berry avait été saluée dans ces colonnes dès son annonce, pour, un : son bon sens (l’exigence d’un gouvernement d’union nationale avec tiers de blocage avant la présidentielle était une ridicule turlupinade), deux : son intérêt cinétique ; elle a mis en mouvement quelque chose, elle a dynamité le surplace qui n’en finissait pas de finir. Cette initiative, qui n’est finalement qu’une pure transaction commerciale, et qui a essayé, en renvoyant les différents pôles du 14 Mars à leurs contradictions et leurs ambitions, de rompre cette espèce d’équilibre de la terreur qui avait fini par s’instaurer entre les deux camps, est surtout et véritablement 100 % berryienne, comme seul le n° 2 de l’État sait le faire : elle est destinée à artificiellement remplir le temps perdu pour les uns, gagné pour les autres (l’opposition). Et tant mieux si, en sus, elle peut faire imploser le camp adverse : Nabih Berry ne dit jamais non à deux ou trois coups d’une pierre. Plus encore : le voilà qui avertit, admoneste, jouant avec un réel plaisir à l’instituteur terriblement agacé ; ainsi exige-t-il d’entendre l’autre camp faire part d’un soutien total à son initiative sans aucun mais. Sinon, ce sera le coin avec le bonnet d’âne, sinon, a-t-il menacé, nous reviendrons à notre exigence d’un gouvernement d’union nationale. C’est mignon, mais voilà une tentative de pallier en agressant à son infériorité démocratique totalement inefficace. Surtout que la majorité, après une insupportable et imbécile cacophonie, semble avoir compris, même pour les plus bornés d’entre ses pôles, qu’il est indispensable d’éviter de tomber la tête la première dans l’un des pièges les plus grossiers – redoutable tellement il est grossier. Rien n’est évidemment dit encore, la majorité, on le sait, est très forte quand il s’agit de se saborder, mais le dîner de Bickfaya d’hier est la réponse du berger à la bergère, la (première) réplique sismique au coup de Baalbeck et au sans aucun mais asséné par le biais d’al-Akhbar. Parce qu’il n’y a pas un mais, mais une multitude de mais, ne serait-ce qu’au niveau de la forme, l’objurgation, sans compter le fond : qu’il soit de la majorité, de l’opposition ou qu’il soit à équidistance des deux (c’est désormais la grande mode : beaucoup de ceux qui, l’an dernier, s’étaient tatoués le logo 14 Mars sur le front, l’ont vite transformé en consensuel il y a quelques semaines), le successeur d’Émile Lahoud devra être le garant de l’application des constantes du 14 Mars – condition peut-être pas suffisante, mais définitivement nécessaire. À l’aune de la réponse claire, nette et indiscutable de la majorité, comment Nabih Berry va-t-il s’en sortir ce soir au cours du talk-show de la LBCI ? Par une énième funambulerie ? Un nouveau et éculé numéro de trapèze ? Comment ses camarades au sein du 8 Mars vont-ils réagir ? Continueront-ils, Hezbollah et CPL en tête, à le laisser parler pour eux ? C’est, simplement, un séisme : le 14 Mars a remis la balle non plus au centre, mais au cœur du goal adverse. L’appel au dialogue immédiat et sans conditions, ni d’une part ni de l’autre, est la réponse que les Libanais attendaient. Nous sommes bien loin de l’unanimité de la majorité autour d’un (ou plusieurs) nom(s), mais, toutes proportions gardées, voilà une sacrée surlibanisation de l’échéance à laquelle le président de la Chambre sera obligé de réagir ce soir. C’est comme au saut à la perche : la barre a été placée très haut hier. Trop, pour Nabih Berry ? Ziyad MAKHOUL
Il ne pourra sans doute jamais prétendre au podium du meilleur président de la Chambre, pas même le frôler, mais il obtient déjà, hors-concours, la palme du plus adroit des contorsionnistes, fascinant homme-caoutchouc, maestro du je retombe toujours sur mes pieds, du je tire toujours en premier mes marrons du feu. Noyauté, dissous dans les divins acides du Hezbollah, le chef d’Amal entend bien inscrire son nom, sur toutes les lèvres depuis son one-man-show de Baalbeck, dans les livres d’histoire comme l’homme qui a pu extraire la présidentielle 2007 de la déchetterie dans laquelle elle finissait de pourrir – et donc le Liban de son agonie institutionnelle et existentielle. Rien que ça.
La fameuse/fumeuse initiative de Nabih Berry avait été saluée dans ces colonnes dès son annonce, pour, un : son bon sens...