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Ratatouille Ziyad MAKHOUL

…Surtout que nous sommes aux portes de grandes échéances, de grandes confrontations avec des forces terroristes… Ce n’est pas une pseudo-Cassandre ni une voyante surilluminée qui s’est exprimée hier au cours de la réunion ministérielle sécuritaire présidée par Fouad Siniora. Mais… Michel Sleimane. Tout auréolé de la chute de Nahr el-Bared, le commandant en chef de l’armée n’a pas été par quatre chemins pour faire comprendre qu’il est le plus à même de gérer ces… échéances. Toutes les échéances ? Au lendemain de cette nouvelle et sanglante indépendance (les guerres, dans ce troisième millénaire, se font et se feront contre le terrorisme, terme éminemment générique), et à l’aune du monstrueux vivier d’extrémistes façon Fateh el-Islam généreusement exportés par et via la Syrie et qui grouillent, qui bouillonnent d’impatience aux quatre coins du Liban, qui n’attendent qu’un geste, qu’un ordre du palais des Mouhajerine, la prophétie Sleimane prend un sacré volume. Au 105e jour, l’État est l’unique gagnant. Seul et obèse bémol : en commençant à se reconstruire sur les ruines et les cadavres de Nahr el-Bared, ce n’est que la première tête de l’hydre que son bras armé a coupée : des camps méridionaux jusqu’aux regroupements dans la Békaa, il en reste encore pas mal, de cous terroristes à trancher. Il est donc maintenant grand temps d’essayer de prévenir au lieu de se contenter de guérir. Largement temps, donc, de faire en sorte que la communauté internationale, à commencer par les États-Unis, comprenne que cette valeureuse, cette admirable troupe, que la cauchemardesque épreuve de Nahr el-Bared a visiblement, définitivement et férocement soudée, toutes communautés confondues, que cette troupe a besoin d’un réarmement et d’un réapprovisionnement solide, moderne, efficace, aussi désespérés que soient les veto israéliens. Largement temps aussi de faire en sorte que la résolution mère, cette déjà mythique 1559, soit appliquée jusque dans ses plus petits détails, que l’État monopolise la détention d’armes, de toutes les armes ; largement temps que ces insensées fermes de Chebaa passent sous souveraineté onusienne. Largement temps, enfin, de comprendre que les frontières libano-syriennes se doivent d’être tracées, et, surtout, sévèrement et internationalement contrôlées. Encore une fois, il n’y a pas de hasard, il n’y a pas de coïncidences : la victoire au Nord et cette prédiction Sleimane qui l’a immédiatement suivie interviennent trois jours après la nébuleuse (on ne met pas de conditions quand il manque un mécanisme) initiative Berry ; une initiative prudemment mais clairement saluée des bords de la Seine comme de ceux du Potomac ; une initiative monomaniaque : un président de consensus sur la base du quorum des deux tiers. La danse a commencé, et Michel Sleimane, encore une fois, y est entré les galons les premiers, avec ce qui ressemble fort à un programme présidentiel totalement inédit et d’une concision inouïe : …Surtout que nous sommes aux portes de grandes échéances, de grandes confrontations avec des forces terroristes… Soit. Le commandant en chef de l’armée sait beaucoup de choses : que le successeur d’Émile Lahoud serait probablement imposé par les circonstances ; qu’il devrait bénéficier d’un soutien régionalo-international sans équivoque ; qu’il aurait à faire appliquer les résolutions onusiennes dans leur esprit comme dans leur lettre, c’est-à-dire qu’il serait celui à qui le Hezbollah devrait remettre ses armes et celui qui boucherait les trous de la passoire libano-syrienne ; celui, enfin, qui appliquerait la loi à tous les Libanais. Michel Sleimane sait tout cela et croit profondément être l’homme providentiel, la résultante de la tambouille saoudo-iranienne qui se cuisine en ce moment, pour l’Irak d’abord et pour le Liban ensuite, avec, en maître-queue, George W. Bush, en grand sommelier Nicolas Sarkozy, le tout au son des suppliques de Bachar el-Assad, qui veut en être. Michel Sleimane a compris que les circonstances, encore elles, et depuis plus de deux ans, ont fait que ni le 14 Mars ni le 8 Mars ne peuvent lui enjoindre quoi que ce soit : ni de prendre parti, ni d’accepter des lignes rouges dessinées un peu trop hâtivement par quelque feutre divin, ni de rendre des camions bourrés d’armes, ni, comme hier, de s’approprier le triomphe de Nahr el-Bared… C’est néanmoins ce que cet homme, un véritable serviteur de l’État pourtant, semble vouloir faire : transformer la victoire militaire en acquis politique suprême. Sauf qu’il faut, à un moment donné, arrêter de mélanger les genres et commencer à tirer les leçons du passé : chacun son job. Michel Sleimane, qui ne risque pas lui, en principe, de se poser en seule alternative au chaos (la malédiction de l’uniforme ?), a l’intelligence nécessaire pour saisir la très proche opportunité d’une retraite dorée et surméritée, et s’y coller sans hésiter, laissant ainsi à un simple civil l’immense et sale boulot d’essayer de recoller les morceaux d’un Liban déjà pas mal désintégré. Encore faut-il que les cuisiniers en chef de la planète l’y aident ; qu’ils ne s’évertuent pas à vouloir confondre la Constitution libanaise avec un très élastique livre de (mauvaises) recettes.
…Surtout que nous sommes aux portes de grandes échéances, de grandes confrontations avec des forces terroristes…
Ce n’est pas une pseudo-Cassandre ni une voyante surilluminée qui s’est exprimée hier au cours de la réunion ministérielle sécuritaire présidée par Fouad Siniora. Mais… Michel Sleimane. Tout auréolé de la chute de Nahr el-Bared, le commandant en chef de l’armée n’a pas été par quatre chemins pour faire comprendre qu’il est le plus à même de gérer ces… échéances. Toutes les échéances ? Au lendemain de cette nouvelle et sanglante indépendance (les guerres, dans ce troisième millénaire, se font et se feront contre le terrorisme, terme éminemment générique), et à l’aune du monstrueux vivier d’extrémistes façon Fateh el-Islam généreusement exportés par et via la Syrie et qui...