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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Bons baisers de Paris

Une Europe forte, une France revendiquant avec une belle assurance le tout devant de la scène internationale ; une France amie mais non vassale des États-Unis, irréductiblement hostile à l’équipée américaine en Irak mais résolument opposée à l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran ; une France qui dénonce la brutalité de la Russie et le manque de scrupules de la Chine, partie à la conquête l’une de l’Arctique et l’autre de l’Afrique ; une France enfin qui bat le rappel de la lutte contre le terrorisme et infléchit sa position face à l’entrée de la Turquie en Europe, à l’heure précise où celle-ci se dote pour la première fois d’un président islamiste. Véritable manifeste en vérité, minutieuse feuille de route planétaire assignée à la diplomatie française, que ce discours de politique étrangère prononcé lundi par Nicolas Sarkozy. Que le Liban ait figuré au nombre des pays en crise et autres foyers de tension passés en revue par le président français n’est pas trop réjouissant, bien sûr : les peuples heureux n’ont pas d’histoire et nous sommes, de la plus absolue des manières, un peuple à histoires. On se consolera à l’idée que ce peuple désuni n’est pas, pour autant, abandonné à son sort. En témoignant de l’indéfectible amitié de la France pour tous les Libanais sans discrimination aucune, Sarkozy a paru soucieux de conjurer cette ligne de fracture nouvelle qui, échappant aux vieux schémas, sépare désormais sunnites et chiites, les chrétiens se divisant entre les deux camps. Allant à l’essentiel et au plus pressé, il a fixé, de même, un scénario rationnel pour une sortie de crise : à savoir l’élection, dans les délais constitutionnels, d’un président accepté de toutes les parties locales, certes, mais capable aussi (et surtout ?) de traiter avec toute la kyrielle d’acteurs étrangers qui, pour notre malheur, ont voix au chapitre libanais. Un tel cahier de charges favorise, à l’évidence, les candidats vierges de toute étiquette ; reste à espérer que de réunir sur sa personne tant d’agréments et de contradictions conjugués ne condamnera pas l’heureux élu à faire du surplace, dans sa hantise de ne pas briser, çà et là, quelques œufs. Dans son discours, le patron de l’Élysée a par ailleurs fixé avec la plus grande précision le cadre d’un éventuel dialogue avec Damas. De tous les acteurs régionaux, seule la Syrie, en effet, aura été explicitement invitée à agir pour favoriser une solution au Liban ; à défaut, a martelé le président, un tel dialogue ne pourra avoir lieu. Du coup, Sarkozy a fait un sort à toutes les spéculations qui ont couru sur cette continuité dans le changement appelée à marquer, entre autres, la politique libanaise de la France ; mais peut-être le président a-t-il voulu aussi modérer les ardeurs conciliatrices de plus d’un de ses partenaires européens qui se sont déjà hasardés en éclaireurs, bien que sans succès, sur le chemin de Damas. Quelle suite Bachar el-Assad donnera-t-il à cette injonction qui est également une offre des plus honorables ? Le fait est que celle-ci survient dans un contexte régional particulièrement délicat, marqué par le conflit syro-saoudien apparu récemment au grand jour et les accusations de terrorisme frappant d’avance cette fois (à titre préventif, pourrait-on dire) le régime baassiste. C’est par la terreur qu’avait été dépeuplée, durant les années 70 et 80, la communauté diplomatique de Beyrouth, tout contact officiel avec l’extérieur ne pouvant plus passer désormais par Damas. Et après la longue file de martyrs tombés ces deux dernières années, c’est sur des diplomates occidentaux et arabes, et aussi sur des journalistes, que pèse de nouveau la même et odieuse menace. Proposer le dialogue, c’est fort bien ; c’est raisonnable, réaliste et généreux. Mais les choses s’entêtant à être ce qu’elles sont, quoi encore ? Quoi ensuite ? Quoi à la fin ? Issa GORAIEB
Une Europe forte, une France revendiquant avec une belle assurance le tout devant de la scène internationale ; une France amie mais non vassale des États-Unis, irréductiblement hostile à l’équipée américaine en Irak mais résolument opposée à l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran ; une France qui dénonce la brutalité de la Russie et le manque de scrupules de la Chine, partie à la conquête l’une de l’Arctique et l’autre de l’Afrique ; une France enfin qui bat le rappel de la lutte contre le terrorisme et infléchit sa position face à l’entrée de la Turquie en Europe, à l’heure précise où celle-ci se dote pour la première fois d’un président islamiste.

Véritable manifeste en vérité, minutieuse feuille de route planétaire assignée à la diplomatie française, que ce discours de...