Les électeurs ont dit leur dernier mot et, en toute logique, le verdict des urnes aurait dû permettre de faire table rase de toutes les polémiques, de toutes les insultes qui ont, des mois durant, entaché, envenimé le débat politique, l’ont rabaissé au-dessous de la ceinture.
Mais ce qui s’est passé hier soir, les contestations qui ont suivi le dépouillement des votes, les dérapages nocturnes sur le terrain ont créé une situation explosive alimentée par des excès oratoires inacceptables. Que la victoire, revendiquée aussi bien par le CPL ou les Kataëb, ait été obtenue à l’arraché, à quelques voix près, ne change finalement rien à la réalité : aujourd’hui est un autre jour et quelles que soient les raisons, les considérations, les alliances contre nature qui ont façonné le résultat, le discours politique doit changer de nature, s’élever au niveau de la gravité de la situation.
À Beyrouth, point de surprise, point de changement et, somme toute, le résultat ne pouvait être que dans l’ordre des choses, une fidélité, essentiellement sunnite, à une ligne de conduite plébiscitée du vivant de Rafic Hariri et réaffirmée avec force après son assassinat.
Mais c’est le Metn qui aura focalisé toutes les attentions, toutes les attentes, qui aura révélé toutes les contradictions qui agitent, qui affaiblissent les rangs chrétiens.
Malsain paradoxe, étrange damnation qui ont fait que deux parties, qui se disent tout autant souverainistes l’une que l’autre, en sont quasiment venues aux mains, s’accusant mutuellement de toutes les trahisons, vouant aux gémonies les symboles des luttes communes pour l’indépendance, contre les tutelles, les inféodations.
Aujourd’hui est un autre jour, et plus que jamais la raison doit prévaloir, celle qui permettra à la communauté chrétienne, sa composante maronite plus particulièrement, de rejouer le rôle essentiel qui devrait être le sien et sans lequel le Liban perdrait sa raison d’être, sa vocation de nation plurielle ouverte sur le monde, sa spécificité culturelle qui en fait l’exception dans le Proche-Orient de tous les autoritarismes, de tous les absolutismes.
Au dernier jour du duel, dans un camp comme dans l’autre, des voix se sont élevées pour mettre l’accent sur la nécessité de retrouvailles sur les constantes communes, par-delà les divergences ponctuelles, par-delà les batailles marginales qui n’avaient rien à voir avec l’essence même du problème, à savoir l’instauration d’un État de droit, seule autorité exerçant son pouvoir sur l’ensemble du territoire national.
Au vu des résultats, Michel Aoun ne peut plus se prévaloir, aujourd’hui, du soutien de l’écrasante majorité des chrétiens. Le tsunami de l’an 2005 s’est évaporé et le scrutin du Metn a démontré que l’appui dont bénéficiait le chef du CPL a considérablement reculé malgré l’engagement des machines électorales de Michel Murr et du Tachnag, basées, la première sur le clientélisme et les services rendus, la seconde sur des mots d’ordre directoriaux, des consignes imparables. D’ailleurs ce sont essentiellement les voix arméniennes qui ont permis à Camille Khoury, prête-nom de Michel Aoun, d’enregistrer un score équivalent à celui d’Amine Gemayel, l’électorat chrétien du Metn ayant donné la majorité de ses suffrages à l’ancien président.
Une parenthèse : la participation à la partielle de centaines de naturalisés, venus de Syrie pour accomplir leur « devoir national », « pour élire, proclamaient-ils, Hassan Nasrallah », lapsus vite corrigé, les naturalisés se souvenant, in extremis, de Michel Aoun. Merci à certaines chaînes de télévision de nous avoir montré ces images d’un autre âge, une honte héritée d’un leadership féodal, celui-là même qui soutient le général Aoun parti en guerre contre la corruption « qui ronge les structures de l’État ». Fin de parenthèse.
Aujourd’hui est un autre jour, et c’est l’échéance présidentielle qui reprend la vedette, une présidentielle qui n’a pas arrêté d’être le moteur de toutes les batailles, de toutes les perversions, de tous les retournements de veste.
Le scrutin d’hier n’a pas modifié les donnes à cet égard, et les mêmes arguments, les mêmes veto peuvent être avancés pour conforter les positions déjà affichées. À un mois et demi de l’échéance, un accord est-il encore possible ? Les ambitions personnelles seront-elles mises au rancart, sacrifiées sur l’autel de l’intérêt général ?
Dès hier soir, Michel Aoun n’a pas voulu tirer les leçons du scrutin, refusant d’admettre qu’il n’a plus l’exclusivité de la représentativité chrétienne.
La dispersion, la mésentente ramèneraient alors le Liban à la période sombre de la non-décision nationale. Un assujettissement à des volontés étrangères qui plongerait le pays du Cèdre dans des convulsions sans fin.
Premier acte de la désunion hier à Jdeidé, et le reste, malheureusement, semble être à l’avenant.
Premier acte de la désunion : le face-à-face hier soir à Jdeidé. Et la suite, malheureusement, semble être à l’avenant.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les électeurs ont dit leur dernier mot et, en toute logique, le verdict des urnes aurait dû permettre de faire table rase de toutes les polémiques, de toutes les insultes qui ont, des mois durant, entaché, envenimé le débat politique, l’ont rabaissé au-dessous de la ceinture.
Mais ce qui s’est passé hier soir, les contestations qui ont suivi le dépouillement des votes, les dérapages nocturnes sur le terrain ont créé une situation explosive alimentée par des excès oratoires inacceptables. Que la victoire, revendiquée aussi bien par le CPL ou les Kataëb, ait été obtenue à l’arraché, à quelques voix près, ne change finalement rien à la réalité : aujourd’hui est un autre jour et quelles que soient les raisons, les considérations, les alliances contre nature qui ont façonné le résultat, le discours...